Le droit de dire, la liberté d'écrire

La culture de l’inculture

Par Rachid Ezziane

«Réfugie-toi dans l’étude, tu échapperas à tous les dégoûts de l’existence. L’ennui du jour ne te fera pas soupirer après la nuit et tu ne seras pas à charge de toi-même et inutile aux autres»

Sénèque

Qui est-ce qui fait que les Algériens persistent à résister à tout ce qui fait les sociétés civilisées ? De l’entendement à la civilité et en passant par l’hygiène, la modernité ou le «common sense», tout ça est pour le commun des algériens dires et médire. Il n’y a qu’à voir ces derniers jours le comportement des citoyens envers la crise sanitaire que connait le monde. Dans plusieurs pays, on se confine, on lutte avec acharnement pour endiguer l’ampleur du coronavirus avec tous les moyens préventifs, tels que le confinement, le port des masques, des gants, etc., mais chez nous, niet, on continue, comme si ça n’arrive qu’aux autres, à vaquer dans les souks, à festoyer, avec pétards et «chorbas» dans les salles des fêtes, à s’embrasser presque de bouche à bouche, de se moucher en plein rue avec les mains, de se regrouper dans les cafés et les lieux sans qu’on ne prête aucune attention à ce que disent les spécialistes en épidémiologie. Malgré les avertissements de l’Organisation Mondiale de la Santé, qui a décrété le coronavirus pandémie mondiale, malgré aussi l’exemple de l’Italie, qui n’est pas très loin de nous, malgré les mises en garde des historiens qui ont fait un rappel sur la grippe espagnole de 1919 qui a fait entre 50 et 100 millions de morts dans le monde, rien à faire, les Algériens campent dans leur «inculture» du complot. Les Algériens ne croient plus en rien. Encore moins à la science (surtout si elle vient de leurs concitoyens). Le délaissement dans tous les aspects, physiques ou moraux, sont devenus la règle de conduite. On s’habille mal, sans aucun goût. On ose l’indécence jusqu’à aller retirer le dossier de candidature à la présidentielle en pantacourt ou passer son examen en claquette et gobelet de café à la main. Un incivisme sans retenue s’exhibe à tout vent, partout et en tout temps.

Les Algériens croient plus aux «fake news» qu’aux informations officielles. J’ai peur que cette inculture nous mènera un jour vers l’irréparable. Déjà ce virus est un test plus que révélateur de cette mentalité aux antipodes du bon sens et de la bienséance sociale.

Et pourtant, les Algériens aiment bien voyager, voir du monde, donnent en exemple les sociétés en avance et se comportent chez eux en civilisé, alors qui est-ce qui fait que lorsqu’ils retournent au pays, ils oublient tout ça et se comportent comme des gens incultes. D’où leur vient cet «habitus» négatif, généralisé ?…

En aparté, et individuellement, l’Algérien donne une image plus ou moins positif, mais dès qu’il devient «société» ou «groupe», que ce soit à l’école, au stade, dans une fête, dans la rue ou au marché, malheureusement même dans les administrations, il perd ses repères et ne sait plus comment communiquer ni agir pour ne pas dire il devient violent et agressif.

On fuit le subtile et le raffinement sans savoir la cause. On se moque du sérieux et du soigneux. Le beau et l’art ne nous interpellent pas. Ou rarement. Et puis… d’un laisser-aller à un autre, d’un «je-m’en-foutisme» à un autre, d’une imitation négative à une autre, d’une influence néfaste à une autre encore plus néfaste, bon an mal an, l’inculture devient culture. Et l’idée de laideur remplace celle de l’esthétique.

La question que je me pose : comment la tendance de la culture, ancrée durant des années (voir les années 70), l’Algérien l’a échangée avec le nihilisme et l’inculture ? Et comment ont fait les sociétés développées pour renverser la tendance de l’inculture vers la culture ?

Je sais que les sociologues et autres anthropologues peuvent nous donner des explications à ce phénomène, mais là n’est pas la solution car n’est-il pas plus judicieux de transformer le monde que de l’expliquer ?…

L’inculture est-elle une fatalité que nous devons subir à jamais ? Y a-t-il un brin d’espoir de voir un jour la donne se convertir en de meilleurs comportements ?

R. E.

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