L'Algérie de plus près

Tenir l’école loin des idéologies : une nécessité absolue

Par Hassane Boukhalfa *

Après plus d’un mois de polémique autour des prétendues réformes engagées dans le secteur de l’éducation et à deux semaines de la rentrée scolaire, le président de la république vient mettre fin au discours démagogique et populiste qui s’est installé depuis. Parmi les décisions prises lors du dernier conseil des ministres et que les médias ont largement relayées, le maintien de l’école à l’écart des conflits idéologique et politiciens.

Cette décision est un message on ne peut plus clair à tous ceux et celles qui, pour d’étroits intérêts personnels et privés, veulent hypothéquer l’avenir de nos enfants. C’est, à ne point en douter, le début d’une démarche étatique pour restituer à l’école algérienne véritable rôle qui est le sien : la formation des jeunes générations en leur dispensant les différents savoirs et connaissances universels.

Notre école a malheureusement longtemps été une arène de conflits idéologiques, lesquels ont hypothéqué l’avenir de générations entières. L’école est censée former des citoyens qui participeront, par la suite, à la construction et au développement de leur pays dans tous les domaines ; elle leur permet en parallèle de s’ouvrir sur le monde grâce à l’apprentissage des différentes langues, loin de tout chauvinisme ou sectarisme qui prônent la haine et l’exclusion. La diversité et la pluralité des idées et des convictions sont une richesse et non une faiblesse comme certains veulent nous le faire admettre.

Aimer une langue ne doit pas être un motif pour en détester d’autres. Il en est ainsi de la décision gouvernementale visant à développer et renforcer l’apprentissage et l’enseignement de la langue anglaise dont on n’ignore pas la suprématie tant sur le plan économique que scientifique et technologique. L’Anglais ne doit cependant pas être un prétexte pour combattre une autre langue étrangère qu’une majorité d’Algériens maîtrisent déjà, le français, une langue enseignée depuis toujours à l’école algérienne. À ce propos, il nous semble utile de rappeler un fait indéniable : nos élèves et nos étudiants ne maîtrisent aujourd’hui aucune langue, y compris la langue arabe qu’ils ont étudié au moins 12 ans pour ne parler que de ceux qui ont atteint le niveau de la terminale. Cette situation est conséquente en réalité à plusieurs facteurs comme la baisse du temps consacré à la lecture, remplacée par la culture de l’image et de la vidéo, un phénomène qui n’est pas spécifique à l’Algérie au demeurant.

Aussi, au lieu de perdre notre temps dans des querelles byzantines mues le plus souvent par le narcissisme et l’égoïsme des uns et des autres, ne vaudrait-il pas mieux de réfléchir à la manière qui puisse permettre à nos élèves de renouer avec la lecture qui est un passage incontournable pour former une élite capable de réfléchir, de penser et de surcroît dotée d’un esprit critique. Tous les pédagogues et les philosophes le confirment : la lecture constitue un moyen efficace pour développer la capacité à raisonner d’une manière logique et de construction d’une pensée complexe.

Il est important de renforcer l’enseignement de l’anglais dont l’importance s’impose désormais dans un monde de plus en plus ouvert et interconnecté, tout en consolidant la place de la philosophie, qui reste une discipline fondamentale dans la formation de l’esprit critique et du raisonnement. Dévaloriser ou marginaliser la philosophie reviendrait à affaiblir les capacités de réflexion et de discernement des individus, et risquerait ainsi de favoriser encourager le charlatanisme et la démagogie.

Bref, l’école ne doit et ne saurait être un lieu d’endoctrinement. L’Algérie ne cesse de dépenser de l’argent pour permettre à ses enfants d’accéder à l’école et au savoir mais les résultats ne sont toujours pas à la hauteur des efforts consentis et de l’argent dépensé.

À notre avis, l’objectif principal de l’école n’est pas de permettre à tout le monde d’aller à l’université. En plus de son rôle de doter les enfants des différents savoirs et connaissances, l’école jauge et classe les élèves en fonction du niveau de chacun. Les apprenants n’ont souvent ni le même niveau ni les mêmes capacités et encore moins les mêmes aspirations et les mêmes objectifs. Chaque enfant a ses limites qui dépendent d’un éventail de de causes, essentiellement le milieu familial, des causes qui influent directement sur son parcours scolaire. C’est pourquoi, il serait utile d’ouvrir davantage d’établissements de formation et d’apprentissage professionnels pour solutionner le problème de la déperdition scolaire. Par ailleurs, cela permet à l’État de viser la qualité de la formation d’une main-d’œuvre de qualité dont a besoin le secteur socio-économique.

Un autre facteur est non des moindres qui pourrait faire la différence concerne le choix et la sélection des enseignants. Le secteur de l’éducation ne doit pas être le dernier recours des chômeurs. Il est nécessaire de procéder à un recrutement sélectif avec une formation continue et des motivations qui poussent les nouvelles recrues à fournir davantage d’efforts.

Il faut reconnaître que la situation socioprofessionnelle des enseignant n’est pas du tout reluisante. Face aux transformations profonde que connaît le monde, notamment avec l’accélération du développement des nouvelles technologies, à l’instar de l’intelligence artificielle, qui risque de rendre nulles les possibilités de trouver un emploi pour les nouvelles générations, il faut agir sur la démographie galopante par une politique de régulation des naissances. Cette action pourrait constituer une mesure préventive visant à mieux protéger les générations futures. En effet, tous les indicateurs laissent entrevoir que l’avenir devient de plus en plus incertain pour nombres de catégories sociales, notamment les plus vulnérables, qui seront les première à en subir les conséquences.

Malgré la prime de scolarité que l’État verse chaque année aux familles démunies, ces dernières se trouvent souvent face à des difficultés énormes à cause des dépenses que la rentrée scolaire impose. Certaines familles n’arrivent pas à joindre les deux bouts, et la rentrée scolaire vient aggraver leur situation de précarité. À ce sujet, nous nous devons aussi de penser aux enfants des régions touchées pars les derniers incendies qui devraient bénéficier d’une prise en charge psychologique appropriée, compte tenu des traumatismes qu’ils risquent de subir à la suite de la catastrophe.

H. B.

* Enseignant universitaire

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