Par Ali Dahoumane *
Une fois n’est pas coutume et on commence par la fin de l’année scolaire qui se termine généralement par les mêmes scènes : explosions de joie, rires et embrassades pour les uns mais malheureusement aussi par des pleurs et de la consternation pour les autres. Toujours le même constat : réussite ou échec. Joie et grands espoirs pour les premiers et déception et quelques regrets pour les seconds. Mais avant d’arriver à cette terrible épreuve que constitue l’examen scolaire (5eme, BEM ou BAC) que les élèves ainsi que leurs parents redoutent et attendent avec une certaine apprehension, il est à mon sens important de souligner que les élèves ont travaillé souvent dans un contexte difficile. Ils ont traversé une route parsemée d’embuches et de nombreux obstacles.
Surcharge des programmes, des horaires et des classes
Nos enfants vont à l’école cinq jours sur sept et travaillent parfois six ou sept heures par jour. Un élève de onze ans (âge d’un élève de la première année moyenne) a-t-il la capacité et la faculté mentale de se concentrer et de recevoir des informations durant tout ce laps de temps ? L’avènement de la 5eme comme examen d’entrée au collège n’est pas une bonne initiative (elle est souvent décriée aussi bien par les enseignants que par les parents d’élèves). Tout le monde s’accorde à dire qu’une concertation entre les différents acteurs du monde scolaire ne serait que bénéfique pour les élèves. Les élèves découvrent le collège a un âge prématuré.
L’autre problème concerne les programmes scolaires qui sont souvent chargés et nous assistons malheureusement à une véritable course contre la montre surtout durant le dernier trimestre : chaque enseignant veut boucler, par tous les moyens, son programme. Cette précipitation se fait bien sûr au détriment d’un enseignement rationnel et cohérent.
Enfin, le talon d’Achille de notre école a toujours été la surcharge des classes. Aucun professeur digne de ce nom n’arrivera à dispenser un enseignement adéquat à 42 voire 44 élèves ou plus. Les avis des pédagogues et des parents se rejoignent pour dire que la classe devrait compter beaucoup moins d’élèves pour prétendre à un enseignement efficace et harmonieux.
« Papa… aide moi à faire mon exercice de dessin ! »
Vu le nombre de matières enseignées et le volume horaire trop lourd imposé à nos enfants, nos éminents spécialistes ont pensé à introduire des séances récréatives afin que les élèves se divertissent au sein même de l’établissement et de travailler dans un cadre agréable. La finalité de l’enseignement de la musique et du dessin est de permettre aux enfants de s’évader quelques instants et de se déconnecter du milieu scolaire. Oublier pendant quelques instants l’algèbre et la géométrie ,l’Amérique du sud et l’empire Ottoman, l’imparfait et le participe passé… Le dessin enseigne a l’école ne peut en aucun cas remplacer l’école des beaux-arts et la musique ne peut nullement nous faire penser à un conservatoire. Malheureusement, la réalité est totalement différente du but recherche par nos pédagogues. Actuellement, nous voyons des élèves réviser des cours de musique et d’autres se préparer à affronter le terrible devoir de dessin. Ces matières censées apporter de la joie et du divertissement à nos chérubins sont devenues des disciplines contraignantes. L’enseignement de ces deux matières doit être facultatif et la note obtenue ne doit avoir aucune incidence sur la moyenne générale.

Le raz-de-marée des cours de soutien
Depuis plusieurs années, nous assistons à un phénomène qui a pris de l’ampleur dans le milieu éducatif algérien. Ce phénomène concerne les cours de soutien qui, en temps ordinaire, sont dispensés à des élèves qui connaissent des difficultés scolaires. Par contre, chez nous, tous les élèves y participent. Aussi bien les bons élèves que les moins bons. Les parents consacrent tout leur temps (et souvent beaucoup d’argent) à dénicher les bons professeurs de mathématiques ou de physique à leurs enfants. Leur crainte est légitime dans la mesure où ils veulent que leurs enfants réussissent à leurs examens. Quelques parents estiment que ces heures de soutien renforcent les informations acquises en classe et permettent aux élèves de réussir leur examen avec une bonne moyenne. Moyenne qui leur permettra d’opter pour la filière universitaire de leur choix. D’autres parents, par contre, sont beaucoup plus sceptiques et affirment qu’ils ne font pas très confiance aux enseignants et que ces cours sont assurés pour suppléer ceux dispensés par les enseignants de l’école publique.
Par la force des choses, ces cours de soutien sont devenus un véritable commerce, très juteux au demeurant, les écoles privées assurant ces fameux cours commencent à proliférer dans notre pays. Bien souvent, ce sont des logements et des garages transformés en écoles ; des espaces devenus comme par enchantement des salles de cours. Et comme tout commerce, l’État doit le surveiller et le contrôler pour éviter tout dérapage., veiller au respect du nombre d’élèves par classe, s’assurer que les apprenants travaillent dans de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité (on a vu des enseignants dispenser ces cours dans des caves), imposer une charte d’éthique et de deontologie pour moraliser ce type d’enseignement.
L’écueil du baccalauréat
Il symbolise la réussite scolaire, il est le sésame de l’université. Chaque fin d’année, les candidats attendent avec anxiété les résultats de cet examen tant redouté qui ne laisse personne indifférent. Dans notre pays, le bac est peut-être le seul examen qui a plus ou moins su garder sa crédibilité, sa respectabilité et son honorabilité. Il est à mon avis le seul examen où tous les élèves sont sur un pied d’égalité. Le fils d’un pauvre peut réussir son bac avec une très bonne moyenne alors que l’enfant d’un riche (ou d’un haut fonctionnaire) peut échouer. De temps en temps, l’examen perd un peu de son aura (fuite des sujets dans les années 90 ou la fraude généralisée en 2013) mais il a toujours cette singularité de revenir en force pour faire assoir toute sa puissance et son prestige.
En somme, toutes les rentrées scolaires se suivent et se ressemblent avec toujours les mêmes sentiments : une crainte non dissimulée liée à l’échec pour les uns et de grands espoirs fondes en leur progéniture pour les autres.
Aux enseignants, je souhaite bonne chance et aux élèves beaucoup de réussite.
A. D.
Enseignant en retraite