L'Algérie de plus près

ET LES SOUPIRS DEVIENDRONT PRIÈRES…

Par Rachid Ezziane

Il y a des cœurs qui voient dans l’obscurité ce que les yeux ne peuvent pas voir dans la lumière. Il y a des rêves prémonitoires qui encensent les âmes jusqu’à l’infini. L’esprit s’épanouit, voyage et fait réveiller les impulsions endormies dans la pénombre du subconscient.

Et les ailes de la passion emportent l’homme, enflammé de désir, vers le plus profond de lui-même. Quand le cœur s’y met, la tête s’entête, la voie s’illumine ; les deux mains en coupe, on boit jusqu’au dégoût : la chimère. Le fantasme. Le mirage. L’ombre. Et même la folie. En vérité, chaque vie porte en elle sa mission, sa parabole personnelle ; le reste des charges quotidiennes ne sont que oiseuses contrariétés. L’homme sage est celui qui ne pense à réaliser qu’un seul rêve : être un homme libre! Le reste, tout le reste n’est que vaines illusions… Si tu crois défier le temps, tu te trompes. Si tu crois pouvoir aller au-delà de tes limites, tu te fatigues pour rien. Et tu n’iras pas loin si tu ne vis que pour remplir panse et besace. Chaque chose à un seuil de résistance. Les oasis sont faites pour le repos. Arrête-toi, observe, contemple, admire, estime… Tout autour de toi parle, ploie ses fruits gorgés de beautés et d’enseignements. Appelle à la liberté. L’homme seigneur ne passe jamais à côté des choses simples. Les soufis, ces mystiques désintéressés, ancrés dans la foi, pour parler à Dieu, disent-ils, il suffit de lui dire ce qu’on a sur le cœur, et Il nous écoutera, et Il nous comprendra. Nous n’avons nul besoin de mots magiques. Et si tu ne sais rien dire, soupire, et Dieu entendra. Et Il formera les mots qui conviennent à ton soupir. Et les soupirs deviendront prières… C’est en marchant qu’on ouvre le chemin pour les autres. Alors, n’arrêtons pas de marcher. Osons ! Même si nous risquons notre vie. Car chaque voyageur qui empruntera le chemin que nous aurons tracé bénira nos premiers pas ; nous apportera un peu des bienfaits que nous aurons laissés derrière nous. S’il n’y avait pas les premiers «marcheurs», il n’y aurait pas les routes que nous foulons aujourd’hui. Voyageur des temps modernes, sache que chaque odyssée avait pour genèse un premier pas. Et avant ce pas, il y avait l’inspiration… Il y avait… la lumière, la liberté. Combien d’hommes préfèrent-ils être des rocs, mais à force de subir les coups ils se brisent. Seuls les fleuves qui coulent, en silence, charrient tout sur leur chemin ; et ils s’en vont loin, très loin… Et les hommes qui choisissent d’être fleuves plutôt que rocs, pardonnent. Ils pardonnent à tous leurs ennemis et à tous ceux qui leur ont faits du mal, ou haïs, ou persécutés, ou les ont injustement traités, blessés, calomniés, déçus… Ils pardonnent pour ne pas avoir à supporter dans leur cœur le poids de les «haïr». Car la haine est un lourd fardeau à supporter. Elle est plus nuisible à l’âme que le plus grand chagrin de notre vie. L’oubli est le remède à la douleur. Et l’amour est la suprême conviction de la fraternité entre les hommes. Chaque âme porte en elle son grain et son ivraie. Si à chaque jour suffit sa peine, sur chaque visage se lit la vie de tous les jours.

Peuple ! C’est de toi que sortent les tyrans qui te gouvernent. C’est dans toi que naissent les prophètes et les sages érudits.

Peuple ! Tu es la source de tes joies et de tes maux. Il n’y a pas pire ignorant comme celui qui connaît les autres mais ne se connaît pas. Et écrire est un acte d’honnêteté avec soi-même et les autres. La littérature, même dans la fiction, doit porter en son sein la vérité. Un écrivain, c’est comme un laboureur ; l’amour de la terre guide ses mains, l’incite à parfaire son travail. «Toutes les spéculations sont grises, mon ami, mais éternellement vert est l’Arbre de la vie», disait Goethe. Car on ne meurt pas de ce qu’où on est ; on meurt de ce que notre feuille est tombée de son arbre… On ne meurt même pas de ce qu’on est malade ; on meurt de ce que notre vie finit quelque part. N’a jamais rien écrit qui n’a pas dit un jour : «Ne pleure pas, ô mon pays bien aimé !» Et n’est pas digne d’être un fils celui qui ne baise pas la main de sa mère chaque matin. Et ne va pas loin celui qui ne porte pas son pays dans son cœur. Car tout philosophe, ou écrivain, n’est que le fils de la douleur de son peuple -ou de ses joies. S’il m’était donné de refaire ma vie, je me méfierai de mes amis plus que de mes ennemis. Car les mots sous-entendus d’un ami sont comme des pierres qui nous lapident. Et je me méfierai encore plus de l’ami cupide, il prend de sa main gauche ce qu’il a donné avec sa main droite. Mais… Je suis fatigué d’aimer pour aimer. Car personne n’en veut de cet amour. Je leur parle de partage – dans l’affection, ils arrivent avec leurs couffins… Si tu es discret, un peu timide et retiré. Sans gêner personne jusqu’à te faire oublier. Si tu gardes tes distances. Sans jamais rien demander. Si tu aimes les gens pour les aimer. Sans attendre d’eux des éloges ou des profits. Ils diront de toi que tu n’es pas un homme du monde. Car leurs hommes du monde n’ont jamais le temps pour apprécier les belles choses. Ils n’arrêtent jamais de courir derrière l’infiniment infinitésimale miette. À peine s’ils s’attardent sur un message ou une image. Tout ce qui est loin de leurs yeux est loin de leur cœur. Tu leur chantes la plus belle mélodie, ils se tournent vers le tintement de quelques pièces. Tu leur lis des poèmes, ils te parlent de leur Smartphone X quelque chose ou de leur voiture made by quelques marques. Quand ils te donnent un moment d’écoute, c’est comme s’ils t’ont offert la lune en cadeau. S’ils n’avaient pas entendu parler de l’amour, jamais ils n’auraient su ce que c’est. Et même après en avoir entendu parler, ils continuent de croire que tout peut s’acheter. Comme des murs construits sur du sable, ils te lâchent à la première épreuve. Tu as beau les choyer de belles choses, ils te boudent dès que tu arrêtes de donner. Tu as beau les estimer, les aimer… Ils te le rendront en ingratitude, sonnante et trébuchante.

Ils viennent de fêter la Saint Valentin. Je ne crois pas en cette journée. Je crois en l’amour. Je crois en l’Amour de tous les jours. L’amour des humbles et des dignes. L’amour sincère et désintéressé, celui qui éclot dans les cœurs et s’épand par le sourire et l’entraide. L’amour qui partage, du partage. L’amour qui compatit. L’amour sympathie. L’amour empathie… Adviennent, après, que pourra !

R. E.

3 thoughts on “ET LES SOUPIRS DEVIENDRONT PRIÈRES…”
  1. Chacun porte une pierre à l’édifice. La vie est faite d’empathie, d’amour en partage d’aide .
    Bravo pour ce sublime texte émulateur.

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