Rabah SAADOUN *
Outre les immenses dégâts causés par les derniers incendies à de nombreux établissements scolaires dans les wilayas de Jijel et Béjaia et qui sont actuellement restaurés et réhabilités rapidement pour accueillir nos enfants dans les meilleures conditions possibles, la question de l’enseignement des langues étrangères en général et en particulier le français pointe encore du nez et cette fois-ci avec une question capitale à savoir : faut-il donner la priorité à l’anglais ou au français ?
Pour répondre à cette question, Je dirais que toutes les langues étrangères se valent. Et si le français a une longueur d’avance sur l’anglais, ce n’est nullement un inconvénient mais plutôt un avantage qu’il faut préserver et consolider encore plus et de ne pas oublier de renvoyer l’ascenseur à la langue de Shakespeare. La langue n’est qu’une arme, un outil au service de la pensée, et doter nos élèves de deux armes différentes, outre leur langue maternelle, ne leur sera que bénéfique. Donc, la question de la priorité n’a pas lieu d’être puisque le français pour nous est considéré comme un atout, un avantage, un butin de guerre selon Kateb Yacine qu’il faut préserver et renforcer. Focaliser sur sa rétrogradation au second plan voire l’étouffer carrément ne sera qu’une perte sèche d’un avantage.
Décaler d’une année l’apprentissage d’une langue étrangère par rapport à une autre n’est pas une priorité qui demande toute cette inquiétude ! Supprimer une heure ou en ajouter une ne l’est pas non plus ! 5 heures d’arabe par semaine n’ont jamais fait de nos bambins des Sibawayhe ou des Moutanabi !
Le débat actuel sur cette question de l’anglais ou du français pour nos enfants et quelle priorité leur donner est faux dans la mesure où ils vivent une autre époque, celle des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle. Cette dernière leur ouvre illico-presto des portails du savoir en quelques clics. Ce qui n’était pas le cas pour notre génération. N’est-il pas contradictoire de débattre cette simple question à un moment ou l’IA (intelligence artificielle) est en train de changer la notion même du savoir ? C’est une question secondaire puisque le problème est ailleurs ! Plus profond et plus urgent.
Chaque langue étrangère porte en elle une valeur, une philosophie et une beauté ! Le philosophe Ludwig Wittgenstein écrivait ceci : « Les limites de ma langue signifient les limites de mon monde ». Cette formule à elle seule résonne comme une invitation à accéder au maximum aux langues étrangères qui sont le passeport indispensable pour élargir notre esprit, tisser des liens humains et réussir notre avenir !
Observons toutes ces citations et ces proverbes qui nous viennent de partout dans le monde : « Avoir une autre langue, c’est posséder une deuxième âme » disait Charlemagne ; « Celui qui ne parle qu’une seule langue est une personne, mais celui qui parle deux langues est deux personnes » assure proverbe turc. Un proverbe tchèque nous rappelle aussi que l’on vit une nouvelle vie pour chaque nouvelle langue parlée ! Enfin, Federico Fellini disait : « Une langue différente est une vision différente de la vie » ! Certes l’anglais est la première langue étrangère parlée dans le monde et c’est la langue de la science et la technologie par excellence, toutefois, on constate qu’à aucun moment, ils n’ont parlé de la priorité d’une langue par rapport à une autre ! La Corée du sud et le Japon, pour ne citer que ces deux nations, sont à la pointe de la technologie en n’usant et n’utilisant que leurs langues maternelles. Même le hadith de notre prophète (QSSSL), n’évoque pas cette question de priorité : « Celui qui apprend la langue d’un peuple est à l’abri de leur mal ! »
Avantager aussi l’anglais par rapport à la langue française sous prétexte que cette dernière est la langue d’un ancien colonisateur, on ne vous apprend rien en vous disant que l’anglais est aussi la langue d’un ancien colonisateur qui a le plus chamboulé l’histoire et la géographie de notre monde !
Que cette nouvelle rentrée scolaire ne doit pas être seulement synonyme de routine, de question de priorité d’une langue étrangère par rapport à une autre mais de conquête : en ouvrant leurs manuels scolaires de langues, nos apprenants doivent savoir qu’ils n’apprennent pas des mots pour obtenir une note, mais pour acquérir une liberté. Étudier l’anglais ou le français en premier lieu, n’est pas aussi important que le fait d’avoir la chance unique que nous offre chacune de ces langues : celle de ne pas être de simples spectateurs du monde, mais d’en devenir les acteurs !
R. S.
* ex-PES de français et Inspecteur de l’éducation