Par Rachid Ezziane *
Ce jeudi passé, 8 octobre 2026, l’écrivain Yasmina Khadra était l’invité de la journaliste Pauline Paccard qui anime l’émission « Parlons-en » sur la chaîne France 24. A priori, la journaliste Pauline Paccard l’avait invité à son émission pour parler de son roman « Le prieur de Bethleem », mais les questions prenaient, de temps à autre, un chemin fouineur sur les engagements de l’écrivain Yasmina Khadra sur les questions d’actualité. Et là, sans filtre ni réticence, Yasmina Khadra, l’écrivain Algérien le plus traduit dans le monde, dit tout haut ce que la majorité de ses pairs et confrères tait en contrepartie de quelque strapontin de reconnaissance.
Pour son roman « Le prieur de Bethleem », il n’y va pas de main morte. Son roman est un cri, dit-il, pour éveiller les consciences du monde sur ce que vivent les Palestiniens. Dans ce drame, il voit un naufrage de l’humanité qui ignore sa propre chute. « Si après la seconde guerre mondiale, les rescapés de ce cauchemar planétaire s’étaient écriés plus jamais ça, il faut revenir à ce serment… », explique Yasmina Khadra, pour dire qu’il faut que les puissants du monde reconnaissent qu’il faut donner à chacun le droit à la vie. « Je suis un être humain, je sais que je ne suis qu’un mortel, mais je dois être digne de moi-même, comme je suis digne de ma femme et de mes enfants. »
Tout l’engagement de l’écrivain Yasmina Khadra peut être résumé dans cette citation. Être un homme qui ne s’empêche pas d’être conscient des drames que vivent ses semblables partout dans le monde.
À la question : « D’où vous vient cet attachement, en tant qu’algérien, à la cause Palestinienne ? », Yasmina Khadra répond : « Parce que nous avons été colonisés. Parce que pendant 132 ans nous avons été non citoyens. Nous avons été exilés sur notre propre terre. Et nous avons été complétement réduits à rien. Quand la France a agressé l’Algérie, en 1830, il y avait plus d’écoles en Algérie qu’en France. On avait nos villages, nos palais, nos jardins, notre bien-être. Et quand on voit la Palestine, c’est l’Algérie, qui est en nous, qui se réveille… »
Les relations venimeuses entre la France et l’Algérie ne sont, pour Yasmina Khadra, qu’un chahut de personnes haineuses de l’extrême-droite. Et il le dit sans ambages à la journaliste.
Pour l’Algérie et son peuple, il dit avoir une estime et un amour incommensurables. Mais il avoue qu’il fut déçu de ce qu’est devenu Kenadsa, son patelin natal. Oasis qui enfanta des hommes illustres et qui détient un patrimoine plus que millénaire abandonnée aux gémonies de l’oubli.
Depuis qu’il a choisi de dire la vérité et de mettre le doigt sur les vraies blessures du monde, Yasmina Khadra se voit, selon ses dires, mis en quarantaine par les médias français, et depuis, aucun prix ne lui a été décerné.
Yasmina Khadra conclut son entretien par une note d’espoir, car il estime qu’il est fort possible que dans un futur proche la solution à deux États en Palestine verra les deux peuples de la région vivre en harmonie sans haine ni guerre.
R. E.
* Ecrivain