Le droit de dire, la liberté d'écrire

L’homme d’affaire, le syndicat… et le couffin des journalistes

Quelques jours avant l’aïd, un de nos journalistes a reçu un appel téléphonique du correspondant à Chlef d’un quotidien national  lui demandant s’il avait reçu son couffin de l’Aïd. Sachant le sérieux et la respectabilité de celui qui l’a appelé, notre journaliste s’est dit qu’il y avait sûrement erreur et que son correspondant à dû se méprendre d’interlocuteur.

«Je crois que tu te trompes cher ami, moi, c’est Hocine Boughari. De quel couffin tu parles ? Il doit s’agir d’une méprise».

«Oui, je le sais et je suis très sérieux. As-tu reçu ton couffin ? Il a été question de t’en fournir un avec plusieurs autres journalistes. Je pense alors que tu fais partie du second lot».

«Ecoute, mon ami, je n’ai jamais rien reçu de tel et je refuse d’en recevoir. S’il y a lieu d’offrir des couffins de provisions, alors offrez-les aux gens dans le besoin».

«Tu ne comprends toujours pas, il s’agit de couffins destinés aux journalistes, la liste a été établie par les confrères d’El Khabar, Chourouk, Liberté et Ennahar… Enfin, les journalistes qui font partie du syndicat…».

Intrigué par cette proposition et parce qu’il en ignore les tenants et les aboutissants, notre journaliste a demandé quelques explications supplémentaires. Déformation professionnelle oblige. Il s’est avéré, en fin de compte, que les «couffins» en question ont été fournis par un richissime homme d’affaires. Mais qui est donc ce généreux donateur dont on peut imaginer qu’il soit présentement un ami de la corporation ?

«Je ne peux pas vous le dire», répond le correspondant.

Notre journaliste insiste et finit par le faire parler. «D’après les recoupements que j’ai faits, il s’agit de l’homme d’affaires qui a quelques problèmes avec la justice… Tu vois, celui qui a des entreprises…».

«Je ne vois toujours pas qui c’est», lui dit le journaliste du Chélif.

«Ecoute, je ne t’ai rien dit, mais je suis sûr à 99,99% qu’il s’agit d’untel, ça explique d’ailleurs le contenu très riche du couffin..»

Nous savons finalement qui est ce généreux bienfaiteur. Mais nous ne dévoilerons pas son nom, ni aujourd’hui ni demain, pour la simple raison qu’on ne peut lui reprocher son geste. Après tout, c’est son argent, libre à lui d’en faire l’usage qu’il veut…

Notre collègue dit avoir accepté le colis alimentaire «par besoin», affirmant qu’il traverse depuis des années une situation financière très difficile. Et d’ajouter que des collègues très aisés sur le plan matériel et percevant, en outre, une «bonne paie», qui est de trois ou quatre fois supérieure à la sienne, ont eux aussi reçu leur colis. Il précise enfin qu’il s’agit d’un couffin assez bien garni, très différent de celui qu’on offre habituellement aux citoyens dans le besoin. «En tout cas, conclut-il, il très consistant…»

Selon les dernières informations, il s’agirait d’une opération décidée par les journalistes des journaux cités plus haut pour venir en aide aux journalistes qui vivent une période difficile et qui n’ont pas les moyens de se déplacer au chef-lieu de wilaya en raison du confinement. Des journalistes qui n’ont pas les moyens de se déplacer à cause de l’arrêt des transports publics.

Nous ne voulons pas connaître la liste des bénéficiaires. Nous n’avons pas été informés de cette opération. Ni associés à l’idée, ne serait-ce que pour apporter une modeste contribution financière.

Mais nous doutons de la sincérité de l’opération vu que le sponsor n’est pas très net. Et c’est pour cette raison que nous nous désolidarisons de cette action.

Autre fait qui ajoute à notre scepticisme, les manœuvres douteuses d’un correspondant de presse qui a fait main basse sur plusieurs colis alimentaires. Une source nous a confirmés qu’il a été octroyé, au niveau d’une seule administration, l’équivalent de 10 couffins d’aide alimentaire qu’il se serait proposé de livrer à des journalistes dans le besoin…

J’avoue que je reste sans voix devant de telles pratiques.

A. Laïb   

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