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Bandes criminelles en Colombie : la criminalité pèse lourdement sur les citoyens

À quelques semaines de la passation de pouvoir, prévue le 7 août, la Colombie affronte une recrudescence de la violence liée aux bandes criminelles qui s’est transformée en champ de bataille politique entre le président sortant Gustavo Petro et le président élu Abelardo de la Espriella. Vols, extorsions, règlements de comptes et infiltration politique : le tableau dressé par les autorités et les médias locaux dépeint un pays où la criminalité organisée continue de peser lourdement sur le quotidien des citoyens.

Selon des projections présentées au conseil municipal de Bogotá, les vols pourraient bondir de près de 40 % cette année, pour atteindre environ 221 000 cas, tandis que l’extorsion progresserait de 28 %, avoisinant les 2 000 signalements dans la seule capitale. Un conseiller de l’Alianza Verde a attribué cette dégradation à la présence active d’une cinquantaine de bandes délinquantes différentes dans la ville. Face à cette pression, la police a intensifié ses opérations : plus de 5 140 arrestations ont été réalisées à Bogotá depuis janvier 2026, dont 1 993 durant le seul premier mois de l’année, et plus de 3 150 en février. Une semaine d’opérations en mars a permis la saisie 300 kilogrammes de stupéfiants et l’arrestation de 40 suspects.

Le phénomène ne se limite pas à la capitale. À Soledad, dans le département de l’Atlantique, une nouvelle tuerie attribuée à un règlement de comptes entre organisations rivales porterait à 64 le nombre de massacres recensés en Colombie depuis le début de l’année. À Medellín, plusieurs opérations d’envergure contre le crime organisé – dont une visant l’exécution de 34 mandats d’arrêt – ont été suspendues dans des circonstances jugées troublantes par des sources internes aux forces de l’ordre.

À L’échelle nationale, au moins six grands groupes criminels continuent d’opérer selon l’organisation spécialisée InSight Crime, la plupart ayant délaissé toute idéologie pour se concentrer sur le narcotrafic, l’extorsion et le blanchiment d’argent.

Petro accuse, la classe politique s’enflamme

Le président Gustavo Petro a mis le feu aux poudres fin juin en accusant publiquement la famille de l’actuel maire de Barranquilla, Alejandro Char, d’être liée à la vague de violence urbaine qui frappe la ville. Sur le réseau social X, Le chef de l’État a affirmé que des « bandes armées » assuraient le remboursement forcé de crédits accordés par ce qu’il a qualifié de « banque parallèle ». Il est allé plus loin en dénonçant une porosité entre les institutions locales et le crime organisé, déclarant que d’anciens policiers aujourd’hui incarcérés pour association à des bandes se promènent à la mairie de Barranquilla.

Alejandro Char a répliqué en annonçant une plainte pénale pour injure et calomnie, estimant que le président sortant chercherait à semer le chaos dans une ville qu’il accuse le gouvernement central d’avoir abandonnée.

Petro a également relié la criminalité organisée à un système plus large de corruption politique, affirmant lors d’une intervention publique à Barranquilla : « Un criminel avec du pouvoir devient un génocidaire ». Il a par ailleurs assuré que, hormis Barranquilla, les grandes villes du pays avaient enregistré une amélioration de leurs indicateurs de sécurité durant son mandat, citant une baisse des meurtres de femmes liés au genre, de vols de téléphones portables et des cambriolages.

De la Espriella promet la rupture

De son côté, le président élu Alberado de la Espriella a annoncé son intention de démanteler la politique de « Paz Total » portée par Gustavo Petro, qu’il juge responsable d’une impunité généralisée ayant favorisé la progression des groupes armés illégaux. Lors d’une session de transition à Cúcuta le 8 juillet, son ministre de la défense désigné a confirmé que les mandats d’arrêt contre les chefs de toutes les organisations criminelles seraient réactivés dès le 7 août.

De la Espriella a résumé sa doctrine sécuritaire en une formule tranchante : « Il n’y aura pas d’impunité, il n’y aura pas de territoires livrés aux bandits. » Le nouveau gouvernement prévoit également la création de blocs de sécurité urbains pour combattre la délinquance dans les grandes villes – une proposition vivement critiquée par Petro, qui l’a comparée aux raids migratoires de l’agence américaine ICE et a mis en garde contre le risque d’un nouvel embrasement social.

Une transition politique sous tension

Une enquête publiée par le quotidien El Colombiano a recensé quinze décisions prises sous le gouvernement Petro qui, selon le journal, auraient indirectement profité à des structures criminelles, notamment la réduction de l’éradication forcée des cultures illicites – coïncidant avec une hausse de la production potentielle de cocaïne – et des coupes budgétaires ayant affecté les capacités opérationnelles des forces armées.

Sur le terrain, le dispositif de « paix urbaine » négocié avec certaines bandes de Barranquilla reste fragile. Le délégué gouvernemental chargé du dossier, Camilo Pineda Serje, a reconnu que le processus avancerait même sans dialogue avec les groupes armés si la nouvelle administration décidait d’y mettre un terme, précisant que plus de dix structures criminelles se disputent encore le territoire de la région.

Ce qu’il faut retenir

À Bogotá, environ 55 bandes délinquantes sont actives, avec des vols en hausse projetée de 39,8 % (221 000 cas) et une extorsion en hausse de 28 % (2 000 cas) pour 2026. La police y a réalisé plus de 5 140 arrestations depuis janvier, dont 3 150 rien qu’en février.

À l’échelle nationale, la Colombie a recensé 64 massacres liés aux bandes depuis le début de l’année. Plus de dix structures criminelles se disputent le territoire de Barranquilla et l’Atlantique, tandis qu’InSight Crime dénombre environ six grands groupes actifs dans le pays. Une enquête d’El Colombiano a par ailleurs identifié quinze décisions du gouvernement Petro jugées favorables à ces structures. 

Aya Saïb                       

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