Un incendie de forêt a fait au moins 12 morts et 23 disparus depuis jeudi dans la province d’Almería, dans le sud de l’Espagne, selon un bilan communiqué samedi par les autorités régionales d’Andalousie. Le feu, déclaré jeudi 9 juillet en fin de journée dans le secteur d’Almocáizar, sur la commune de Los Gallardos, a également fait 8 blessés, dont 4 graves, et contraint à l’évacuation de 1 500 personnes. Plus de 6 600 hectares ont été détruits, contre une première estimation de 3 150 hectares annoncée jeudi soir, signe de la vitesse à laquelle la situation s’est dégradée sur le terrain en l’espace de quarante-huit heures.
Parmi les victimes figurent quatre ressortissants présumés britanniques, retrouvés sans vie dans un véhicule à conduite à droite alors qu’ils tentaient de fuir les flammes. L’Institut de médecine légale d’Almería a achevé les autopsies des 12 corps retrouvés à ce jour, rapporte le quotidien local La Voz de Almería. La Guardia Civil a de son côté enregistré sept déclarations officielles de disparition et a ouvert un point d’accueil dédié dans la commune de Garrucha, où des prélèvements biologiques sont recueillis auprès des familles afin d’accélérer les procédures d’identification des corps restant à identifier.
Quinze kilomètres parcourus en deux heures
Selon l’Agence France-Presse, le feu a parcouru environ 15 km en à peine deux heures, porté par des vents forts, des températures élevées et un relief accidenté qui a compliqué l’intervention des secours. Il a atteint des habitations dispersées entre les communes de Los Gallardos et de Bédar, prenant de vitesse une partie des habitants. La commune d’Alfaix a fait l’objet d’une évacuation totale, et environ 300 personnes issues d’un même complexe résidentiel ont été transférées vers Garrucha dans l’urgence. Sur le plan de la circulation, un tronçon de l’autoroute A-7 reste fermé, le trafic étant dévié vers la route nationale N-340.

« L’incendie le plus destructeur enregistré à ce jour »
Le président du gouvernement régional d’Andalousie, Juan Manuel Moreno, a qualifié la situation de « tragédie majeure », appelant à la prudence dans l’interprétation du décompte des disparus, certains d’entre eux pouvant se trouver, selon lui, simplement hors de portée des réseaux de communication plutôt que blessés ou décédés. Le conseiller à la Présidence, à la Santé et aux Urgences du gouvernement andalou, Antonio Sanz, est allé plus loin en qualifiant ce sinistre d’« incendie le plus destructeur enregistré à ce jour » dans la région. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a pour sa part exprimé sa « profonde tristesse » et appelé l’ensemble de la population à « la plus grande prudence » tant que l’incendie ne sera pas maîtrisé. Le roi Felipe VI s’est entretenu directement avec les maires de Los Gallardos et de Bédar, selon le président du conseil provincial d’Almería, José Antonio García Alcaina.
Guardia Civil, armée, pompiers : un dispositif hors norme
Selon un bilan publié par la présidence du gouvernement espagnol (La Moncloa), les effectifs mobilisés sur zone comprennent 160 agents, 52 véhicules, deux hélicoptères et deux drones de la Guardia Civil, ainsi que 220 agents et 70 véhicules de l’Unité militaire d’urgence (UME), le corps de l’armée espagnole spécialisé dans la gestion des catastrophes. Le ministère de la Transition écologique a engagé quatre avions amphibies et un hélicoptère pour les largages d’eau, tandis que la Protection civile a déployé 34 agents et deux véhicules supplémentaires sur le terrain. À ces moyens nationaux s’ajoutent plus de 100 agents du plan andalou de lutte contre les incendies, Infoca, appuyés par une vingtaine de moyens aériens complémentaires, ce qui porte l’ensemble du dispositif à plusieurs centaines de personnes mobilisées simultanément autour du foyer de l’incendie.

Un câble électrique tombé au sol…
Selon des éléments rapportés par le quotidien La República sur la base de sources espagnoles, l’incendie serait parti de la chute d’un câble électrique entre deux poteaux, à proximité de la route N-340, câble qui aurait enflammé la végétation avant que le vent ne propage rapidement les flammes. La Guardia Civil a été la première à se rendre sur les lieux où ce câble rompu a été localisé. La compagnie électrique Endesa a néanmoins démenti toute responsabilité directe, affirmant que la ligne en cause n’appartenait pas à son réseau de distribution, et évoquant plutôt un raccordement privé et ancien, initialement destiné à alimenter une habitation et un restaurant aujourd’hui à l’abandon. Le gouvernement régional a précisé que les responsabilités seraient formellement établies à l’issue de l’enquête en cours.
Le pire été depuis 10 ans
Cette catastrophe s’inscrit dans une saison des incendies particulièrement sévère à l’échelle de l’ensemble du territoire espagnol. Selon des données du ministère espagnol de la Transition écologique citées par La República, le pays a enregistré entre le mois de janvier et le 5 juillet 2026 pas moins de quinze incendies de plus de 500 hectares chacun, soit environ le double de la moyenne annuelle constatée sur la dernière décennie. Sur cette même période, 1 726 départs de feu de plus d’un hectare ont été recensés à travers le pays, pour un total cumulé dépassant les 50 700 hectares brûlés, un chiffre très largement supérieur à la moyenne observée les dix années précédentes sur une période comparable, et qui illustre l’ampleur du risque incendie auquel l’Espagne est confrontée cet été.
Aya Saïb