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Hacène Mestari, président de l’association « El Amel » du quartier Mohamed Allaoui : « Du jour au lendemain, les habitants se sont retrouvés sans aucune ressource »

L’association «El Amel» présidée par Hacène Mestari fait partie de ces associations qui contribuent au soutien des populations vulnérables en plus de son rôle principal qui consiste à recenser les carences au niveau du quartier et les transmettre aux autorités concernées. « El Amel » assure surtout un appui pour les catégories et les couches défavorisées à travers des actions caritatives. Il faut rappeler que le quartier « Mohamed Allaoui »abrite les habitants du désormais ex-village de Tadjmout, englouti lors de la mise en eau du barrage Kef Eddir en 2016. Ce hameau se trouve à moins de 10 km sur les hauteurs de la ville de Béni Haoua. Le président d’El Amel est un jeune enseignant de mathématiques, connu pour ses qualités morales et sa rectitude, il exerce au collège d’enseignement moyen Guellil Ahmed de Béni Haoua. Il a déjà enseigné à Breira puis à Aïn Tagourait, près de Tipasa, avant de revenir à Béni Haoua. Dans cet entretien, à bâtons rompus, il nous parle de son association, ses activités et ses défis :

Le Chélif : Voulez-vous nous présenter votre association ?

Hacène Mestari : Notre association a été créée le 22 janvier 2025. Composée de 9 membres, elle représente les habitants du quartier Mohamed Allaloui, qui relève de la commune de Béni Haoua. C’est une association de quartier qui porte le nom de « El Amel ». Elle se veut une courroie de transmission entre les habitants et les autorités publiques. Bien sûr, notre association s’implique également dans des activités caritatives car il faut rappeler que la plupart des habitants de ce quartier vivent dans des conditions très difficiles depuis de longues années.

Parlez-nous davantage des activités de votre association. 

Parmi les principales activités de notre jeune association figure la transmission des préoccupations et des problèmes des habitants du quartier aux autorités concernées. Ainsi, nous œuvrons à ce que les habitants de notre quartier aient une vie digne et décente et que leurs droits légitimes soient préservés et ce, à travers nos correspondances avec les différentes autorités publiques. Comme nous l’avons déjà souligné, notre quartier est un peu particulier dans la mesure où ses habitants ont été contraints de quitter leur village natal, à savoir Tadjmout, dans la commune de Breira, suite au remplissage du barrage Kef Eddir qui a enseveli leurs maisons, leurs terres agricoles et leurs vergers, réduisant leur quotidien à des difficultés sans fin. Dans ce contexte, il faut souligner que les villageois sont dans leur majorité des paysans vivant du travail de leur terre et de l’élevage. Du jour au lendemain, ils se sont retrouvés au chômage sans aucune ressource, sinon la débrouille qui leur permet de vivre au jour le jour. C’est pourquoi nous nous sommes retrouvés obligés de nous occuper des nécessiteux et des cas vulnérables. Nous procédons au recensement des cas ayant besoin d’aide et de soutien, en les classant selon un ordre de priorité pour d’éventuelles aides.

Votre action se limite donc au volet social ?

En plus du volet social pur, nous cherchons à établir des relations avec les différentes administrations et avec d’autres associations afin de développer et améliorer nos activités. Comme vous le savez, ce genre d’échange est susceptible d’apporter une valeur ajoutée à nos activités.

Quels sont les objectifs de votre association en tant que structure récemment créée ?  

Pour le moment, notre principal objectif est la recherche des moyens qui nous permettront de nous faire connaître afin d’obtenir des aides pour accompagner les personnes démunies et contribuer ainsi à atténuer les difficultés des habitants du quartier.

Quel rôle exact jouez-vous auprès des habitants du quartier ?

Notre rôle consiste à écouter les problèmes des habitants du quartier pour les accompagner à les résoudre. Nous leur tendons la main en transmettant leurs doléances à ceux qui peuvent leur venir en aide.

Quels critères adoptez-vous pour distribuer les aides ?

Les aides sont distribuées selon le degré de vulnérabilité des personnes concernées, et ce après réunion du bureau et sélection des cas prioritaires en fonction de la disponibilité de ces aides.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles votre association est confrontée ?

Les principales difficultés auxquelles nous faisons face figurent le manque de moyens d’un côté et le peu d’intérêt que les différentes autorités nous accordent de l’autre.

Quelles critiques ou remarques avez-vous reçues concernant votre travail ?

Concernant les remarques négatives sur notre travail, elles se limitent au fait que certaines personnes se sentent lésées et se plaignent de ce qu’elles considèrent comme injustice à leur égard, ce qui, bien entendu, n’est pas du tout fondé dans la mesure où la majorité des habitants du quartier appartiennent à des catégories défavorisées, ce qui rend difficile la distinction entre les cas et donne parfois l’impression que nous avons négligé certains d’entre eux.

Selon vous, quels sont les moyens pour renforcer la transparence et la confiance entre les associations et la société ?

Les moyens permettant de renforcer la transparence et d’ancrer la confiance entre les associations et la société consistent à éviter les décisions individuelles, à adopter la transparence dans le travail associatif, à bien recenser les cas et à impliquer la société dans l’action associative.

Comment gérez-vous les cas qui ne remplissent pas les conditions pour bénéficier des aides et vous sollicitent quand même ?

Pour les cas ne remplissant pas les conditions requises, nous insistons clairement sur les critères avant la distribution des aides.

Quel est votre rôle dans la sensibilisation des citoyens de votre quartier à leurs droits et comment interagissez-vous avec les autorités ?

Nous essayons de temps en temps de réunir les habitants pour leur expliquer que toutes les institutions de l’État sont là pour les servir et nous leur indiquant comment procéder. Nous nous chargeons par la suite de la transmission de leurs messages de doléances relatifs aux lacunes relevées aux autorités concernées en respectant les démarches administratives légales et la hiérarchie administrative. Nos correspondances sont ainsi adressées d’abord au président de l’assemblée populaire communale, ensuite au chef de la daïra et, enfin, au wali de wilaya. Malheureusement, nous ne bénéficions souvent d’aucune attention de la part des autorités concernées alors que les habitants du quartier continuent de faire face à des problèmes pourtant faciles à résoudre car ne nécessitant d’autre que la volonté des élus et des responsables locaux.

On constate que votre association censée jouer un rôle d’intermédiaire entre les habitants du quartier et les autorités concernées, elle est devenue beaucoup plus une association caritative, pourquoi ?

Je crois avoir déjà souligné le caractère un peu exceptionnel du quartier et les conditions de ses habitants qui ont quitté leur village à contrecœur. Cela, nous l’avons pris en considération et nous voulons leur faire sentir la chaleur de la solidarité et leur montrer qu’ils ne sont pas abandonnés à leur sort.

Que dites-vous de certaines personnes qui utilisent ces associations et particulièrement celles dites caritatives à des fins personnelles en s’enrichissant sur le dos des couches défavorisées ?

Je crois qu’il suffit d’observer comment se déroulent les activités de chaque association pour distinguer le bon grain de l’ivraie. Car la manière d’agir est un indicateur fort de la sincérité des intentions ou de leur malveillance. La balle est dans le camp de la société pour débusquer les opportunistes et les escrocs.

Quel message souhaitez-vous transmettre concernant l’avenir du travail associatif et votre vision des choses ?

Nous aspirons à ce que le travail associatif soit un support et moyen qui facilite le travail des autorités et rend la vie des citoyens moins pénible. Nous œuvrons à ce que le travail associatif renforce la solidarité entre les différentes catégories de la société.

Propos recueillis par Hassane Boukhalfa

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