Le premier tour de la présidentielle brésilienne confirme la progression des forces conservatrices sur un continent déjà largement dominé par la droite.
Au Brésil, le premier tour de l’élection présidentielle a placé la droite en position de force. Le sénateur Flávio Bolsonaro, candidat du Parti libéral et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, est arrivé en tête dimanche 4 octobre avec 47,03 % des suffrages exprimés, devant le président Luiz Inácio Lula da Silva, qui a obtenu 45,16 %. Les deux hommes se retrouveront au second tour, le 25 octobre.
L’écart, inférieur à deux points, est le plus faible jamais enregistré au premier tour d’une présidentielle brésilienne depuis le retour à la démocratie. Flávio Bolsonaro a également dépassé le score obtenu par son père au premier tour de 2022. La participation a toutefois été marquée par une abstention de 21,07 %.
Le résultat dépasse le seul scrutin présidentiel. La droite a également renforcé sa présence au Congrès. Le Parti libéral devrait disposer de 28 sièges au Sénat, contre 15 auparavant, et d’environ 121 sièges à la Chambre des députés. Cette progression donne au camp de Flávio Bolsonaro un poids parlementaire nettement supérieur à celui dont disposait son père lors de son mandat.
Lula reconnaît une « leçon »
À São Paulo, Lula a reconnu que le résultat était différent de celui qu’il espérait. « Le résultat est souvent inattendu », a déclaré le président, qui assurait auparavant être convaincu de pouvoir l’emporter dès le premier tour. Il a cependant présenté le second tour comme une nouvelle campagne, au cours de laquelle les deux candidats pourront confronter directement leurs projets pour le pays.
Dans le camp du Parti des travailleurs, le résultat a immédiatement déclenché des appels à revoir la stratégie de campagne. Selon Folha de S.Paulo, des responsables du parti estiment que la communication doit être profondément modifiée pour tenter de récupérer les électeurs indécis et ceux qui pourraient changer de choix au second tour. Des tensions et des désaccords au sein de l’équipe de Lula ont également marqué la première phase de la campagne.
À l’inverse, les partisans de Flávio Bolsonaro ont célébré son arrivée en tête du scrutin. Le candidat de droite a affirmé que le résultat démontrait la volonté de changement d’une partie du pays. Son avance a également été accueillie favorablement par les marchés financiers : la Bourse de São Paulo a gagné plus de 8 % lundi et le réal s’est apprécié de plus de 4 % face au dollar.

Une droite déjà implantée dans la région
Le résultat brésilien intervient alors que plusieurs pays latino-américains ont déjà basculé vers la droite ou le centre droit. En Argentine, Javier Milei poursuit depuis son arrivée au pouvoir une politique économique ultralibérale et un discours ouvertement hostile à la gauche traditionnelle. Au Chili, José Antonio Kast a remporté la présidentielle en faisant notamment de la sécurité et de l’immigration des thèmes centraux de sa campagne. En Colombie, l’élection d’Abelardo de la Espriella en juin a marqué une nouvelle rupture avec la gauche de Gustavo Petro. Le scrutin colombien avait été présenté par Reuters comme une nouvelle étape du virage à droite de la région.
Le même mouvement s’est manifesté en Équateur, au Pérou, en Bolivie et au Paraguay, où les forces conservatrices occupent désormais une place importante dans le paysage politique sud-américain. En juin, Folha de S.Paulo soulignait que la victoire de la droite colombienne avait laissé Lula parmi les rares dirigeants progressistes encore au pouvoir dans la région.

Sécurité et rejet des gouvernements en place
Dans plusieurs de ces pays, la question sécuritaire s’est imposée au centre des campagnes électorales. Face à la progression des gangs, du narcotrafic et de la criminalité organisée, les discours promettant davantage d’autorité et une politique pénale plus ferme ont gagné du terrain.
Au Brésil, cette dynamique s’ajoute au mécontentement d’une partie de la population envers le gouvernement Lula. Des représentants du secteur économique cités par Folha de S.Paulo évoquent notamment l’endettement des ménages, l’insécurité, les scandales politiques et l’usure du pouvoir comme facteurs ayant favorisé Flávio Bolsonaro.
Le paysage latino-américain n’est cependant pas entièrement passé à droite. Le Mexique demeure dirigé par la gauche, tout comme l’Uruguay de Yamandú Orsi. Au Brésil, Lula conserve surtout une base électorale considérable, avec près de 54 millions de voix au premier tour.
Le second tour brésilien constituera donc un nouveau test pour cette recomposition politique. Après l’Argentine, le Chili, la Colombie et plusieurs autres pays sud-américains, le Brésil pourrait à son tour confirmer la progression de la droite sur le continent – ou offrir à la gauche l’occasion de freiner cette nouvelle vague.
Aya Saïb