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Cuba : le blocus américain provoque une crise énergétique sans précédent

Sept effondrements totaux du réseau électrique national en dix-huit mois, dont trois rien qu’en 2026 ; des coupures atteignant 24 heures par jour dans plusieurs provinces et, à ce jour, plus de 178,7 milliards de dollars de pertes cumulées.

Depuis le durcissement du blocus américain décidé par Washington en janvier dernier, Cuba traverse, selon l’agence officielle Prensa Latina et le quotidien Granma, l’une des crises les plus graves de son histoire récente.

Le 29 janvier 2026, le président américain Donald Trump signe le décret exécutif 14380, entré en vigueur le lendemain. Le texte déclare l’état d’urgence nationale aux États-Unis et autorise des droits de douane punitifs contre tout pays fournissant, directement ou indirectement, du pétrole à Cuba. Résultat immédiat, documenté par Granma : les exportations vénézuéliennes de brut vers l’île, principale source d’approvisionnement de Cuba, sont paralysées.

Le 1er mai, un second décret vient encore durcir le dispositif. Le ministère cubain des Relations extérieures a dénoncé, dans un communiqué publié par Granma, une « exécutive order » qui recrudescit à des niveaux extrêmes et sans précédent le blocus économique, financier et commercial contre le pays. Une semaine plus tard, le Trésor américain a ajouté les entités cubaines Gaesa et MoaNickel S.A. à sa liste de sanctions — première mesure coercitive concrète issue de ce décret, selon la même source.

Les services de santé gravement touchés par la crise énergétique

Un réseau électrique à l’agonie

C’est le secteur énergétique qui concentre aujourd’hui l’essentiel des dégâts. Interrogé par Granma, le ministre cubain de l’Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, a reconnu que l’année 2026 avait été marquée par la plus grave pénurie de combustible jamais connue par le pays, avec des coupures ayant atteint jusqu’à 24 heures consécutives dans certaines zones. Le responsable a attribué cette situation à un déficit de devises pour l’achat de carburant, laissant hors service la quasi-totalité de la capacité de production diesel et fioul du pays, estimée à environ 1 000 mégawatts.

Le système électroénergétique national, qui alimente la quasi-totalité des 9,6 millions d’habitants de l’île, a connu sept effondrements complets en dix-huit mois, dont trois depuis janvier 2026. La compagnie publique Unión Eléctrica a confirmé sur les réseaux sociaux plusieurs de ces déconnexions totales, la plus récente survenue le 6 juillet. La province de Matanzas a enregistré jusqu’à 87 heures consécutives sans électricité, tandis que la province de Granma s’est retrouvée entièrement coupée du réseau le 4 juillet. La centrale thermoélectrique Antonio Guiteras, la plus importante du pays, a quitté le système pour la 17ᵉ fois de l’année, faute de maintenance capitale depuis 2010.

Les panneaux solaires de plus en plus présents sur l’Ile

Santé, alimentation, vie quotidienne

Les répercussions humanitaires sont documentées en détail par Cubadebate. Plus de 100 000 Cubains figurent sur liste d’attente pour des interventions chirurgicales non urgentes. Sur les 395 médicaments considérés comme essentiels, 300 sont en rupture de stock faute de matières premières importables. Le programme national de vaccination, qui couvre 16 vaccins et des millions d’enfants, est jugé gravement menacé. Plus de 100 000 enfants ne reçoivent plus leur litre de lait quotidien subventionné, faute de carburant pour le transporter des usines vers les villes.

La pénurie de carburant a aussi immobilisé une large part de la flotte de collecte des déchets — à La Havane, seuls 44 des 106 camions-poubelles restaient en état de fonctionner en février, provoquant une accumulation d’ordures dans plusieurs quartiers de la capitale. Écoles, universités et transports publics ont subi des fermetures et restrictions répétées durant les pics de la crise.

Le chiffrage du blocus par la diplomatie cubaine

Devant l’Assemblée générale des Nations Unies, le 7 juillet, le ministre cubain des Relations extérieures Bruno Rodríguez Parrilla a présenté un nouveau bilan chiffré : 8,083 milliards de dollars de dommages entre mars 2025 et février 2026, en hausse de 7 % sur un an, portant l’impact cumulé du blocus depuis son instauration, il y a près de sept décennies, à 178,7 milliards de dollars. Le chef de la diplomatie cubaine a qualifié la politique américaine de guerre multidimensionnelle non conventionnelle, assimilant le blocage des livraisons pétrolières à un blocus naval.

Selon Rodríguez, cité par Granma, Washington aurait par ailleurs tenté d’empêcher la tenue même de cette session onusienne consacrée au blocus, en faisant pression sur d’autres États membres.

L’agriculture durement affectée par le blocus US

Une solidarité internationale revendiquée

Cuba met en avant plusieurs appuis diplomatiques. Prensa Latina a rapporté l’adoption par l’Union africaine d’une résolution condamnant le blocus et rejetant l’inscription de l’île sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme — la 17ᵉ résolution de ce type votée par l’organisation. Le président Miguel Díaz-Canel a salué ce geste sur le réseau social X, dénonçant une tentative d’asphyxier énergétiquement l’ensemble du peuple cubain.

Selon Granma, la Chine a également condamné, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, l’augmentation des sanctions unilatérales américaines, tandis qu’un pétrolier russe a pu livrer une cargaison de brut à Cuba en dépit des sanctions.

Aya Saïb

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