Alors que le gouvernement brésilien maintient une position critique envers la politique israélienne à Gaza, les relations entre les deux pays restent fortement dégradées. Dans le même temps, plusieurs capitales latino-américaines cherchent à renforcer leurs liens avec Tel-Aviv, faisant de la région un nouvel espace de confrontation diplomatique.
Par Aya Saïb*
Les relations entre le Brésil et Israël restent marquées par de fortes tensions diplomatiques. Depuis le début de la guerre à Gaza, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a multiplié les critiques contre la politique du gouvernement de Benjamin Netanyahu et réaffirmé son soutien à la création d’un État palestinien. Dans un article publié le 31 juillet, Folha de S.Paulo rapportait que le ministère brésilien des Affaires étrangères, l’Itamaraty, avait refusé l’accréditation de Vivian Aisen, proposée comme consule d’Israël à São Paulo. Selon le quotidien, cette décision pouvait laisser Israël sans consul dans la principale ville économique du pays, alors que le poste d’ambassadeur à Brasília était déjà vacant. Cette nouvelle étape intervient après plusieurs mois de détérioration des relations diplomatiques. La crise s’était notamment aggravée en 2024, après les déclarations de Lula comparant les opérations israéliennes à Gaza à l’Holocauste. Israël avait alors déclaré le président brésilien persona non grata.
Le gouvernement brésilien n’a depuis cessé de défendre une ligne critique envers Israël. Le 28 juillet, l’Itamaraty a condamné les violences commises par des colons israéliens en Cisjordanie et dénoncé les mesures visant à modifier la réalité territoriale dans les territoires palestiniens. Folha de S. Paulo a rapporté cette déclaration officielle dans son édition consacrée à la crise au Moyen-Orient.
Quelques mois auparavant, le gouvernement brésilien avait également convoqué la représentante diplomatique israélienne après la diffusion d’images montrant des militants détenus par les forces israéliennes. Folha de S.Paulo rapportait alors que le poste d’ambassadeur israélien au Brésil demeurait vacant et que la représentation diplomatique était assurée par une chargée d’affaires.
Pour Lula, cette politique s’inscrit dans une conception plus large de la diplomatie brésilienne : défense du multilatéralisme, du droit international et d’une solution à deux États.
Cette politique étrangère ne fait cependant pas l’unanimité au Brésil. La droite brésilienne, notamment le camp lié à l’ancien président Jair Bolsonaro, défend depuis plusieurs années une relation plus étroite avec Israël. Cette position pourrait prendre une importance particulière à l’approche de l’élection présidentielle. Le candidat conservateur Flávio Bolsonaro a notamment déclaré vouloir rapprocher le Brésil d’Israël s’il accède à la présidence. Dans une interview accordée à JNS, il a également critiqué l’absence d’un ambassadeur israélien à Brasília et affirmé vouloir réorienter la politique étrangère brésilienne.
La question israélienne devient ainsi un nouvel élément du débat entre les deux principaux courants politiques du pays : d’un côté, le gouvernement Lula, qui défend une position critique envers Israël ; de l’autre, le camp conservateur, qui souhaite renforcer les relations avec Tel-Aviv.

Le Brésil face à une Amérique latine en mutation
Cette confrontation intervient alors que les relations d’Israël avec plusieurs pays latino-américains connaissent également des évolutions importantes. La Colombie constitue l’un des exemples les plus significatifs de cette recomposition. Après une période de fortes tensions sous Gustavo Petro, le changement politique à Bogotá ouvre la voie à une nouvelle approche envers Israël. Le Venezuela a lui aussi récemment repris ses services consulaires avec Tel-Aviv après plusieurs années de rupture. De son côté, l’Argentine de Javier Milei entretient des relations particulièrement étroites avec le gouvernement israélien et participe à de nouvelles initiatives visant à renforcer la coopération entre Israël et plusieurs pays de la région.
Ces évolutions ne signifient pas que l’Amérique latine adopte une position commune envers Israël. Elles montrent plutôt que les changements politiques internes sont en train de modifier les équilibres diplomatiques du continent.
Pour Folha de S.Paulo, cette transformation intervient dans un contexte de recomposition politique plus large de l’Amérique latine, marqué par la progression de gouvernements conservateurs dans plusieurs pays.
Quels intérêts derrière cette nouvelle dynamique ?
Pour Israël, l’Amérique latine représente un espace stratégique à plusieurs niveaux. Les relations avec la région concernent notamment le commerce, l’agriculture, les technologies, la sécurité et la coopération diplomatique.
Le Brésil occupe cependant une position particulière en raison de son poids économique, démographique et politique. Son opposition à certaines politiques israéliennes donne donc à la position de Lula une portée qui dépasse largement les relations bilatérales.
La multiplication des rapprochements entre Israël et certaines capitales latino-américaines intervient ainsi au moment où le Brésil maintient ses distances avec Tel-Aviv. Cette situation pourrait progressivement créer deux orientations diplomatiques différentes au sein de la région.
Entre le Brésil, qui maintient ses distances avec Tel-Aviv, et les capitales latino-américaines qui se rapprochent progressivement d’Israël, une nouvelle carte diplomatique semble se dessiner dans la région. Mais derrière cette multiplication des rapprochements, une question s’impose : quel rôle Israël cherche-t-il désormais à jouer en Amérique latine ?
A. S.
*Étudiante à l’université d’Alger