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Exode, désertification, agriculture de montagne en déclin : Chlef, une wilaya agricole déséquilibrée

Restée dans les tiroirs pendant plus d’une vingtaine d’années, l’étude réalisée par un groupe d’agronomes de la wilaya de Chlef, dans le cadre du plan national de développement agricole et rural,  prévoyait de faire reverdir les monts dégarnis du Dahra et les piémonts de l’Ouarsenis. Les agronomes avaient aussi pensé à la mise en valeur de tous les territoires qu’englobe la wilaya à travers l’introduction de nouvelles spéculations agricoles et la modernisation des activités traditionnelles en milieu rural.  

D’emblée, les rédacteurs du document notent l’existence de profonds « déséquilibres » socioéconomiques et des « dysfonctionnements » entre régions. Riches et occupant de vastes superficies, les plaines abritent des activités lucratives mais très gourmandes en eau telles l’agrumiculture, le maraichage et la céréaliculture avec irrigation d’appoint. Pauvres, sous-équipées et dégradées, les terres agricoles des piémonts et des montagnes du Dahra et de l’Ouarsenis ne font plus vivre leurs exploitants. D’où, recommandent-ils, la nécessité de repenser le modèle de développement agricole et rural de la wilaya.

Les rédacteurs du document avertissent que l’efficacité d’une stratégie de développement repose moins sur les techniques et les moyens que sur les capacités d’innovation et d’organisation des campagnes, le dynamisme des populations et l’insertion des agriculteurs et des ruraux en général dans une économie appelée à s’adapter aux marchés nationaux et internationaux.

Mais d’abord, il est nécessaire de mettre « à niveau » les campagnes en approuvant une stratégie de développement en faveur des zones pauvres, celles-là mêmes qui rebutent leurs occupants, les poussent à l’exode vers les grandes agglomérations et, conséquemment, l’abandon de leurs terres.

Pour le groupe d’experts, la qualité de la vie à la campagne a des effets immédiats sur le moral et les capacités d’action, de travail et de réflexion de la population active rurale. Raison qui impose aux autorités locales de mener une lutte sans merci contre l’enclavement des zones pauvres ou « zones d’ombre », avec en priorité l’ouverture de pistes carrossables, l’introduction de l’électricité, l’amenée d’eau potable, la réalisation d’infrastructures scolaires et de santé entre autres.

Priorité aux zones montagneuses

La reconversion des systèmes de culture est devenue une exigence avec le changement climatique que subit le nord de l’Algérie. Visiblement, la céréaliculture sur les monts déboisés du Dahra cause des dégâts énormes au peu de terres arables qu’il abrite. Les ingénieurs agronomes préconisent la substitution progressive de la céréaliculture en zones pauvres et peu arrosées par les espèces arboricoles et viticoles, outre les légumes secs et l’introduction de petits élevages pour améliorer les revenus des habitants. Quelque 30 000 ha -dont 10 000 ha pour les légumes secs- pourraient mis en valeur si le plan est mis en œuvre.

À propos de viticulture, il faut rappeler que la région du Dahra, qui produit des crus de réputation mondiale, a vu un arrachage massif du vignoble de cuve. Une opération plus politique qu’économique qui a provoqué un bouleversement majeur dans l’écosystème en dégarnissant les monts et collines de leur couvert végétal et en accentuant la dégradation des terres cultivables.

La réhabilitation et la reconstitution du vignoble à moyen et long terme est perçue comme une nécessité par les rédacteurs du document ; ils estiment qu’il y a lieu de replanter plus de 6 000 ha de vignobles de table et de cuve. Or, la réticence des bigots et autres rédempteurs de la foi a dissuadé nombre d’agriculteurs à se lancer dans la culture de la vigne, privant la wilaya de revenus substantiels en devises étrangères.

Le développement de l’agriculture de montagne conditionne l’avenir des populations des zones rurales. En plus de fournir des revenus confortables aux agriculteurs et éleveurs, l’exploitation de plantations arboricoles fruitières participe à la préservation de l’environnement et de l’équilibre écologique des territoires. Cela va de pair avec des actions pour la conservation et la protection des sols à travers un programme de travaux de corrections torrentielles, de confection et de réfection des banquettes et de fixation des berges des cours d’eau. Des projets de réalisation de retenues collinaires sont nécessaires pour l’irrigation d’appoint de certaines cultures saisonnières.

Labours du côté d’El Marsa

Tourisme de montagne et occupation rationnelle des territoires

Pour de nombreux voyagistes de Chlef, il est possible de développer le tourisme de montagne dans le Dahra. Cette région qui s’étend sur la wilaya de Chlef jusqu’à Mostaganem en passant par Relizane, offre de magnifiques paysages montagneux, une riche biodiversité et des opportunités pour les activités de plein air telles que la randonnée, le trekking ou le VTT, une activité qui commence d’ailleurs à se généraliser à travers la wilaya de Chlef, avec l’émergence de clubs amateurs à Chlef-ville, Sidi Akkacha, Oued Sly, et dans la wilaya voisine de Relizane.

Le Dahra abrite également de très belles agglomérations et des sites archéologiques et historiques que tout un chacun devrait découvrir.

Toutefois, insistent les experts, pour développer le tourisme de montagne, il est primordial de mettre en place les infrastructures nécessaires telles que des sentiers balisés, des refuges de montagne et des installations de loisirs. Des actions complémentaires devraient être initiées par les autorités locales en collaboration avec les associations culturelles, sportives et de loisirs, et en partenariat entre des opérateurs touristiques locaux ou nationaux. À titre d’exemple, des événements d’envergure nationale comme un « Marathon du Dahra », une « course de VTT », un championnat de parapentes… joueraient un rôle clé dans le développement du tourisme dans la région du Dahra.

Pour le moment, les quelques actions entreprises dans le Dahra et l’Ouarsenis, dans le cadre du programme de développement des « zones d’ombre », commencent à donner quelques fruits. À commencer par l’ouverture des pistes et l’alimentation des douars et boccas en eau potable. Mais cela demeure insuffisant puisque les populations sont tenues de recourir aux services sociaux et économiques dispensés dans les grandes agglomérations. Déséquilibres et dysfonctionnements caractérisent en effet les territoires de l’actuel wilaya de Chlef comme l’expliquent les auteurs de l’étude.

Leur conclusion est sans appel; elle suggère ceci : tant que les habitants n’auront leur mot à dire, tant qu’ils ne s’investiront pas dans des actions de développement cohérentes et réfléchies, tant qu’ils n’auront pas admis l’idée que le changement passe nécessairement par eux, ils resteront à jamais des assistés.

L. C.

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