L'Algérie de plus près

« Fragments de vie » de Yamina Benmessaoud : une œuvre apaisante et forte

Par Adila Katia

Au Salon du Livre Amazigh à At Regan, une nouvelle autrice Yamina Benmessaoud épouse Chabi, nommée affectueusement Yaya, a fait sa première apparition dans un salon régional. Nous la connaissons à travers ses postes, sa présence à des rencontres littéraires. Avant de l’interviewer, je voudrais vous parler de son premier ouvrage « Fragments de vie » que j’ai lu en deux soirées. L’ouvrage est paru aux éditions El Amir en 2025.

En le refermant, j’ai le sentiment d’avoir traversé un paysage intime où chaque mot a résonné comme un écho à mes propres ressentis. Ce témoignage poétique ne se contente pas d’aligner des récits : il tend un miroir où la douleur se transforme en une douce promesse de renaissance.   

Le récit « Le citronnier Yamina » m’a particulièrement bouleversée. À travers cette histoire d’un arbre sauvé de l’abattage qui finit par donner des fruits inattendus au moment même où l’auteure mène son propre combat contre la maladie, j’ai perçu une métaphore universelle de la résilience. En accompagnant Yamina dans son épreuve, son exil médical et son retour auprès des siens, j’ai réappris avec elle que « la vie trouve toujours un chemin ». L’image de ce citronnier baptisé en secret m’a rappelé la force des liens invisibles que nous tissons avec la nature pour y puiser l’espoir. Cette épreuve m’a rappelée celle que j’ai traversée. Puiser la force dans l’amour des siens, dans sa Foi.   

Les autres nouvelles du recueil m’ont tout autant touchée par leur sensibilité et leur ancrage dans le quotidien. Dans « L’étrangère », la scène lumineuse de cette salle d’attente d’hôpital m’a rappelé à quel point un simple geste d’empathie ou un regard bienveillant peut apaiser une âme meurtrie. De même, dans « Et si c’était vrai ? », la figure de Karima, femme authentique, à l’écoute des intuitions et des rêves prémonitoires, m’a plongée dans un univers où le visible dialogue constamment avec l’invisible. Qui n’a jamais eu de cauchemars et tremblé rien qu’à son souvenir ?

Sa poésie, hommage à sa mère et à ses racines (« Thazemourt » L’olivier), à l’amour paternel (« Le Phare ») ou encore à la transmission et aux êtres chers (« Trésors de mon cœur »), ses vers sont si sincères. Yamina y aborde aussi avec pudeur et courage la solitude, la mémoire et le temps qui passe, comme dans « Les chemins de la vie », où elle célèbre les rides comme des empreintes de sagesse et d’amour. Il y a aussi un bel hommage à des animateurs de la radio nationale, avec qui nous avons grandi.

Je ressors de cette lecture apaisée et fortifiée. L’écriture de Yamina Benmessaoud m’a rappelé qu’il ne faut pas « ajouter des années à la vie, mais de la vie aux années ». C’est un livre réparateur, une véritable leçon de courage et d’espérance que je garderai longtemps en mémoire.

Elle a bien voulu répondre brièvement à mes questions.

Le Chélif : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ?

Yamina Benmessaoud : Née à Tiaret mais ancrée dans mes origines kabyles d’Ath Ouacif, c’est mon mariage qui m’a menée à Ksar Chellala, où je vis aujourd’hui.

 Avez-vous étudié, travaillé ?

Je n’ai jamais travaillé j’ai le niveau de Terminale des lycées, mais je n’ai jamais arrêté de lire et d’apprendre tout en m’occupant de ma famille, de mon jardin que j’ai décrit dans mes écrits.

Quels sont vos auteurs préférés ?

J’aime Mouloud Feraoun, Assia Djebar, Paulo Coelho, Khalil Gibran, Victor Hugo, Marc Lévy, Claire Norton, Rûmi. Pour la poésie : Nizar Qabbani, Louis Aragon, et en kabyle Issefra n Si Mhand.

Avez-vous de nouveaux projets ?

Oui, j’ai un projet d’écriture en cours.

Si vous deviez vous décrire ?

Une âme qui transforme ses blessures en mots…

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