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Assassinat de Cheb Hasni : comment les services de sécurité ont organisé la traque du groupe terroriste

Le 29 septembre 1994, Cheb Hasni, de son vrai nom Chekroun Hasni, l’idole de toute une génération d’Algériens, tombait sous les balles assassines d’un groupe terroriste islamiste opérant à Oran. Le chanteur a été surpris par ses meurtriers dans son quartier, à Hay Seddikia, ex-Gambetta, alors qu’il se trouvait en compagnie de son frère, près du domicile familial. Ce sont des éléments du sinistre GIA qui l’ont froidement exécuté en application d’une « fetwa » interdisant la musique et le chant… Tahar-Eddine Kadi, témoin de la traque des auteurs du crime, raconte comment les assaillants ont été éliminés par les forces de sécurité.

Avant son assassinat, Cheb Hasni avait déjà été directement menacé. Selon le récit qui lui avait été rapporté à l’époque, un terroriste lui aurait un jour pointé une arme sur le front en lui lançant un avertissement sans ambiguïté : s’il ne cessait pas de chanter, il serait tué. Face à cette menace, Cheb Hasni aurait cherché de l’aide auprès d’une connaissance, un commissaire de police dont je préfère taire le nom. Il lui aurait raconté ce qui venait de lui arriver et lui aurait fait part de la gravité de la menace qui pesait sur lui. La réponse du commissaire aurait alors été catégorique : il fallait quitter le pays, car les services ne pouvaient pas lui garantir sa sécurité. Cette réponse donne une idée du climat qui régnait alors. Même lorsqu’une menace était connue, les possibilités de protection étaient extrêmement limitées face aux groupes terroristes qui opéraient dans la clandestinité.

L’assassinat de Cheb Hasni

Le 29 septembre 1994, la menace devint malheureusement réalité. Cheb Hasni fut assassiné à Gambetta, à Oran, dans un contexte de violence terroriste qui frappait alors durement la ville et l’ensemble du pays. Derrière cet assassinat se trouvait un groupe de trois terroristes : deux frères Nasakh, originaires de Hamri, et Ould Roumia, qui résidait à Choupot, à Oran. Mais leur parcours criminel ne s’arrêtait pas au meurtre de Cheb Hasni. Ce groupe était également impliqué dans d’autres assassinats commis à Oran durant cette période, notamment celui du grand dramaturge Abdelkader Alloula, ainsi que celui de Rachid Baba Ahmed. La terreur contre les artistes La violence ne touchait pas uniquement ceux qui furent assassinés. De nombreux artistes du raï furent également menacés et ciblés. Parmi eux figuraient notamment Cheb Nasro, Cheb Sahraoui, Cheb Zahouani, Cheba Fadela et Cheba Zahouania, ainsi que beaucoup d’autres. Pour certains, les menaces devinrent suffisamment graves pour les contraindre à quitter l’Algérie. Le monde artistique oranais vivait alors avec la peur. Chanter, se produire en public ou simplement continuer à exercer son métier pouvait devenir un acte de courage face à ceux qui voulaient imposer le silence par la violence.

Des milliers d’Algériens et d’Algériennes ont ont pleuré le jeune chanteur oranais

La traque du groupe terroriste

Après l’assassinat de Cheb Hasni, les trois terroristes prennent la fuite. Une opération de recherche et d’interception est alors engagée. C’est à partir de ce moment que mon témoignage devient celui d’un acteur direct de l’opération. Les informations recueillies permettent de suivre leur déplacement hors d’Oran, en direction de Chorfa et de Sig, par une route secondaire. Les éléments de l’ANP engagés dans l’opération mettent progressivement en place le dispositif nécessaire à leur interception. Le lieu retenu est Gaâda.

L’embuscade de Gaâda

Au lieu-dit Gaâda, une embuscade est finalement tendue aux trois terroristes. L’opération aboutit à leur neutralisation. Les trois membres du groupe sont abattus au cours de l’embuscade, mettant ainsi fin à leur fuite et à la traque engagée après l’assassinat de Cheb Hasni. Pour moi, cet épisode n’appartient donc pas seulement à l’histoire racontée après coup. Il fait partie de ce que j’ai vécu directement sur le terrain, dans le cadre de mes responsabilités et de ma participation à la conduite de cette opération.

Une mémoire qui ne doit pas disparaître

Plus de trente ans ont passé. Cheb Hasni, Abdelkader Alloula, Rachid Baba Ahmed et tant d’autres victimes appartiennent désormais à la mémoire collective algérienne. Mais derrière leurs noms, il y avait une réalité beaucoup plus vaste : des familles endeuillées, des artistes menacés, une population terrorisée et des hommes de l’ANP et des services de sécurité engagés quotidiennement dans une lutte difficile contre les groupes armés.

De Gambetta à Chorfa, de Chorfa vers Sig, jusqu’à Gaâda, cette histoire est aussi celle d’une opération vécue sur le terrain. Je ne prétends pas réécrire l’histoire. Je témoigne simplement de ce que j’ai vécu et de ce que j’ai connu dans le cadre de cette opération. Certaines pages de notre histoire ne sont pas écrites dans les livres. Elles restent dans la mémoire de ceux qui les ont vécues.

Tahar-Eddine Kadi

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