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Salon du livre « Sahel Valley » : la ville de Raffour en fête

Le salon du livre « Sahel Valley » de Raffour, dans la wilaya de Bouira, a ouvert ses portes aujourd’hui aux nombreux visiteurs qui ont tenu à assister à cet événement culturel majeur. Cette édition du salon « Sahel Valley », la première du genre, est placée sous le thème « Lire et Écrire, la voie du développement », réunit plusieurs maisons d’édition et des auteurs venus des quatre coins du pays.

Parmi les auteurs que nous avons rencontrés, citons en premier M. Slimane Belharet, l’homme de culture polyvalent » qui revient sur la scène littéraire avec « L’Art d’écouter Ait Menguelet », paru aux Editions Imal. Cet ancien enseignant au lycée Amirouche de Tizi Ouzou, est, à 65 ans, une figure incontournable du paysage intellectuel algérien. Poète, essayiste, animateur de radio et de télévision, il a consacré sa vie à l’expression artistique et à la transmission pédagogique.

C’est à la fin des années 1980, alors qu’il est étudiant à l’université Mouloud Mammeri, que Slimane fait ses premiers pas en poésie. Cette période est marquée par son immersion sur la scène artistique lors des événements historiques du Printemps berbère de 1980, année où il concrétise également son rêve de devenir producteur et animateur radio sur les ondes de la Chaîne II.

Au fil des décennies, il est devenu un visage et une voix familière pour le public. Entre 2006 et 2018, il a animé avec passion la rencontre mensuelle « Parole aux artistes » à la Maison de la Culture de Tizi Ouzou.

Acteur polyvalent, il a figuré dans des œuvres marquantes telles que La Colline oubliée, Yexsar Lehsab ou encore Si Muh Umhend. Il a également prêté sa voix à de nombreux doublages avec le studio Vox Algérie.

En 2013, son talent est récompensé par l’Olivier d’Or au Festival du Film Amazigh (catégorie documentaire) pour son œuvre « Taqvaylit-iw assa ».

Depuis 2015, il collabore avec la chaîne TV4 (Tamazight). Après le succès d’ Azrar n w-ass, il produit et anime depuis 2021 l’émission phare Araz n Ifetta, très appréciée des téléspectateurs.

Écrivain bilingue et essayiste engagé, il explore les complexités de la société et de l’éducation à travers ses ouvrages ; en arabe un essai sur le monde de l’enseignement intitulé « Phénomènes vécus dans l’enseignement : un monde qui fait rire et pleurer » (ظواهر عشتها في التعليم : عالم يضحك ويبكي). En tamazight : Awal yef w awal.Poésie : En 2018, il publie, sous l’égide du Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA), un livre-CD de poésie intitulé Isefra wer tilas (Imprimé chez les Éditions Imal).Son expertise l’a également conduit à occuper des fonctions administratives culturelles, notamment en tant que responsable du service culturel de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou entre 2017 et 2019, bouclant ainsi la boucle là où tout avait commencé pour lui.

Première journée du salon Sahel Valley de Raffour

Slimane Saadoun, le fouilleur de consciences

Nous avons également remarqué la présence de l’écrivain Slimane Saadoun. Auteur de plusieurs ouvrages, Saadoun présentera lors de ce salon ses dernières publications «Ighoraf ou les Meules » où il décrit l’écartèlement culturel d’un groupe de jeunes gens pris entre les meules (Ighoraf) de deux visions du monde et de deux styles de vie diamétralement opposés, ceux de la modernité et du conservatisme. L’histoire-prétexte se déroule dans un village algérien, en Kabylie, durant les années 1970, époque des premiers soubresauts de la société, des premières revendications amazighes et des prémisses l’agitation islamiste. Le roman met en scène des personnages butte à une dissociation de la personnalité. Enfants de la guerre, instruits à l’école française, Amjah, Aker, Mohd, Laz, Akli, sont déchirés entre leur désir de construire un monde nouveau fondé sur des valeurs humanistes et d’ouverture et leur difficulté à assimiler les règles de la communauté. Ils sont confrontés aux forces d’inertie représentées par les partisans d’un retour aux origines de l’islam et les défenseurs du legs culturel ancestral reposant sur le code de l’honneur, takvaylit. Les thématiques abordées par le roman sont celles de l’identité, de l’émancipation de la femme, de l’intégrisme islamique.

L’auteur nous emmène dans un vieux village, Aguemoun n’el hif, un coin perdu au cœur des montagnes de Kabylie. Les personnages, des jeunes résidant dans une région marquée par les tragédies liées au terrorisme qui hantent encore les esprits, et le phénomène d’isolement social semble incrusté dans l’existence de ses habitants.

L’histoire se déroule dans ce beau village de Kabylie et dont les paysages sont si bien décrits qu’à travers les mots de l’auteur, les images viennent à l’esprit. Les vieilles pierres des maisons portent la mémoire collective et témoignent dans un silence lourd de souvenirs. Les jeunes, Lcachi, Lounes et Lmahna et d’autres ont l’habitude de se retrouver sur les pierres du promontoire et se remémorent les souvenirs douloureux du terrorisme. Leur vie avait été marquée par la terreur, la révolte et dans un sursaut de courage, des hommes ont pris les armes, révélant leur attachement à leur terre natale. Ils ont perdu des proches. L’enlèvement de Meriem leur a ôté la joie de vivre. L’absente dont on ignore l’issue, est une blessure incurable dans le cœur de ses proches.

Lcachi n’a pas pu s’en remettre. Il est devenu solitaire et trouve refuge dans la lecture. S’il ne parvient pas à se reconstruire, il se retrouve dans la littérature, à travers la figure de Proust et ses « madeleines ». Les moments de prise de conscience, d’échange intellectuel et de camaraderie deviennent des échappatoires face à la brutalité du monde qui les entoure. Ils pensent à l’avenir sans jamais vraiment pouvoir y croire.

L’auteur nous confie le destin de Ferroudja et Taos. Malgré le contexte difficile, les deux jeunes filles gardent la tête froide et décident de prendre leur destin en main. Au grand dam de leurs proches, l’une aspire à devenir policière et la seconde mécanicienne, rêvant d’un avenir où elles peuvent défier les normes et les attentes de leur communauté.

Ferroudja et Taos s’opposent aux voix rétrogrades qui ne cessent de leur rappeler que ce ne sont pas des métiers pour « femme ». Mais elles assument leur choix et leur ambition devient un acte de rébellion, donnant de l’espoir aux autres jeunes filles. Elles s’affirment comme la nouvelle génération de femmes capables d’endosser des rôles traditionnellement masculins, bousculant les convenances sociales alors que l’insécurité règne.

Peut-être qu’au milieu de cette lutte, c’est le souvenir de Meriem, enlevée par les terroristes qui a déclenché cette envie de reconnaissance et de liberté ? Sa disparition reste gravée dans leur mémoire.

Les jeunes se révèlent. Il leur est impossible de faire table rase des souffrances de la décennie noire mais leur jeunesse réveille leurs ambitions et leurs rêves. Leur avenir se construit dans le terreau de la nostalgie.

Dans le roman de Slimane Saadoun, dans la beauté des paysages kabyles, à la croisée des chemins de la vie, chaque personnage écrit sa propre histoire. Dans ces histoires liées, enchainées l’une à l’autre, dont les protagonisted sont éprouvés par le malheur, il y a des cœurs épris d’amour et le bonheur se profile à l’horizon pour chacun d’eux…

Rappelons qu’un public nombreux a assisté cet après-midi à la conférence-débat animée par Amine Zaoui et modérée par l’écrivaine Hiba Tayda.

Nous reviendrons dans nos prochaines éditions sur le déroulement du salon qui, de l’avis de tous, a toutes les chances de devenir une manifestation culturelle pérenne dans la région.

« Sahel Valley », un événement culturel majeur dans la wilaya de Bouira

Rubrique culturelle

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