Il y a des hommes dont la bonté est telle qu’elle précède leur renommée. Aomar Khennouf (paix à son âme) était de ceux-là. Écrivain talentueux, mais surtout homme aux vertus d’une rare noblesse, il marquait quiconque croisait son chemin par une chaleur humaine immédiate. Aujourd’hui, alors que nous nous penchons sur son héritage, il apparaît clairement que l’homme et l’écrivain étaient indissociables, tous deux portés par un amour indéfectible pour le pays.
Né à Alger en 1957 et diplômé de l’Institut national de formation en bâtiment (Inforba), Aomar Khennouf a consacré sa vie professionnelle à la construction du pays. Ce n’est qu’en 2018, une fois la retraite venue, qu’il s’établit à Bordj Bou Arréridj pour se consacrer à sa seconde passion : l’écriture. De ce retrait géographique et professionnel est née une trilogie autobiographique majeure : « Mes transhumances » et « Rien n’arrive par hasard », où il fignole avec pudeur et précision les contours d’une vie au service de la nation.
À travers son narrateur Weiss Djebrane, Aomar Khennouf a réussi le tour de force de transformer ses souvenirs en mémoire collective. Son écriture, qualifiée par son ami et écrivain Lounès Ghezali de « réaliste, ponctuée d’émotions et d’images fortes », nous replonge dans l’Algérie des années 70 et 80. C’était l’époque des bâtisseurs, de la « Mecque des révolutionnaires », mais aussi celle des espoirs immenses avant les désillusions de l’Infitah.
Jacqueline Brenot, autrice, poétesse et chroniqueuse littéraire, écrivait en hommage à Aomar Khennouf : « Que peuvent un stylo, quelques frappes d’ordinateur et un texte écrit à la hâte, pour stopper le temps qui est passé, quand le destinataire de la recension qui suit a déjà pris congé du monde des vivants […] ? Envers et contre tout, le livre survit à son auteur. C’est pourquoi, le présent éternel s’impose dans la présentation de ce premier ouvrage si personnel, qui donne sens à cet itinéraire d’existence, en dernière entrave et défi à l’implacabilité du temps et du destin. »
Son éditeur, Ali Laïb, soulignait avec justesse que Khennouf n’était pas un simple narrateur linéaire ; c’était un observateur lucide. Au fil de ses récits, il pointait du doigt les prémices de la mafia politico-financière et les décisions irréfléchies qui allaient fragiliser le tissu industriel du pays. Pour ceux qui ont vécu cette période, ses livres sont un rempart contre l’oubli, restituant des scènes anodines et des moments de grâce avec une tendresse infinie.

L’âme du bâtisseur
Jusqu’au bout, Aomar Khennouf a fait preuve d’un dévouement exemplaire envers la communauté littéraire. Il n’hésitait pas à parcourir de longues distances, de Bordj à Alger, Blida ou Tizi Ouzou, pour soutenir ses confrères ou rencontrer ses lecteurs. Il faisait les éloges d’ouvrages qui l’avaient passionné. On se souviendra aussi, de sa séance de dédicaces à la librairie Cheikh en février 2024, où il fut accueilli avec une émotion vibrante par ses pairs et ses admirateurs.
Aomar Khennouf restera gravé dans les mémoires comme un homme inoubliable. Sa simplicité cachait la profondeur d’un intellectuel engagé, intègre et compétent. Comme le rappelle le témoignage de ses proches, lui rendre hommage est aujourd’hui un devoir moral. Ses livres ne sont pas que du papier ; ils contiennent l’âme de l’Algérie, ses rêves de conquête du ciel et sa soif de dignité.
Lire et relire Aomar Khennouf, c’est refuser l’oubli et continuer à faire battre le cœur de cette Algérie qu’il aimait tant, faite de simplicité, de partage, de culture et de dignité.
Depuis janvier 2026, sa demeure est devenue un lieu de Savoir.

Un héritage fabuleux
La famille du regretté écrivain Aomar Khennouf (que Dieu lui fasse miséricorde) a choisi de transformer la douleur de sa perte en un acte de bâtisseur, fidèle aux valeurs de l’homme qu’il était. Au sein de la coopérative du lotissement 15, à Bordj Bou Arréridj, le rez-de-chaussée de la maison familiale a été dédié à l’éducation et à l’épanouissement de la communauté.
Le développement remarquable du centre se fait sous le patronage du Club Al-Bayan (affilié à l’association Cheikh Al-Bashir Ibrahimi). Les activités y sont menées sous l’œil attentif et bienveillant de l’imam Cheikh Walid Mehsas. Le nom ne doit pas vous parler mais…
Le monde entier avait découvert cet imam à travers une vidéo devenue virale, où l’on voyait un chat se nicher sur son épaule en toute confiance pendant qu’il dirigeait la prière des Tarawih. Ce geste de douceur naturelle reflète parfaitement l’esprit de sérénité qui habite aujourd’hui la maison de feu Aomar Khennouf. Plus de 100 étudiants, garçons et filles, y apprennent le Saint Coran et les règles du Tajweed avec assiduité. Une section dédiée au Hadith a ouvert ses portes, enseignant notamment les Quarante Hadiths de l’Imam al-Nawawi aux jeunes hommes. Grâce à cet espace ouvert au Savoir, le club a ouvert des inscriptions pour les mères et les femmes n’ayant pas pu terminer leur scolarité, leur offrant un accès simplifié et bienveillant au savoir.

La vision de la famille Khennouf et des responsables du club ne s’arrête pas à l’enseignement religieux. Fidèles à l’esprit intellectuel d’Aomar Khennouf, ils prônent un développement harmonieux de l’individu. Toutes les deux semaines, un club de réflexion se réunit pour étudier des ouvrages intellectuels et culturels, nourrissant ainsi le débat d’idées. Des cours de soutien gratuits et des formations linguistiques sont mis en place pour accompagner la réussite des jeunes. Des activités de football et de natation sont intégrées pour instaurer un équilibre entre l’esprit, le corps et l’âme.
Ce projet est le fruit direct de la générosité de son honorable famille qui perpétue l’héritage de l’homme de lettres et de valeurs qu’il était.
Aomar Khennouf a laissé une empreinte indélébile. Par ses livres, il nourrit les esprits. Sa demeure devenue école, il guide les enfants de sa région vers la lumière, la culture et le progrès social.
« Lire ses livres et franchir le seuil de sa demeure, c’est faire vivre son âme pour l’éternité. » Au grand bonheur des siens…
Adila Katia