Le droit de dire, la liberté d'écrire

Réseaux sociaux et jeunes : addiction et fuite en avant !

Par Amel Chaïb *

L’influence des nouvelles technologies sur les mentalités n’est pas une vue de l’esprit. Le « monde numérique » dans lequel nous évoluons aujourd’hui est une réalité palpable, quand bien même resterait-il quelques communautés vivant en marge de la marche du monde.

Dans la majorité des pays de la planète, les technologies de l’information et de la communication ont fait une intrusion, parfois brutale, dans les foyers, entrainant, si on peut l’appeler ainsi, une véritable dépendance psychique des individus aux médias. En Algérie, tout le monde est accro au réseau social Facebook, nombreux sont aussi ceux qui sont obnubilés par l’application « TikTok », d’autres utilisent à l’excès « WhatsApp », « Viber » et « Youtube » qui compensent la faiblesse des programmes télévisuels et l’absence quasi-totale de loisirs. Dans une ville comme Chlef, ils sont des milliers à s’intéresser au réseau Facebook où prolifèrent des pages s’intéressant à la vie communautaire au niveau de la wilaya.

Au-delà de l’influence et de l’interaction des ondes magnétiques sur le cerveau humain, chose que les spécialistes ont étudié dans le détail, l’abus de consommation de l’Internet crée une sorte d’addiction dont l’internaute ne peut plus se passer. Surtout pour celles et ceux qui sentent constamment le besoin de suivre des « lives » et autres « posts » sur les réseaux sociaux, ou de consulter les pages animées par des stars de l’Internet, les fameux Influenceurs. Le besoin d’être parmi les plus suivis, associé au désir de gagner le plus d’argent possible, mène ces derniers à tous les excès : bidonnage de l’information, travestissement de la réalité, exploitation des instincts de la société car tout est bon pour avoir le plus grand nombre de « followers » (suiveurs ou suivistes) tellement accros à ce qu’on leur raconte qu’ils sont prêts à commettre les actes les plus répréhensibles.

Sur un autre plan, les spécialistes ont relevé des conséquences néfastes sur le plan psychique. L’addiction aux écrans plonge l’individu dans une sorte d’isolement social qui a pour effet de l’entraîner dans un vide affectif qu’il tente de combler (vainement) dans le monde virtuel dans lequel il s’est englué.

« La vie est tellement nulle qu’on préfère passer notre temps en se connectant aux réseaux sociaux ou aux plateformes de jeux en ligne », répondent les jeunes quand on leur pose la question de savoir pourquoi ils sont si friands de l’Internet. Et parce qu’ils n’ont pas d’autres perspectives, ils se projettent alors dans les médias sociaux, dans une une sorte de « prolongement du moi ». En quelque sorte, Facebook, Youtube ou TikTok, quand ce ne sont pas d’autres sites très douteux, constituent pour les jeunes d’aujourd’hui une espèce de béquille psychique. Pourtant, quand on analyse le contenu des pages et sites consultés, on se rend compte de leur toxicité. Les lives et autres vidéos bidons n’apportent pas le « plus » désiré, bien au contraire.

Une vie épanouie et équilibrée et des relations sociales saines peuvent nous épargner d’être constamment fixés sur l’écran du smartphone ou de l’écran d’ordinateur. En effet, pourquoi chercher ailleurs la sensation de bien-être intérieur quand on l’a en soi !

L’abus de consommation de l’Internet, d’une manière générale, s’interprète souvent comme une fuite en avant, une manière de fuir son entourage, son vécu réel et de se réfugier dans le monde virtuel du net.

Enfin, il est à relever le fort besoin de s’exprimer en toute liberté dans une société où tous les espaces d’expression sont pratiquement bétonnés. D’où cette propension à s’exprimer sans retenue avec le clavier de son ordinateur ou son smartphone sans être obligé de se dévoiler ouvertement aux autres … Là, on rentrera dans d’autres considérations qui relève de la gouvernance et de la politique.

Cet outil exceptionnel qu’est l’Internet est une réalité incontournable. Il est devenu aujourd’hui une véritable arme à double tranchant pour les utilisateurs des réseaux sociaux. Ceux qui suivent et consomment sans modération les contenus (les abonnés ou followers) et ceux qui les influencent (les influenceurs) sont en fait entrainés dans le même engrenage : une fuite en avant dont on ne sait où elle compte s’arrêter et à quoi elle peut aboutir.

A. C.

*Psychologue

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