Le droit de dire, la liberté d'écrire

« H’na bekri ! »

Par Hamid Dahmani

Entre le temps passé et le temps présent, il y a le mot « bekri » (jadis) que ma petite fille n’apprécie guère. Quand elle est confrontée à ce terme temporel, elle se voit transportée dans le passé languissant d’il était une fois. Parler du passé merveilleux, quand le présent est refoulant, c’est mettre du baume au cœur. Le passé est devenu une alternative pour calmer les esprits des mécontents.

Ryma a presque huit ans et n’a pas la langue dans la poche. C’est une fillette intelligente qui fait attention à tout ce qui se dit autour d’elle. Lorsqu’elle est en compagnie de sa grand-mère à la maison ou dans la rue, elle ne ménage pas sa mémé pour qu’elle la satisfasse et lui offre ce qu’elle veut. Quand Ryma a envie de quelque chose, elle tient bon et ne lâche pas prise. C’est une belle parleuse qui n’obtient pas toujours ce qu’elle veut, mais elle ne cède pas également lorsqu’on lui fait la sourde oreille. « Djeda, je t’en supplie achète moi ceci », « mémé s’il te plait, j’ai envie de manger cela ». Quand elle est dehors dans la rue avec sa mamy, tout ce qu’elle voit dans une vitrine et qui s’apparente à un jouet ou à de la friandise ou n’importe quoi, elle le veut illico presto, même si cela est impossible pour sa mémé. Et à chaque fois la réponse de la mémé tombe comme un couperet :

– Je t’ai dit non, c’est non et arrête de pleurnicher !

H’na bekri ! (Nous autrefois), quand on était petits comme toi, on restait sage quand on sortait avec nos parents, on ne faisait pas de tintamarre dans la rue comme toi maintenant. Jadis, on n’avait pas autant de jouets comme vous actuellement. Quand on voulait des poupées, on les fabriquait nous-mêmes avec des bouts de roseaux et des morceaux de tissus. Autrefois, on n’avait pas pareillement d’habits et de linges comme vous aujourd’hui. « Bekri » on se rendait à l’école avec les vieilles et mêmes chaussures, des habits usagés et rapiécés et un cartable en tissu seulement pour mettre nos affaires scolaires. Autrefois, on ne roulait pas sur de l’or, on ne mangeait pas à notre faim et on ne mettait pas nos parents dans la gêne. Autrefois, il n’y avait pas d’esquimaux ni de chips, il n’y avait que le pain et l’eau à se mettre sous la dent. Quand on était petit, on ne buvait pas de café, les enfants de la maison recevaient un morceau de pain et un bâtonnet de chocolat noir et c’est tout.

– Mais mémé tu ne sais que répondre que par « nous autrefois, nous autrefois… » Bon, grand-mère achète-moi une tablette pour jouer en ces moments de vacances.

– Tais-toi je te dis !

Ha mala, achète-nous de la pizza pour le diner!

Bekri h’na, autrefois, on mangeait ce qu’on trouvait et puis au dodo … Parce que, H’na bekri, on n’avait pas de télévision pour nous distraire…

H. D.

5 réponses à “« H’na bekri ! »”

  1. Non ,personne ne pourra me convaincre que c’était mieux avant. Les traditions, les coutumes archaïques d’une société patriarcale où les femmes et enfants n’avaient pas le droit de contester et de répondre mais juste obéir.. pas de télévision , le temps etait aux commérages entre femmes et les histoires d adultères des hommes libidineux dans les bars et cafés..un semblant de chaleur familiale les nuits d’hiver autour d’une table se delectant d’une soupeni fruits ni viande ou rarement et certains notables de la région souriaient en voyant les miséreux acheter des sardines et murmuraient en souriant « la viande des pauvres « ..hna bekri c’était pas mieux qu’aujourd’hui et pas aussi bien que ce qu’on espérait….

  2. Hamid nous surprend toujours avec ses beaux écrits pour nous rappeler ce qu’on était et ce qu’on est aujourd’hui.L’homme change de mentalité et de comportement selon ce qu’il a en sa possession.Le manque reste toujours douloureux soit dans le passé ou dans le présent.Un grand merci à ce monsieur qui a pu nous emporter dans un passé récent et dans ce présent qui se ressemblent infiniment.

  3. Hamid nous surprend toujours avec ses beaux écrits pour nous rappeler ce qu’on était et ce qu’on est aujourd’hui.L’homme change de mentalité et de comportement selon ce qu’il a en sa possession.Le manque reste toujours douloureux soit dans le passé ou dans le présent.Un grand merci à ce monsieur qui a pu nous emporter dans un passé récent et dans ce présent qui se ressemblent infiniment.

  4. An excellent article Mr.Dahmani
    We have to move forward with new ideas and current events, in order to keep updated with society’s developments .. Although people still talking about their miserable history for “hours and hours”At “el kehawi”, over a cold cup of coffee that costs 40 dinars in Chlef
    By the way, I adore the picture you used to introduce the subject “a famous painting of Baya Mahieddine, the Algerian queen of surrealism”

  5. Bekri, les gens surveillaient mieux leurs enfants ! Aujourd’hui, la majorité les « abandonnent » à la rue et s’en « lavent les mains » !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *