L'Algérie de plus près

Chlef, la ville qui espère retrouver le charme d’El Asnam

Par Hassane BOUKHALFA*

Quand le terrible séisme a détruit la ville de Chlef un certain 10 octobre 1980, j’étais relativement loin et dans le temps et dans l’espace.  Ce n’est que huit ans plus tard que je suis né à près de 70 km au nord-est de Chlef. Du coup, je n’en étais pas un témoin immédiat. Mais cet évènement ne m’était pas totalement étranger. J’en avais une vague connaissance car il m’a accompagné durant une bonne partie de ma vie. En effet, durant mon enfance et mon adolescence, j’entendais souvent le mot séisme mais sans autre détail.

Le mot séisme revient très souvent dans les discussions des adultes, notamment des plus âgés, sous le vocable « ezzelzelt » dans notre parler local, une variante du tamazight. Ce mot n’est pas utilisé pour raconter l’événement ; c’est plutôt une date importante qui est devenue un repère grâce auquel on situe les évènements passés. Comme la plupart des gens de ma région étaient analphabètes, on n’utilisait pas des dates précises pour situer tel ou tel évènement. Généralement ce sont les grands événements qui servaient de repères comme le déclenchement de la guerre de libération nationale, le cessez-le feu ou encore la date de la proclamation de l’indépendance de l’Algérie. Il en est de même pour le tremblement de terre d’El Asnam qui est devenu un repère historique. Ainsi, on entend souvent qu’un tel s’est marié avant le séisme, un tel est né avant le séisme d’une année, un tel autre est décédé tant d’années avant ou après le séisme etc.

Breira, la commune où je suis né et vécu une trentaine d’année, n’a pas été trop touchée. Il y eut plus de peur que de mal. Avant de lire les témoignages de M. Boudjeltia Djazouli, l’ancien maire de la commune de Chlef, au moment du séisme, dans lesquels il brosse le portrait de la belle coquette El Asnam avant qu’elle ne subisse la catastrophe qui l’a défigurée, c’est de mon père et des hommes de sa génération que j’entendais parler d’El Asnam avec admiration. Mon père, jusqu’à aujourd’hui n’utilise que le vocable Lesnab pour parler de la ville de Chlef. Décidément, Chlef d’après la catastrophe n’est plus celle d’avant. Le séisme a marqué à jamais et la population qui a été meurtrie, blessée et endeuillée et la ville qui a perdu un charme qu’elle espère retrouver un jour.

H. B.

* Enseignant universitaire

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