Le droit de dire, la liberté d'écrire

Algériens, nous devons changer de comportement !

On dit souvent que « la conscience est la vie » et que « l’inconscience est la mort ». En tant qu’Algérien dont les racines se trouvent au pied de l’Ouarsenis et la tombe des aïeux auprès des Béni Ouragh, tribu de fiers guerriers, il est de mon devoir de dire à ces « rois et émirs » qu’à travers l’histoire l’Algérien était à la fois un combattant de la liberté et un justicier. Mais y a-t-il lieu de s’en vanter aujourd’hui ?

Il y a des comportements qu’on peut justifier et faire admettre aux autres parce qu’ils se rapprochent de la raison et du bon sens. Par contre, on ne peut se taire sur tous ces actes de provocation que réprouvent la loi et la morale. En effet, il y a des attitudes qui portent atteinte à la sécurité et à la quiétude publique, voire la santé des citoyens qu’on ne peut pas pardonner sinon notre complicité est entière. En feuilletant la presse nationale et les pages de mes amis sur Facebook, j’ai été pris d’une colère folle en voyant tous ces gens qui se bousculent pour une poignée de lentilles ou de loubia. Pire encore, des policiers venus mettre de l’ordre ont été injuriés et pris à partie par des gens qui ignorent les conséquences néfastes de leur comportement.

Comment peut-on qualifier cette attitude ? D’inconscience pour ne pas dire que c’est une tentative de suicide collectif.

Si Nietzsche dans « Ainsi parlait Zarathoustra » définit le Surhomme comme le symbole de la vertu, entre-autres la discipline, Freud quant à lui parle du Surmoi qui se fait passer pour le détenteur de la morale, de la vertu mais en vérité c’est du sadisme. Des personnes insoumises, réfractaires aux normes de la société, aux lois et à ses représentants et qui n’ont aucune considération pour le sacrifice consenti par l’élite de notre pays, en particulier nos Martyrs et nos moudjahidines, pour hisser l’Algérie au rang de nation moderne.

À cette occasion, il me paraît de bonne foi de nous comparer à certaines sociétés comme la société japonaise considérée comme la plus disciplinée. Et l’on sait que la discipline est un excellent maître, tous ses cours sont gages de réussite.

Les peuples aussi apprennent de leurs erreurs

Effectivement, la discipline est devenue une culture chez tous les peuples qui se sont hissés au premier rang de l’histoire contemporaine. Il y va ainsi de l’Allemagne, la Russie, la Chine, les deux Corées et, surtout, le Japon. Tous ces pays ont connu la misère, l’autoritarisme additivement aux guerres, mais ils ont appris bien des leçons.

Le cas qui reste à étudier est celui du peuple japonais qui n’a connu d’ouverture sur le monde extérieur qu’à partir de 1945, soit au lendemain de la seconde guerre mondiale dont ses dirigeants ont été partie prenante. Durant toute son histoire, le peuple japonais n’a pas connu d’étrangers ; il est resté enfermé dans sa propre culture et ses propres croyances afin de préserver son code moral et son identité. Ce code moral est fondé sur l’humilité, la modestie et la dignité. Le japonais doit impérativement respecter les bonnes manières qui lui imposent des mœurs et coutumes observées depuis des millénaires. Cette philosophie de la vie japonaise se justifie par le fait que bouddhisme impose l’amour de la vie, de la nature, de son prochain et surtout l’honnêteté. Sauvegarder son identité en faisant obstacle aux autres cultures est un devoir sacré. D’ailleurs, c’est ce qui explique pourquoi les pays de confession bouddhiste se font un honneur de sauvegarder leur culture.

Pour ce qui est des musulmans, la grande majorité croit que l’islam se limite au seul accomplissement des cinq obligations et de quelques rites alors qu’il leur est ordonné d’accomplir de bonnes œuvres. Toutes les qualités morales, soient-elles collectives ou individuelles, ont été révélées dans le Saint Coran, ce qui a permis à l’Islam, par le biais de ses Hommes éclairés, d’être accepté en dehors de l’Arabie ; la propagation de la religion ne s’est pas faite par la force mais par le sens de la discipline et du savoir de ces mêmes Hommes.

Il est donc clair que sans la discipline et sans le savoir, on ne peut prétendre à un quelconque progrès et rattraper le temps perdu dans des querelles perpétuelles, les débats stériles et l’anarchie sociale. Malheureusement, la terre de cette belle Algérie était devenue arable pour le mensonge, les rumeurs malveillantes et, plus grave, la corruption et l’escroquerie à tous les niveaux. On exalte le bien mal acquis avec fierté sans scrupule ni honte. On effectue le pèlerinage aux lieux saints de l’Islam avec cet argent sale tout en persistant dans la voie des ténèbres et du mal.

Un tel comportement ne peut être toléré par le peuple algérien qui a préféré engager une révolution pour son émancipation totale. Son caractère de guerrier inné le pousse à se révolter contre toute forme d’aliénation.

Scène de guerre. Les Algériens ont payé un lourd tribut pour leur indépendance.

S’identifier aux valeurs des anciens

L’inné chez l’Algérien n’est autre que ces valeurs humaines léguées par nos aïeux : courage, honneur et primauté de la connaissance sur la brutalité et la bestialité. Ces qualités sont plus spécifiques à l’Algérien plus qu’à d’autres peuples. Pourquoi ? Afin d’y répondre, il faut relater les quelques dates de l’histoire de cette terre appelée aujourd’hui Algérie et de ce peuple appelé Algérien. En effet, il y a plus de 3000 ans, l’Algérie était peuplée de berbères de l’ancienne Numidie. Au 9e siècle avant notre ère, les phéniciens fondèrent la puissance carthaginoise. 146 avant notre ère, à la suite de la destruction de Carthage, les romains prirent possession des territoires (Timgad, Djamila, Tipasa, Ammi Moussa etc.).  

En l’an 429 de notre ère, les vandales venus d’Espagne mirent fin à la domination romaine.

En l’an 534 s’installa l’empire de Constantinople.

En l’an 692, les Arabes s’emparèrent des territoires et commencent à convertir les habitants à l’Islam. Cette époque prend fin à l’extinction de la dynastie des Fatimides.

Puis vint la période des Turcs puis celle des Français jusqu’en 1962.

Ce qu’on peut conclure, c’est que notre chère Algérie n’a connu à travers l’histoire que guerres et exploitation de ses richesses par des mains étrangères. Si on ne se réfère pas à cette histoire faite de sang et de sueur, on ne peut se considérer le digne fils de cette patrie. Et par conséquent,  s’identifier à ses valeurs.

Les colonialistes disaient que le prolongement du bras de l’Algérien est le bâton. En vérité, son prolongement est la plume (calame). En effet, avant la colonisation, on comptait plus d’Algériens savant lire et écrire que durant la période coloniale. Connu par sa soumission aux lois divines telles consignées dans le Saint Coran et la Sunna, l’Algérien était discipliné, aimait le savoir et la propreté (tahara) morale et physique. En plus de ces qualités, son courage et son sens du sacrifice lui ont permis d’arracher son indépendance et sauvegarder son identité unique, symbole d’unité, de liberté et de justice.

Le peuple Algérien n’a pas calqué son modèle de société sur des systèmes politiques étrangers,  quand bien s’en était-il inspiré, sa philosophie était basée sur son refus d’être esclave, de vivre dans l’ignorance et d’être dépossédé de son identité ; autant de raisons qui l’ont poussé à se révolter contre l’injustice et l’iniquité du système colonial.

Nous dirigeons notre colère contre l’injustice, ce qui est légitime. Toutefois, nous nous devons de faire preuve de discernement, avec sagesse et discipline, pour que cette colère ait un sens : on peut continuer dans cette voie suicidaire qui consiste à apposer un refus catégorique à toute idée constructive en prônant les idées rétrogrades et destructrices distillées par des forces qui nous veulent le mal, voire notre asservissement à leur façon de voir le monde. Disons-le autrement : gardez votre colère, elle ne pourra vous servir d’arguments car elle n’a rien de grand ou de noble, le calme et la sérénité sont meilleurs. Regardons autour de nous pour nous en convaincre, ce n’est plus la force brute qui règle les problèmes ou les différends, les armes les plus sophistiquées ne peuvent rien contre la détermination des peuples à s’affranchir de toute forme de domination et de ségrégation. Aujourd’hui, les peuples s’appuient surtout sur l’intelligence et la patience pour leur émergence en tant que puissance scientifique, économique et culturelle. Aussi, on ne se prétendre intelligent quand on entreprend de pousser à la confrontation armée et à la division de la société ; bien au contraire, se parer d’intelligence, c’est défendre la paix, l’unité et des lendemains meilleurs pour tout le corps social. Sans cette approche, notre futur ne sera que ruine et désolation.

Houari Boumediene : ordre, discipline et tâches d’édification nationale

Inéluctables changements de mentalité

Tout laisse croire à une grande volonté de changement vers le bien, preuve d’une lucidité « collective » mais gênée par une « contre-révolution » qui ne dit pas son nom.

Feu Houari Boumediene ne cessait à chaque occasion de rappeler la discipline et le modèle socio-économique adopté par le peuple japonais. Cette référence est devenue une hantise tellement son rêve était de parvenir à une cohésion sociale a volonté similaire, gage d’une véritable libération du pays. Il disait aux cadres du parti unique : « L’Algérie n’est pas une simple expression géographique mais plutôt un programme d’action et une philosophie politique ». Il disait assumer seul la responsabilité en cas d’échec mais il était convaincu de la réussite de son programme politique car adopté et accepté par la majorité du peuple.

Le développement du pays repose sur les changements au niveau des infrastructures et des superstructures, changements qui s’accompagnent par le changement radical des institutions de l’État, particulièrement le secteur de l’éducation et l’encouragement de toute initiative allant dans le sens de la libération des énergies de la jeunesse et du peuple en général. Le miracle n’existe pas, seul l’effort, la persévérance et la discipline mènent à la réussite.

Il semble qu’aujourd’hui, ces notions nous soient étrangères et que seule la débrouillardise, la ruse et la course au profit nous hantent sans que l’on ne cherche à s’en débarrasser.

Nous avons beau fixer des objectifs nobles, mais sans la discipline et la rigueur, ce ne seront qu’une utopie, donc irréalisables. Tout le monde a des idées mais la différence est que pour les concrétiser, il faut aller jusqu’au bout de ses convictions. Des décideurs animés de bonne volonté et d’une dose de courage peuvent changer la donne, être utiles à leur société en faisant preuve de créativité. À l’inverse, les responsables, élus et autres donneurs d’ordre qui n’ont d’autre croyance que de faire carrière et s’enrichir grâce à leur position sociale, ceux-là nous mènent droit vers la décadence morale, le fatalisme et la régression. Mis à genoux, malgré nous, depuis deux décennies, il est temps de nous réveiller de ce profond sommeil pour remettre sur pied et notre société et notre pays. Il n’est plus question en effet de continuer à être utilisé comme marionnette par l’étranger.

La lutte du peuple algérien n’a pas flanché depuis les temps antiques de la Numidie aux accords d’Evian en passant par la résistance de l’émir Abdelkader, El Mokrani, Ben Badis, Bouamama et les glorieux martyrs , les zaouïa et medersa progressistes. On ne peut plus se permettre d’être la risée des médiocres. Seules la discipline, la rigueur et le savoir doivent déterminer notre démarche vers la prospérité et la paix.

Sommes-nous aptes à nous positionner en tant que société disciplinée dans le monde d’aujourd’hui ? Tant que le fatalisme et l’ignorance nous hantent, on ne peut espérer au « conformisme positif », c’est-à-dire le respect des normes qui identifient une société ; par ses lois, ses us et ses croyances.

Rappeler l’histoire glorieuse du peuple Algérien, c’est démontrer que le changement « négatif » qu’entreprend la société actuelle par rapport à celle de nos aïeux ne peut que nous nuire et nous conduire vers l’inconnu.

Ressaisissons-nous alors et exploitons l’énorme potentiel dont dispose notre pays pour construire cette Algérie forte et invincible rêvée par nos fiers aïeux.

Mohammed Koulal

Avocat à la Cour de Relizane, agréé à la Cour Suprême et au Conseil d’État

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