Les progrès considérables qu’ont connu les moyens de transport n’ont pas été sans conséquences ; ils ont entraîné dans leur sillage un nombre considérable de drames qui ne cessent d’endeuiller des populations entières.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont les pays du tiers-monde qui sont les plus touchés par les inconvénients du progrès réalisé en matière de moyens de transport, pour plusieurs raisons. Ils en sont beaucoup plus affectés que les pays développés qui, pourtant, sont ceux qui conçoivent et produisent ces moyens de transport. Les statistiques montrent que ce sont les moyens de transport routiers qui font le plus de drames. En effet, au lieu de faciliter les déplacements et de rendre les voyages plus agréables, ces moyens de transport sont devenus une source de malheurs.
En Algérie, par exemple, se déplacer sur la route est devenu un véritable cauchemar qui hante et les voyageurs et les conducteurs. Chaque jour, les accidents de la route engendrent des morts et des blessés dont des handicapés à vie. Les raisons et les facteurs derrière ces accidents sont beaucoup plus profonds qu’on ne le croit. Imputer les causes de ces accidents à un seul facteur relève de la naïveté, sinon de la manipulation et de la diversion. Nous pouvons toutefois énumérer les facteurs les plus importants, en insistant surtout sur ceux ignorés ou relégués au second alors qu’ils déterminants.
Société en mutation et « mektoub »
Il en est qui sont sournois et dont les conséquences sont dévastatrices. Parmi eux, l’incivisme dont fait montre une partie non négligeable des Algériens, pour ne pas dire le manque d’éducation, constitue l’un de ces facteurs qui provoquent ces accidents de la route. À ce propos, on pourrait établir un parallèle entre la conduite des véhicules et les autres conduites tout court.
Ainsi, ce sont les mêmes ou presque qui jettent leurs déchets n’importe où et… parfois de l’intérieur de leurs véhicules. Ce sont les mêmes ou presque… dont les enfants ne respectent pas le règlement intérieur des établissements scolaires. Comportement « normal » dira-t-on en prétextant de leur jeune âge. Ce qui, par contre, ne l’est pas, c’est que leurs parents, leur donnent raison. Ce sont les mêmes ou presque qui ne respectent pas le temps et les rendez-vous.
Tout cela semble en apparence sans aucun lien avec les accidents de la route, mais cela constitue un indice révélateur d’un autre phénomène : celui de la légèreté dont fait montre une partie non négligeable d’Algériens quand ils prennent le volant. Et si un drame survient, ils considèrent que c’est « mektoub », le destin qui décide de toutes nos actions et tous nos actes, mêmes les plus banals. Pour ce genre d’individus, fort nombreux, il suffit de s’en remettre à Dieu et de mener la vie comme bon leur semble. Pour ces gens-là, la planification, l’anticipation, la prise de précautions ne sont que des actes qui risquent de remettre en cause la foi du croyant. C’est pourquoi, on conduit une voiture comme on conduit une brouette dans son jardin. On se sert de moyens de locomotion modernes avec la mentalité d’un chamelier.
Le troisième facteur concerne la réglementation. Entre autres, les conditions dans lesquelles sont formés les candidats au permis de conduire dans les écoles de conduite, les critères retenus pour délivrer ce document et même les critères qui ouvrent droit à ouvrir une école et à devenir moniteur de conduite. Tous ces facteurs réunis concourent à engendrer tous ces drames dont le théâtre est nos routes.
Pour réduire cette hémorragie, il est grand temps de revoir en profondeur le fonctionnement de la structure sociale. Il est grand temps de vivre son temps et de se départir des mentalités rétrogrades comme la superstition et le charlatanisme qui ont pris le dessus sur le raisonnement logique.
Des solutions logiques et réalisables
La citoyenneté et le civisme doivent reprendre leur droit de cité et chasser toutes les formes de mentalités rétrogrades, facteurs d’anarchie. Il faut dire que la répression, à elle seule, ne suffit pas à discipliner les conducteurs ; la sensibilisation continue – et non occasionnelle – est indispensable. Aussi, la campagne de sensibilisation lancée au début de ce mois d’octobre doit se poursuivre tout au long de l’année. Elle doit être planifiée et conçue d’une manière scientifique afin de pouvoir en évaluer les résultats et, pourquoi pas diagnostiquer les causes des accidents pour y remédier.
Il faut réfléchir par ailleurs à la gestion et au fonctionnement du transport en commun, un secteur qui doit être assaini et restructuré en privilégiant le développement des entreprises de transport public, gérées par l’État où les horaires devraient être fixés et respectés.
De même, la flotte des bus devrait être renforcée car l’investissement étatique dans ce secteur est rentable sur plusieurs plans dans la mesure où il encouragera les citoyens à opter pour les transports en commun au lieu d’utiliser les véhicules personnels, ce qui réduit le trafic routier, surtout dans les zones urbaines, la consommation de carburant subventionné par l’État, tout en préservant l’environnement de la pollution.
Le transport en commun privé, quant à lui, devrait faire l’objet d’un strict encadrement et contrôle. Les chauffeurs et receveurs devraient suivre une formation avant d’intégrer ce domaine. Il suffit d’observer la manière dont se comportent la plupart d’entre eux pour comprendre pourquoi les citoyens préfèrent utiliser leurs propres véhicules pour se déplacer avec tous les désagréments que cela implique, à l’instar du manque de lieux de stationnement, de l’usure des pièces et de la consommation de carburant.
Contrairement à une idée reçue, la majorité des citoyens se disent prêts à utiliser les transports en commun si ces derniers respectent les règles universellement reconnues comme le respect des horaires, l’hygiène et le bon état des bus, la bonne conduite des chauffeurs et receveurs.
À notre avis, ces mesures sont susceptibles de réduire le nombre d’accidents et d’éviter l’hécatombe qui ne cesse d’endeuiller des milliers de familles et d’empoisonner la vie aux millions d’Algériens qui se déplacent sur la route.
Hassane Boukhalfa