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Hamid, l’infatigable milieu de terrain du Widad de Tissemsilt

Par Rabah Saadoun

Chaque poste a son importance dans une équipe de football. Toutefois, le poste de milieu de terrain défensif pèse très lourd dans le jeu.

Il essaye d’acculer les attaquants adverses, afin d’empêcher la construction de leur jeu avant même que le ballon ne puisse être transmis aux avant-centres. Le football Vialarois a connu de générations en générations plusieurs joueurs de renom, mais Hamid Soudani est considéré comme l’un des milieux de terrain le plus complet, sans vouloir diminuer de la valeur des autres milieux de terrain, qu’ait connu le football de notre ville. La soixantaine révolue, il est né au sein d’une famille où la majorité de ses frères étaient amateurs de football et même de musique. Il a réussi en plus de 20 ans de carrière à marquer son temps de par son sérieux, son éducation, ses qualités physiques et techniques, mais aussi par son amour d’un sport qui a fait de lui une personnalité respectée et très appréciée au même titre que sa fonction d’enseignant de lettres françaises. Fonction qu’il accomplissait correctement en dépit des charges des entrainements et des matches qu’il jouait avec son équipe du cœur, en l’occurrence le Widad de Tissemsilt. Club qui a été fondé en 1947 et, depuis, ses couleurs sont toujours le vert et le rouge, symbole de la résistance algérienne.

Ses ex-élèves du technicum appréciaient beaucoup le côté joueur de football de leur professeur de français et saisissaient souvent la moindre occasion de discuter avec lui de toutes les questions qui avaient trait au monde du football : le widad, le MCA, la JSK… l’équipe nationale, le Réal Madrid, la Barça et j’en passe. Ça leur permettait de changer un peu et de sortir carrément du monde de la conjugaison, la grammaire, l’orthographe et le vocabulaire qui ne leur cessait d’inculquer tout au long de l’année scolaire M. Soudani. Et c’était surtout la curiosité de voir l’autre facette du prof.

Intellect, cruciverbiste jusqu’aux os, blanc, de taille petite et bien proportionnée, un beau visage calme et bienveillant, tout dans sa personne, depuis sa touffe de cheveux crépus à la «Jackson Five» et sa petite moustache qui garnissait sa lèvre supérieure, jusqu’à son uniforme, était simple et parfaitement élégant. Voilà en gros comment je peux le décrire sommairement.

Un parcours atypique

Dès l’âge de 6-7 ans, il a commencé à taper sur un ballon en plastique ou tout simplement un semblant de ballon confectionné avec des morceaux de tissus, de chiffons ou de caoutchouc. Eh oui ! Posséder un vrai ballon de foot à cette époque (1960-1970) était un luxe qui n’était pas à la portée de tout le monde. C’est dans son quartier natal, le quartier espagnol, en plein centre-ville de Vialar, qu’il a commencé à s’intéresser au football avec d’incessants matches de «petits bois» en premier lieu puis entre quartiers de la ville. Sa première école de formation n’était autre que les séances d’éducation physique et sportive au cours de sa vie de collégien et de lycéen.

«J’ai appris à jouer dans les rues et ruelles de notre quartier avec les potes à l’instar de tous les enfants de cette époque là. Je pense qu’une partie de moi y joue toujours. Quand j’avais le ballon, je voulais battre mon adversaire, le dribbler, jouer librement, pour m’exprimer, avance le natif de Vialar. Ça m’est venu naturellement. Je prenais un ballon n’importe où, à l’école, à la maison, dans la rue. Ce n’était pas encadré. Je jouais au foot de cette façon parce que c’était la façon dont j’ai toujours jouée, vite et avec une technique innée. J’ai beaucoup joué contre des garçons plus vieux que moi. C’est dans ces matchs dans la rue et les stades des différents quartiers de notre ville que j’ai appris à les battre, et comment éviter les coups. Chaque après midi, je rentrais vêtements déchirés et en boitant à cause des coups que j’encaissais et cela m’attirait les foudres des parents qui n’arrivaient pas à comprendre mon addiction au foot dont l’affection et la passion restent les premières motivations de ce penchant».

Et d’ajouter, en répondant à la question de savoir pourquoi avoir choisi le foot en particulier : «Au-delà de son aspect compétitif et passionnel, le foot constitue également, pour moi, une distraction singulière que seuls les pratiquants peuvent connaître. Après une grosse journée, une partie de foot entre amis aidera effectivement à oublier le stress. Il permet en plus à chacun de s’exprimer librement par l’effort et de dépenser un surplus d’énergie. Entretenir sa forme. Sans oublier le caractère social du football qui reste indéniable. Par ailleurs, il s’agit d’un sport collectif. Il se joue en équipe dans le respect des règlements et du fair-play. Voilà qui ajustera les conduites morales au sein de la société. D’autre part, l’esprit sportif qui émanera d’une partie de foot raffermira vos liens d’amitié avec vos coéquipiers, mais aussi avec vos adversaires. Combien de fois avions-nous vu des joueurs et même des supporteurs qui se font l’accolade et qui pourtant supportent une équipe différente ? En effet, pour se faire des amis, faire du football est la solution idéale. Même si souvent on assiste actuellement à des violences dans nos stades».

Par la suite, il a fait ses débuts au niveau du WABT (Widad Amel Baladiat Tissemsilt) des petites catégories jusqu’à la catégorie des séniors. C’était l’un des rares joueurs à avoir brûlé rapidement les catégories et cela est dû surtout à son sérieux et à son implication totale. Sous la coupe de plusieurs entraineurs qui se sont succédé à la tête de l’équipe et qui ne tarissaient jamais d’éloges vis-à-vis du «porteur d’eau» pétri de qualités. Hamid, qui ne ratait aucun entrainement, a vite été étincelant dans le poste de milieu de terrain défensif. Il courait partout dans un terrain, on dirait qu’il avait plusieurs poumons sous sa cage thoracique. Ses remontées de balle tout en finesse et ses interventions de grande classe faisait de lui un maestro au milieu du terrain. Si le Widad tenait bon dans une deuxième période difficile, c’était en grande partie grâce à lui. Il pouvait facilement renverser la vapeur dans le cours d’un match car, dans un mouchoir de poche, il était capable de rester maître du ballon face à deux, voire trois adversaires.

C’était un footballeur génial, un véritable artiste du tuf. Eh oui ! A son époque, il n’y avait ni tartan ni gazon mais ça ne l’a pas empêché d’être un footballeur de talent. Hamid a participé pratiquement à tous les matchs décisifs de son team ainsi que les matchs d’accession à différentes divisions.

Une sentinelle et un véritable relayeur

Tantôt sentinelle, tantôt relayeur il labourait le terrain sans relâche. Avec son petit gabarit et le contraste entre son caractère timide et réservé, avec son énorme abattage sur le terrain, Hamid était le porte-bonheur de notre équipe. On le voyait partout sur le terrain du stade Drizi, le temple du foot vialarois, où il a passé des années et des années sur son tuf. Une infrastructure qui a une place spéciale dans sa vie. Pour lui, stade Drizi  reste un symbole du foot vialarois où il a eu l’honneur de jouer dans un lieu aussi mythique et qu’il n’oubliera jamais quand le Widad jouait devant des gradins archicombles. «Je ne garde que de très bons souvenirs dans cette enceinte», a-t-il commenté.

Endurant, c’était le joueur qui parcourait le plus de chemin au cours d’une partie. «Tu le dribbles mais, dix mètres après, il revient par-derrière et te vole le ballon. Tu ne sais pas d’où il sort», nous dit un de ses anciens coéquipiers.

Quand le moulin de l’équipe démarrait, notre maestro ne cessait de ramener, tout au long de la partie, de l’eau et même du grain à la machine widadie. Pas du tout égoïste, il était tout le temps au service du collectif.

Hamid Soudani restera comme un des joueurs les plus emblématiques et appréciés des supporteurs du Widad. Son aisance technique, sa classe, son dévouement envers le Club et sa simplicité ont séduit tous ceux qu’il a croisés sur sa route au cours de sa carrière. 

Milieu de terrain doté d’un talent extraordinaire,  il mêlait intelligence de jeu, talent naturel et une vraie capacité à lire le jeu avec un temps d’avance, de façon à se placer sur les lignes de passe entre les milieux adverses et leurs attaquants axiaux. Globalement, il s’agit d’un joueur qui regardait le jeu, surveillait et s’adaptait en conséquence pour permettre à sa défense centrale de «récupérer les miettes». Il formait un véritable bloc en complémentarité avec le milieu offensif et permettait tout le temps à ce que surtout son n’équipe ne «se coupait en deux» (les uns derrière, les autres devant).

« Docile » et très discipliné

Le football est un sport de contact et d’agressivité. C’est donc naturellement que la quasi-totalité des joueurs de foot, que l’on soit gardien de but ou attaquant de pointe, a été au moins une fois avertie par un arbitre. Toutefois, certains joueurs n’ont jamais été sanctionnés par un arbitre. Ils n’ont même jamais reçu un carton jaune, encore moins un carton rouge. Eh bien ! Hamid en est un exemple, il n’a jamais reçu de carton rouge ni de carton jaune durant toute sa carrière footballistique.

Discipliné, il n’a jamais contesté ni levé le bras suite au sifflet d’un coup franc, d’un penalty, d’un hors-jeu ou autre. Il restait toujours calme, serein et zen tout au long d’un match quel que soit la tournure qu’il pouvait prendre !

Réputé pour son fair-play légendaire, il appliquait à la lettre toutes les directives et les conseils de ses entraineurs.

Toutes ces qualités ont fait de lui une personne très respectée au sein de la population de sa ville et en particulier au sein de la famille sportive vialaroise. Il est peut être encore temps de lui rendre hommage, au même titre que tous les anciens joueurs du Widad, en lui organisant un match gala en guise de jubilé à notre infatigable milieu de terrain!

R. S.

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