L'Algérie de plus près

Personnes âgées : quelle politique pour leur prise en charge ? 

Les personnes âgées qui ont plus de 60 ans et celles qui ont plus de 80 ans, ont des besoins spécifiques qui doivent être pris en charge dans le cadre d’une politique sociale appropriée. Cette politique existe-t-elle dans notre pays?

Par Houria Ait Kaci*

Force est de constater qu’il y a certes des dispositions en faveur de nos « chibanis », mais pas une politique pour le troisième âge, à proprement parler. Ces personnes qui ont donné leur jeunesse, leur savoir et leur santé pour faire vivre leurs familles, éduquer des générations d’Algériens, construire et gérer l’économie du pays, sont aujourd’hui devenues vulnérables avec la vieillesse et les maladies. Quelle politique doit adopter l’Etat pour accompagner nos séniors ? Comment améliorer leur condition, réduire leurs souffrances, briser leur solitude, les entourer, les protéger ? Comment les faire participer à la vie sociale du pays pour qu’ils ne se sentent pas rejetés, exclus de la société ?           

Tracer une politique en faveur du 3ème âge n’est ce pas là une façon de témoigner notre gratitude à ces personnes qui ont consacré leur vie à travailler, à construire et à défendre le pays ? Une société qui ne prend pas soin de ses séniors devient déshumanisée, coupée de ses racines et de ses traditions basées sur le respect de nos « chibanis ».

C’est en se basant sur ces traditions et en recensant les préoccupations et les besoins de nos seniors, que l’État algérien – qui se veut un « État social) pourra élaborer une politique adéquate pour le 3ème âge. Or, ces traditions qui ont de tout temps été respectées par les Algériens doivent être réhabilitées car elles ont subi ces dernières années, les assauts du culte de l’argent et de la domination des valeurs matérielles au détriment valeurs humaines. Cela a fini par entraîner des conflits familiaux et une tendance à la dislocation de la famille.

Ainsi, dans certains quartiers d’Alger, il arrive qu’on trouve des personnes âgées dormant à même le trottoir, sur des cartons et recouvertes de couvertures usée. Parmi elles, il y a des vieillards dont certains ont été jetés à la rue par leurs propres enfants pour des questions d’héritage. Selon des policiers qui leur ont proposé de les conduire au Centre d’accueil pour personnes âgées, ils ont refusé, soutenant que les gardiens de ce centre maltraitent les pensionnaires et leur volent leur argent ! Ces centres hébergeant des sans-abri, des handicapés, des orphelins, des malades souffrant de troubles mentaux, devraient être mieux gérés et confiés à des personnes plus compétentes et intègres. Elles doivent respecter l’Humain, être sensibles à sa détresse et consciencieux. Ces critères doivent être respectés lors du recrutement du personnel par les employeurs qui doivent s’assurer que les candidats retenus ne soient pas des individus sans foi ni loi. Il appartient aussi à l’Etat d’établir des lois qui pénalisent lourdement les détournements les aides sociales de l’État !   

Des mesures incomplètes

Certaines administrations ont certes pris des mesures pour soulager les personnes âgées et leur faciliter la vie quotidienne, comme la simplification de certaines démarches mais elles restent souvent lettre morte. On le constate à l’hôpital, à la Poste, dans les transports publics où les personnes âgées sont traitées de la même manière qu’un jeune de 20 ans. Aucune priorité n’est appliquée pour leur éviter les longues et pénibles files d’attente et les tracasseries bureaucratiques.                                                                                                Dans les hôpitaux, par exemple, endroits très fréquentés par les personnes âgées, elles ne bénéficient d’aucune priorité. Chaque personne reçoit un jeton et doit attendre son tour, même si elle a 80 ou 90 ans ! D’ailleurs, des disputes éclatent souvent entre les accompagnateurs de ces malades et le personnel hospitalier pour qui tout le monde est logé à la même enseigne.    

Certains hôpitaux à Alger, comme celui de Ben Aknoun, spécialisé en orthopédie et en traumatologie, sont saturés, surtout au niveau du centre d’appareillage qui fabrique du matériel orthopédique pour la rééducation.

En effet, bien que de telles prestations sont assurées dans les autres wilayas du pays, les gens préfèrent venir à Alger, car ce service s’est forgé une bonne réputation. C’est tout à son honneur, mais il s’avère que ses capacités sont saturées et son personnel surchargé, malgré tout son dévouement. Les malades, dont plusieurs personnes âgées venant de l’intérieur du pays, doivent attendre des heures durant afin de pouvoir accomplir les formalités, accéder au médecin traitant puis faire les radios et essais nécessaires avant de récupérer leurs appareils de rééducation.

Pourquoi ne pas charger le personnel de ce service aux compétences reconnues, de former et d’encadrer de jeunes médecins fraichement sortis de l’université et de les envoyer dans différentes wilayas pour assurer des prestations de qualité similaire afin d’éviter aux malades âgés et souvent atteints de maladies chroniques, d’avoir à faire de longs déplacements ?

Un autre exemple, à l’honneur de l’hôpital psychiatrique de Blida, mérite d’être cité. Il s’agit d’un espace créé pour les personnes âgées souffrant de la maladie d’Alzheimer. Des jeux collectifs et créatifs comme les échecs, le dessin et la musique, activités bénéfiques pour le cerveau, leur sont proposés par les médecins. L’initiative du personnel soignant mérite d’être saluée. Voila des médecins qui ne se contentent pas de donner des pilules à leurs malades mais explorent d’autres voies pour traiter leur maladie. Pourquoi ne pas généraliser cet exemple dans les établissements similaires ?

Nuisances sonores, un calvaire pour les personnes âgées

Les nuisances sonores constituent un autre calvaire pour les personnes âgées, surtout le bruit des moteurs et klaxons de véhicules circulant la nuit. La wilaya d’Oran a pris récemment un arrêté interdisant la circulation des motocyclettes de 22 h à 7 heures du matin. Cet exemple qui mérite d’être cité, devrait inciter la wilaya d’Alger et bien d’autres à lui emboiter le pas.                                                                                                                            

A quand d’autres mesures comme l’interdiction des matchs de football de nuit et qui se déroulent dans des stades situés en pleine zone d’habitation. Les bruits des moteurs et les klaxons de véhicules et d’hélicoptères de police, actionnés durant plusieurs heures jusqu’à une heure tardive, empêchent de dormir les personnes âgées habitant les alentours des stades, comme celui du 5 juillet. Des citoyens ont dû déménager à cause de cette situation, faute d’avoir trouvé une oreille attentive à leur problème.         

Il existe pourtant un décret exécutif datant du 27 Juillet 1993 concernant les nuisances sonores et qui réglemente l’émission des bruits, mais il n’est toujours pas appliqué, en particulier par les entreprises privées qui exécutent des travaux de construction ou de maintenance dans les cités d’habitation, en pleine nuit et aux heures de sieste et même les jours fériés sans se soucier du droit au repos des citoyens, notamment les personnes âgées et les malades.

L’ennui comme « loisir » quotidien

En matière de culture, de loisirs et de sports, c’est le vide sidéral. Il n’existe pas d’activités dédiées au 3ème âge, comme cela se pratique dans d’autres pays où les mairies mettent à la disposition des retraités des parcelles de terres agricoles pour faire du jardinage, activité bénéfique pour la santé physique et mentale.

Nos communes pourraient aussi créer de telles activités au profit des retraités de leurs localités et leur offrir des espaces pour organiser les jeux collectifs, des jeux de groupe comme les échecs, le jeu de Dames, la musique, mais aussi des exercices physiques appropriés pour la bonne santé des os et des muscles mais aussi pour le moral.

Avant l’envahissement des réseaux sociaux et du téléphone mobile, nos « vieux » s’adonnaient en groupe, sur la place publique de leur commune, au jeu de Dames, à la Pétanque etc. Aujourd’hui, sur de telles places, chacun est seul avec son portable. Or, la solitude est le pire ennemi des personnes âgées.

Pourquoi les écoles et les universités n’organisent pas des formations pour les retraités qui souhaitent reprendre des études, suivre une formation, apprendre une nouvelle langue, ce qui constitue un bon exercice pour le cerveau ! L’Université de la formation continue pourrait abriter de telles activités bénéfiques pour les fonctions cognitives.

Beaucoup de travailleurs, décèdent peu d’années après leur départ en retraite à 60 ans. L’activité intellectuelle, physique et le contact social favorisent la longévité et la bonne santé, réduit le stress et les risques cardio-vasculaires. Au Japon, où le quart de la population a plus de 65 ans, une radio diffuse tôt le matin, au réveil, un programme d’exercices de gymnastique visant à améliorer les capacités physiques et le bien-être pour tous les âges, appelé « Rajio Taisô ». Très suivi par les retraités, le programme d’exercices est pratiqué en plein air, en entreprise et même dans les écoles.

Quid de la politique sociale de la CNR ?

Je ne peux terminer cette réflexion sans évoquer la dernière atteinte au droit des retraités de percevoir leur pension selon le calendrier établi de longue date mais qui a été modifié à la dernière minute par la Caisse des Retraites sans justification préalable. Plusieurs personnes vivant de cette seule ressource se sont retrouvées en difficultés en plein Aïd et pendant plusieurs jours, surtout ceux qui ont une petite retraite ou seulement le SMIG.

Curieusement, au même moment, la Caisse nationale des retraites (CNR) signait des accords de partenariat avec des sociétés telles Djezzy, la BDL et une banque islamique avec lesquelles il est question de crédits de consommation (d’achat de voitures, de logements etc. ?? 

La CNR n’est pourtant pas une entreprise économique et commerciale, mais un organisme à caractère social chargé de gérer les Fonds constitués en grande partie par les cotisations cumulées des retraités. La caisse a-t-elle consulté ces derniers ? Elle ne peut faire du « business » avec l’argent des retraités sans leur consultation. Et que font les associations et les syndicats censés défendre les retraités ? On ne les a pas beaucoup entendus !      

Le bien-être au centre des préoccupations    

En conclusion, malgré certaines mesures prises en faveur des retraités et des personnes du 3ème âge, celles-ci ne sont souvent pas correctement appliquées. Il faut bien reconnaitre que la politique de l’Etat pour le 3ème âge est encore à inventer afin que nos « vieux » ne soient pas laissés sur le carreau et puissent jouir d’une retraite paisible et bien méritée. 

Cette politique doit prendre en charge la satisfaction des besoins spécifiques des retraités et des personnes âgées, surtout revaloriser leur rang dans la société à laquelle ils peuvent encore beaucoup apporter. Plusieurs retraités ont repris leur activité en créant leurs propres entreprises. Mais d’autres qui n’ont pas eu cette chance, pourraient apporter leur contribution dans le secteur public dans leurs domaines respectifs et se sentir utiles.                                     

Le ministère de la Santé et de la Population devrait prendre en compte les aspirations de cette catégorie de citoyens dont le nombre ne cesse de croître avec l’amélioration des conditions de vie et de l’espérance de vie des Algériens qui est passée en 2023, à 79,6 ans. Cette tendance va se poursuivre en 2026 et 2030 pour les 50 millions d’Algériens qui connaitront encore une plus longue durée de vie.

Alors, pourquoi ne pas autoriser les retraités qui peuvent encore travailler et veulent se rendre utiles au pays et à la société à reprendre du service pour former, accompagner et encadrer, dans leurs domaines de compétences, les jeunes travailleurs en leur transmettant leurs connaissances et expérience professionnelle. Cette transmission intergénérationnelle sera bénéfique pour toute la société.                                                                                                    

On ne doit pas perdre de vue que l’être humain doit être au centre des préoccupations des gouvernants. Une décision administrative peut être changée mais pas l’humain, car chacun est unique !                                                                                                                                

H. A. K.

* Journaliste

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