Le droit de dire, la liberté d'écrire

Le racisme envers les Arabes est de crainte, envers les Noirs il est de mépris

Par Me Mohammed Koulal*

Avant sa mort, Toni Morrison auteure afro-américaine et prix Nobel de littérature disait ceci : «Ce que j’ai voulu faire, c’est extraire le poison d’une idée vénéneuse : celle de la blancheur».

Georges M. Fredickson, professeur d’histoire à l’université de Stamford, rappelle que le mot «racisme» est souvent utilisé de façon intuitive pour désigner les préjugés hostiles à l’encontre d’un groupe humain et les comportements qui en découlent. Il arrive parfois que l’antipathie s’exprime en paroles et en actes, avec un acharnement et une sauvagerie qui ne peuvent expliquer à eux seuls le sentiment d’appartenir à un groupe supérieur. Les Etats du Sud des Etats-Unis invoquaient la suprématie de la race blanche pour justifier les lois Jim Crow destinées à maintenir la séparation et l’inégalité entre Blancs et Noirs. Dans le sud des Etats-Unis, l’adoption des lois ségrégationnistes et les mesures restrictives rendant impossible l’exercice du droit de vote a réduit les Noirs à une caste inférieure, malgré les amendements à la Constitution qui avaient fait d’eux des citoyens égaux en droits. Les Noirs sont présentés comme des animaux lubriques avides de femmes blanches, c’est ainsi que la propagande raciste venait légitimer la pratique du lynchage.

Réservées aux Noirs accusés d’avoir transgressé «la barrière de couleur», ces exécutions extrajudiciaires sont devenues de plus en plus brutales et sadiques. Au début du siècle, les victimes étaient torturées à mort et pas simplement tuées. Etait considérée comme hantise la contamination sexuelle à travers le viol ou le mariage mixte, d’où la détermination à empêcher les unions entre Blancs et tous ceux ayant une ascendance africaine connue ou discernable.

A l’origine, le racisme avait une assise biologique où il est supposé l’existence de groupes humains nommés «race» dont les membres ont en commun un patrimoine génétique qui détermine leurs aptitudes intellectuelles et leurs qualités morales. Savants et Littérateurs expliquent que ces «races» seraient hiérarchisables en fonction de la qualité de ces patrimoines qui conférait à certaines d’entre elles le droit (sinon le devoir) de dominer les autres. Avec le temps, particulièrement durant la seconde guerre mondiale, les fondements biologiques de la «race» n’étaient pas les seules justifications. En effet, sous le poids des condamnations morales, politiques, scientifiques, juridiques ils ont subi des mutations ; les attitudes, les comportements et les discours racistes ciblent désormais les cultures ; les unes étant dépréciées et les autres valorisées. On parle alors de «racisme culturel» qui s’exprime de manière symbolique et voilée. Il existe aussi le néo-racisme différentialiste qui fait abstraction du fondement biologique ou hiérarchique des groupes humains mais concerne les identités et prône la distance, voire l’absence de contact entre ces groupes.

La classification des races débute au 18e siècle, les naturalistes Buffon et Linné classent les humains en race en se basant sur la couleur de leur peau. Après eux, des naturalistes et des biologistes ainsi que des psychologues cherchent au 19e siècle à fixer des caractéristiques humaines et procèdent à leur hiérarchisation mais ils échouent tous à justifier un racisme biologique basé sur les apports de la science. La première classification se base sur la couleur de la peau et c’est en occident que l’on prétend que la couleur blanche est originelle et que les autres couleurs sont des altérations plus ou moins fortes de celle-ci. L’inverse est plus vrai du fait que l’origine de l’homme moderne est africaine. L’autrichien Franz Joseph Gall (1758-1828) fonde la phrénologie (science qui s’attache à localiser les facultés intellectuelles à la surface du crâne) du fait que la forme du crâne reflétait soi-disant les capacités intellectuelles de l’individu. Après, vient l’anthropologue français Paul Broca (1824-1880) qui établit que les races humaines peuvent être classées selon leur valeur mentale où un petit cerveau est le signe d’une infériorité intellectuelle. Ainsi, le développement d’un racisme biologique repose sur la croyance au progrès scientifique capable de tout prouver. Darwin établit la théorie de l’évolution des espèces vivantes, reposant sur des variations aléatoires d’une génération à la suivante suivies de la sélection des individus les plus adaptés à l’environnement et non suivant le «modèle biologique établi» ; ainsi, il  en fait fi. Au début du 20e siècle, la science a servi à la justification des théories racistes légitimes dans Mein Kampf d’Hitler. Pourtant, dès le début du 20e siècle, l’idée que les différences humaines doivent être considérées comme innées et immuables est battue par les travaux de nombreux scientifiques. En effet, les différentes taxinomies montrent de nombreuses insuffisances du point de vue scientifique et les nouvelles connaissances en biologie humaine rendent impossible toute tentative de classer l’humanité en races clairement distinctes et hiérarchisées. Après avoir servi de support aux théories racistes, les sciences travaillent désormais à détruire l’idée de race. Ainsi, aucun des caractères supposés prouver l’inégalité raciale ne se révèle convainquant scientifiquement. En effet, la biologie moderne a établi l’unité de l’espèce humaine et les théories racistes ont abandonné l’idée d’une typologie inégalitaire. Les théories racistes vont se déplacer vers de nouvelles considérations fondées sur les différences culturelles se traduisant sur un racisme sans race et où apparaît la hantise du métissage  et la persistance d’une croyance dans l’inégalité de catégories humaines. Ce néo-racisme était à la source d’extermination comme lors du génocide des Tutsis au Rwanda.

A cela s’ajoute, le racisme aux USA prouvé ces derniers jours par le meurtre de 2e degré (assassinat) du Noir Georges Floyd ; racisme qui persiste malgré son abolition. En 1967, après les émeutes qui éclatèrent dans tout le pays, le Président Lyndon B. Johnson désigne une commission dirigée par le gouverneur de l’Illinois Otto Kerner J. qui écrivait que les Afro-américains se sont heurtés à une discrimination systématique ; ils ont été défavorisés sur le plan de l’éducation et du logement et ont manqué d’accès aux opportunités économiques. Pour eux, il n’y avait pas de rêve américain. La cause profonde résidait dans le comportement racial des américains blancs à l’égard des américains noirs. Les préjugés raciaux ont façonné notre histoire d’une façon déterminante (selon Kerner), ils menacent désormais notre avenir.

Joseph E. Stiglitz, écrivait : «J’ai fait partie d’un groupe réuni par la Fondation Eisenhower pour évaluer le progrès les progrès accomplis au cours du demi-siècle consécutif aux émeutes de 1967. Triste constat, la célèbre formule du rapport de la commission de Kerner «Notre nation s’oriente vers deux sociétés ; l’une noire, l’autre blanche ; distinctes et inégales» est encore d’actualité. Malgré le mouvement des droits civiques observé, plusieurs formes de discrimination ouverte sont devenues illégales et l’évolution des normes sociétales : le racisme profond et institutionnel persiste toujours.

Mon aîné (Ros Tom : son pseudo) m’écrivait suite à la mort de Georges Lloyd : «Ce noir s’appelle Georges lloyd du nom donné à ses parents par les esclavagistes. Mohammed Ali a renié son nom d’esclave Cassius Clay. Le problème des noirs africains ne sera jamais résolu. Des hommes symboles de cette lutte n’ont rien pu faire : Lincoln, J. F. Kennedy, Martin Luther King, Malcolm X, Obama. Tu sais que Jésus historiquement est sémite, donc brun aux cheveux noirs ; la propagande de l’homme blanc l’a enjolivé en suédois avec yeux bleus et cheveux dorés. Pourquoi ? Eh bien, pour asseoir la domination de l’homme blanc. Les Afro-américains doivent d’abord retrouver leur dignité en se réappropriant leur culture africaine comme les irlandais et les Italo-américains. Les blancs les méprisent parce que même leurs chants sont des complaisantes soit religieuses soit sociales jamais celles de la liberté. Et parmi eux, ceux qui réussissent veulent à tout prix ressembler aux blancs. Condoleeza Rice et Collin Powell par exemple, qui ont été traités malgré leurs poste auprès G. Bush J. d’esclaves de maison. Certains tentent même de blanchir leurs peaux. Alors, comment veux-tu qu’ils soient respectés que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs ? Quand tu n’es plus toi-même, tu n’es plus rien… regarde autour de toi. Le racisme envers les arabes et les musulmans est un racisme de crainte, celui contre les noirs est un racisme de mépris.

Ce soir même, Jean Claude Beaujour, un noir esclave de maison en France, pour plaire à Pascal Praud,  critiquait Mélenchon qui a dit comprendre les émeutes (de Paris). Nos frères les Noirs ne se sont décidément pas débarrassés du syndrome de la haine de soi découvert par Théodore Lessing pour les Juifs. La haine de soi, c’est refuser d’admettre ce que l’on est. Le sionisme et la création de l’état d’Israël  ont contribué à libérer les Juifs de cette haine envers soi pour la remplacer par l’estime de soi. Concernant la communauté noire, le chemin reste long et les épreuves encore nombreuses. Malheureusement».

L’islamophobie est un racisme de crainte mais le thème actuel concerne le comportement des Blancs envers les Noirs, de ce fait il me parait nécessaire d’étaler la position de l’Islam vis-à-vis du racisme. Les différentes législations prônent l’égalité entre ses adeptes, il est inutile de mettre en avant sa lignée, le seul critère de distinction entre les hommes est fondé sur la piété comme le formule le verset : « Ô vous les hommes ! Nous vous avons créé à partir d’un male et d’une femelle. Nous vous avons partagés en peuples et en tribus afin que vous vous connaissiez. Le plus honorable d’entre vous auprès d’Allah, c’est le plus pieux».

Bilal, le muezzin du Prophète (qssl), fut un esclave affranchi par Abou Bakr. Pourtant, Omar le deuxième khalife se plaisait à dire : «Abou Bakr, notre maître, a affranchi Bilal notre maître». Un seul verset de notre Coran, et un seul comportement d’un des compagnons de notre Prophète (qssl)  mettent le racisme à «genoux».

M. K.

*Avocat à la Cour de Relizane

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