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Les jeunes d’Ouled Ben Abdelkader rêvent d’une piscine

Les élèves des écoles, collèges et lycées sont en vacances depuis mars dernier. Idem pour les universitaires et les jeunes qui suivent une formation professionnelle. Mais le confinement aidant, tout le monde baigne dans la torpeur de l’oisiveté. Et ce qui inquiète les enfants et les parents, c’est que personne ne sait vraiment se décidera le retour à la normale, surtout lorsqu’on sait que les instances compétentes sont toujours indécises à ce sujet.

D’habitude, dans des circonstances ordinaires, c’est le moment où l’on se prépare pour la saison estivale au bord de la mer. Cette année, la donne a changé, et l’hypothèse de rester enfermé chez soi pour d’autres mois n’est pas à écarter. Les décideurs ne semblent pas prêts pour prendre la décision finale du moins pour le futur proche, craignant certainement que l’épidémie de coronavirus ne reprenne de plus belle.

Cette situation a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête des gens, surtout pour les habitants des  zones rurales où le sous-équipement en matière de loisirs est une réalité palpable. Afin de combler cette carence, les enfants de ces régions rurales et semi-rurales se ruent chaque été sur les «guelta» des oueds, les bassins d’irrigation, les barrages etc. Parfois, l’envie de se baigner dans ces plans d’eau plans d’eau leur fait oublier les risques qu’ils encourent. Beaucoup finissent souvent par périr dans ces eaux comment ce fut le cas à plusieurs reprises dans les eaux du barrage Sidi Yacoub à Ouled Ben Abdelkader. Cette commune à elle seule, a enregistré un nombre important de noyades par le passé. Le dernier en date remonte à l’année 2018 où le corps sans âme du jeune Sahnoune, du village d’El Abbais, a été repêché. Avant lui, plusieurs familles avaient pleuré leur progéniture dans les mêmes circonstances à l’image, des familles Benzineb, Khane, Belarbi, Kameche et bien d’autres.

Tous ces incidents n’ont pas secoué d’un iota la conscience des autorités censées offrir aux jeunes de la région au moins quelques bassins de natation réglementaire.

Pourtant, la population de la daïra a franchi le seuil de 26 000 habitants lors du dernier recensement. Ces jeunes ne demandent qu’une simple piscine pour se prémunir des risques de noyade et éviter, du coup, des drames perpétuels.

Dans le milieu des jeunes, tous les propos convergent vers la nécessité d’ériger une piscine au niveau du chef-lieu de la daïra et des piscines de proximité dans les grandes agglomérations secondaires.

«Je risque de me noyer»

Pour connaitre la réaction des enfants vis-à-vis de cette indifférence dont ils font l’objet de la part des responsables, nous avons pris attache avec quelques-uns d’entre eux dont l’âge varie entre 4 et 9 ans, adossés à une murette servant de clôture pour une aire de jeu. En guise de réponse à une question en rapport avec la saison estivale de cette année, nous avons pu avoir des propos édifiants

Le jeune Mouatez indique que «même dans les circonstances normales, je n’allais nulle part, je passe les vacances chez moi, ma famille ne se permet pas de nous amener moi et mes frères à la plage parce que mon père ne possède pas une voiture. Je passe la plupart de mon temps à voir jouer les enfants sans pour autant pouvoir me faire une place parmi eux. Les enfants de mon âge vont de temps en temps au petit barrage pour se rafraichir, moi pas, parce que mon père n’a pas de voiture».

Abderezzak est du même avis : «Cet été, j’irai au petit barrage qui n’est pas très loin de chez nous. Mon frère nous y conduit mon petit frère petit et moi. Si j’habitais en ville, je pourrais me baigner à la piscine, mais dommage, nous sommes obligés de subir la chaleur. La baignade dans les eaux du barrage est dangereuse, nous ne devons pas prendre le risque. J’attends que mon frère revienne du travail pour qu’il m’emmène au petit barrage».

Le jeune Amine estime, de son côté, que cette année, il n’y a aura pas de virée à la plage «parce que c’est interdit et il y a le corona». Il ajoute : «Mon père nous conduit de temps en temps au barrage du concasseur (le petit barrage). Je souhaite que le maire nous construise une piscine au niveau du village. La piscine est importante pour la santé, on y pratique du sport et on s’y rafraichit. Le barrage, moi je n’y vais pas, je risque de me noyer».

Tout est dit. A quand un sursaut d’orgueil des autorités locales ?

Abdelkader Ham

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