Le droit de dire, la liberté d'écrire

L’indifférence ne tue pas, l’immobilisme si !

Par Mohammed KOULAL

« Israël, Israël » ou l’apologie du sionisme. C’est un livre édité en 1978 par le lobby sioniste à la mémoire de Ben Gourion. Interrogé de son vivant sur ce qu’il souhaitait réaliser, le fondateur de l’État colonial d’Israël répondit : « Construisez-moi un petit chalet, achetez-moi une chèvre pour son lait et suivez-moi dans le désert de Néguev. Transformez-le en paradis ».

Cette réponse m’a profondément remué, je me suis demandé alors qu’en est-il pour nous ? Sommes-nous convaincus de notre condition d’arabes, de musulmans ? Notre quotidien démontre non seulement le contraire mais que nous cultivons le mépris envers nous-mêmes.

La Palestine a été de tout temps le pays rêvé des juifs, surtout des sionistes. Chassés de partout dans le monde, ils prêchaient l’édification d’un État qui leur soit propre. Les juifs du Talmud qui sont marginalisés par la majorité de leur coreligionnaires estiment que la « terre promise » se trouve dans le Caucase et non en Palestine. D’ailleurs, toutes leurs publications ont été censurées et interdites d’édition et de vente. Pourchassés à travers le monde, ils vivront des pogroms, particulièrement en Russie tsariste, entre 1881 et 1882 à Kiev, Varsovie, Balta… En Europe, des lois discriminatoires leur interdisaient l’accès à certains métiers ou limitaient leurs droits à la propriété.

Suite aux pogroms de 1881 et après la chute du tsar Alexandre II, les juifs quittèrent la Russie pour les Etats-Unis ; ils vivaient dans les ghettos faute de leur assimilation par les sociétés dans lesquelles ils évoluaient. Leur rejet par les Européens poussera certains penseurs juifs particulièrement dont Leo Pinsker pour entamer la recherche des solutions aptes à favoriser le renouveau de l’identité juive et envisager l’acquisition d’un territoire pour y établir un État permettant ainsi l’émancipation des juifs et de les placer sur un pied d’égalité avec les autres peuples. Léo Pinsker fonde la première association juive (Hovévé Sion, les Amants de Sion) et organise la première aliyah (montée) dans les années 1880-1890 où 30 000 juifs d’origine polonaise, russe et roumaine s’installent en Palestine.

La volonté de rassembler les Juifs en terre de Palestine est une idée du mouvement sioniste (Sion est une colline à Jérusalem) qui rêve d’un retour après avoir été chassé par les Romains en l’an 135 de l’ère chrétienne. Depuis des siècles, les sionistes propageaient le slogan « L’an prochain à Jérusalem » mais les différentes tentatives ont été rejetées par les religieux. En effet, l’alliance israélite universelle créée en France en 1864 avait opté pour l’implantation des colonies dans l’empire Ottoman. L’écrivain d’origine hongroise Théodor Herzl (1860-1904) touché dans son amour propre par l’affaire Dreyfus, prend conscience de l’ampleur de l’antisémitisme en Europe et de l’impossibilité de l’assimilation. Pour lui, la seule perspective est la création d’un État juif indépendant et d’améliorer l’image du juif en Europe. Ainsi, il va constituer plusieurs organes pour la mise en pratique des thèses sionistes. Afin d’y arriver, il fallait absolument de grands moyens. Pour les finances, il crée la compagnie juive ; pour la politique et le culturel, la société des juifs.

L’Ouganda, l’Argentine puis la Palestine

Le sionisme est d’essence antidémocratique, sa première thèse est fondée sur l’instauration d’une monarchie, ses penseurs considérant les systèmes démocratiques comme fragiles. La Palestine était l’idéal mais Hertz envisageait l’instauration d’un État en Ouganda ou en Argentine. Sa thèse trouve un large écho au sein des juifs, mais suscita la méfiance des juifs occidentaux et des milieux religieux qui considèrent que les thèses sionistes sont contraires au judaïsme.

Pour démontrer que le sionisme n’est pas récent, il faut signaler que du 29 au 31 août 1897, il s’est tenu le premier congrès sioniste à Bale, date de la création de l’Organisation sioniste mondiale dont Herzl prend la tête. Sa stratégie : établir un foyer juif en Palestine, lequel foyer doit être légitimé par le droit international, puis organiser l’immigration libre des juifs en insistant sur l’histoire commune des juifs, peu importe le pays d’où ils viennent.

En septembre 1897, le premier journal sioniste fut créé par Hertz et, en 1899, on compte plus d’un million de sections sionistes dans le monde. Refusant de croire à ce mouvement, les banques juives n’adhèrent à aucune participation financière. Il décida alors de la création d’une banque « sioniste », la première Jewish colonial Trust et en 1901 du fonds national juif, les deux banques sont créées pour financer l’achat des terrains en Palestine et qui deviennent la propriété de l’organisation pour les mettre à la disposition des colons. En parallèle, le rôle de la diplomatie n’est pas des moindres. En effet, il entreprendra des contacts avec l’empereur Ottoman Abdelhamid, le roi d’Italie, l’empereur d’Allemagne Guillaume II mais sans résultat. Il insiste sur les intérêts de l’Europe en soutenant ses thèses sionistes et que le juif ne sera plus encombrant. Ainsi, en 1902, il arriva à obtenir du ministre britanique des colonies, Joseph Chamberlain, l’établissement d’un foyer juif dans une de leurs colonies, à savoir l’Ouganda. En 1904, le pogrom en Russie entraîne une nouvelle « aliyah » (immigration) de plus de 40.000 juifs en terre de Palestine. En 1917, la déclaration Balfour apporta une garantie juridique pour l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. En 1948, le sionisme fonde son Etat en terre de Palestine « usurpée » qui abrite aujourd’hui 40 % de la population juive mondiale.

Le piège de la paix séparée

Faites la guerre et non la paix, telle est la devise actuelle de l’occupant sioniste : Sabra et Chatila, les bombardements et l’embargo sur Gaza, l’expropriation des terres, l’emprisonnement et les assassinats. « Tuez l’Arabe peu importe sa conviction », «utilisez les méthodes nazies, elles sont efficaces contre l’Arabe insoumis ». Ce n’est plus 1973 où la guerre a engendré l’illusion que la paix serait imminente suite au consensus arabe d’accepter une solution politique négociée sur la base des résolutions 242 et 338 du conseil de sécurité, la solidarité arabe sans précédent dans le cadre de laquelle fut utilisée l’arme pétrolière, la disposition de l’OLP à accepter le principe de la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et Gaza, le climat de détente entre les deux super puissances qui permit la tenue de la conférence de paix à Genève. Mais les Etats-Unis, décidés à affaiblir l’influence soviétique dans la région et à empêcher le renforcement de la solidarité arabe, vont opter pour la politique des petits pas et pousser Anouar Sadat à marcher sur la voie de la paix séparée. De la détente entre les USA et l’URSS, on repasse à la tension qui fait naître à nouveau des conflits arabo-israeliens, d’où l’invasion du Liban en septembre 1982 et le massacre de Sabra et Chettila. Le sanguinaire Sharon n’hésita pas à exterminer des milliers de palestiniens. Le chantage de Ronald Reagan était lui aussi très clair : « La terre en échange de la paix ».

De Rabin à Netannyahou en passant par Pérez et Barak, l’accord d’Oslo n’est que « poussière aux yeux ». L’extrême droite a édicté sa position : pas de paix car elle considère que cet accord est une « catastrophe nationale ». De là, la stratégie sioniste de négocier la « paix » avec les Arabes séparément bien entendu avec l’aide de l’oncle Sam !

Afin de mieux cerner le comportement des Rois, je me permets de citer Virginie Despentes : « Avoir du pouvoir, c’est garder le sourire quand on se fait casser les côtes par plus puissant que soi. Les humiliations sont violentes, tout en haut, et personne n’est là pour vous écouter si vous avez envie de geindre. C’est la cour des grands, pas le bac à sable pour les petits agneaux. Seuls les tout-petits jouissent de leur pouvoir, au-dessus on ne connaît que la peur de se faire poignarder dans le dos, la rage des trahisons et le poison des fausses promesses ».

Pourquoi ce revirement de la part des américains et des européens ? Tout simplement à cause de cet immobilisme des pays arabes, mis à part trois ou quatre d’entre eux dont l’Algérie qui ne ménage aucun effort pour le triomphe de la cause palestinienne.

Le Hamas fait tomber les masques

La résistance palestinienne par le biais du Hamas a réussi à faire basculer la tendance pro-israélienne en faveur de sa cause et il est temps maintenant de déposer le dossier des crimes de guerre sur la table de la CPI. Quelles sont donc les conditions procédurales ? Avant d’entamer la procédure, il faut que les pays membres doivent réaffirmer le mandat de cette juridiction face aux États-Unis qui menacent d’affaiblir son rôle quand il s’agit bien entendu de ses alliés et peu importe le crime commis. La première des conditions, il faut que l’État « plaignant » soit signataire du Traité de Rome. La plainte est déposée par cet État, le Conseil de sécurité ou de l’ONU. 

La Maison Blanche tient toujours à la sécurité de « l’État hébreux » malgré les rapports de la CIA où le Mossad tend à se lancer dans des opérations sans tenir compte des conséquences potentielles à long terme pour lui-même, pour « Israël », pour la paix au Proche-Orient et pour les relations entre l’État sioniste et son plus vieil ami (et le plus fidèle allié) les USA. Plusieurs des officiers supérieurs du Mossad disent que la situation s’est dégradée depuis que Netanyahou est devenu premier ministre.

L’opinion considère les agents du Mossad comme des voyous travestis en patriote. Selon un autre officier, Netanyahou se comporte comme s’il était le roi Arthur et comme si le Mossad était sa table-ronde personnelle. Il lui faut chaque fois une nouvelle aventure pour maintenir occupés les preux chevaliers.

Un agent des services américains : « La première leçon qu’il m’ait été donné d’apprendre en un quart de siècle d’étude des services secrets, c’est que la supercherie, et la désinformation sont leur fonds de commerce, au même titre que la subversion, la corruption, le chantage et l’assassinat. » Ainsi est la philosophie du sanguinaire Netanyahou qui a dit ceci : « Je n’ai jamais tapé à la porte des Arabes, ce sont eux qui sont venus s’agenouiller devant notre porte ».

Khan Karim, le procureur général de la CPI n’a pas attendu les plaintes des pays hostiles au génocide commis par l’armée d’occupation, il s’est rendu le 30 novembre 2023 en Israël à la demande des israéliens, suite à la requête des prétendus victimes de Hamas. Le gouvernement génocidaire a empêché les éléments de la CPI de mener toute enquête du fait que l’entité sioniste n’est pas signataire du Traité de Rome.

Pour Ghaza, pas d’enquête car on cherche à isoler le Hamas de la Palestine. On parle actuellement du gouvernement de Hamas suite à l’immobilisme des pays arabes.

M. K.

*Avocat à la Cour de Relizane

Bâtonnat de Mostaganem

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