L'Algérie de plus près

Houria Semaoune, artiste-peintre, décoratrice : « Les symboles, les motifs et la culture kabyle sont une richesse précieuse qu’il est important de préserver »

Houria Semaoune est une jeune artiste habitée par une passion profonde pour la peinture et la création. Depuis toujours, elle porte un regard attentif sur le monde qui l’entoure, capturant la poésie des paysages, la force de la nature, ainsi que la richesse des formes et des couleurs. Si son travail puise son essence dans l’observation du réel, son univers artistique est avant tout le reflet d’un héritage vibrant: la culture amazighe. L’identité kabyle occupe une place centrale dans ses créations, agissant comme un fil conducteur qui lie ses racines à son expression contemporaine.

Le Chélif : Vous souvenez-vous du premier choc visuel qui vous a donné envie de peindre ?

Houria Semaoune : Depuis mon enfance, les paysages et la nature ont toujours été une source d’inspiration. Mais ce qui m’a profondément marquée, ce sont aussi les symboles et les motifs amazighs, que l’on retrouve dans les bijoux, les tissus ou les objets traditionnels. Ces éléments m’ont donné envie de créer à mon tour et de raconter une histoire à travers la peinture.

La peinture est-elle pour vous un refuge, un cri ou une passion ?

La peinture est avant tout une passion profonde, mais aussi un moyen d’expression. À travers mes œuvres, je cherche à transmettre des émotions, mais aussi à préserver et valoriser une identité culturelle riche.

À quoi ressemble une séance de création ?

Lorsque je travaille, j’aime être dans un moment de concentration et de calme. Parfois avec de la musique douce, parfois dans le silence. Ce moment est pour moi un espace de liberté où les idées prennent forme peu à peu.

Face à une toile blanche, avez-vous un plan précis ?

Il m’arrive d’avoir une idée de départ, mais j’aime aussi laisser une part à l’imagination et à l’inspiration du moment. La création est un dialogue entre l’idée et l’émotion.

Comment savez-vous qu’un tableau est terminé ?

Un tableau est terminé lorsque je ressens qu’il y a un équilibre et que l’œuvre transmet exactement l’émotion que je voulais partager.

Si vos peintures pouvaient parler, quel serait leur message ?

Elles parleraient surtout de l’identité, de la mémoire et de la beauté de la culture kabyle. Mon objectif est de faire voyager ces symboles et ces motifs au-delà des frontières pour que d’autres cultures puissent aussi les découvrir.

Votre travail inclut aussi des objets anciens. Pouvez-vous nous en parler ?

Oui, j’aime redonner vie à des objets anciens. Au lieu de les jeter, je les transforme en objets décoratifs en y intégrant des motifs et des symboles amazighs. Cela permet de préserver leur histoire tout en leur donnant une nouvelle place dans des décorations à la fois traditionnelles et modernes.

Comment vivez-vous l’exposition de votre travail sur les réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux, notamment Instagram et TikTok, sont aujourd’hui une véritable fenêtre ouverte sur le monde. Ils me permettent de partager mon travail artistique et de toucher un public plus large. C’est aussi une manière de faire découvrir l’art et l’identité kabyle à des personnes de différentes cultures. Si mes œuvres voyagent aujourd’hui, c’est pour porter avec elles l’âme de la culture kabyle et la force des paroles d’un père qui m’a appris à toujours avancer.

Quel est le plus grand défi pour une jeune artiste aujourd’hui ?

Le défi est à la fois de se faire connaître, mais aussi de rester fidèle à son identité artistique.

Si vous aviez un budget illimité et un mur immense, que peindriez-vous ?

Je créerais une grande fresque inspirée de la femme kabyle, des symboles amazighs et des motifs traditionnels, pour raconter une histoire visuelle forte et transmettre cette culture aux générations futures.

Quel est votre prochain projet ?

Mon objectif est de continuer à développer mon travail artistique et de faire connaître les symboles et l’identité kabyle à travers mes œuvres, pour qu’ils puissent voyager et être découverts dans d’autres pays.

Quel conseil donneriez-vous à une petite fille qui commence à dessiner aujourd’hui ?

Je lui dirais de croire en son imagination et de ne jamais arrêter de créer. L’art est une belle façon d’exprimer ce que l’on ressent. Mais je lui dirais aussi de ne jamais oublier ses racines et son identité. Les symboles, les motifs et la culture kabyle sont une richesse précieuse qu’il est important de préserver et de transmettre à travers les générations. Votre peinture semble porter une charge émotionnelle très profonde.

Vous accordez une place primordiale à la pédagogie et à l’enfance. Racontez-nous.

En parallèle de ma création, je m’investis dans l’action sociale en animant bénévolement des ateliers de décoration pour les personnes en situation de handicap. Je parcours également plusieurs wilayas pour réaliser des peintures murales et participer à des festivals culturels. La transmission est au cœur de ma démarche : j’organise des ateliers créatifs, souvent gratuits, pour les enfants en milieu scolaire et associatif. Pour moi, l’art est un outil de partage indispensable pour valoriser notre culture et éveiller la créativité des jeunes générations.

Quelle est la part de votre histoire personnelle et de vos racines familiales dans ce que vous projetez sur la toile ?

Tout ce que je crée aujourd’hui est aussi une forme d’hommage à mon père. Depuis mon enfance, il m’a toujours encouragée à travailler, à être forte et à ne jamais abandonner. Après sa disparition, son absence a laissé un grand vide dans ma vie. J’ai décidé de transformer ce vide en force, en continuant à avancer et à créer, guidée par ses paroles et ses conseils. À travers mon travail, j’essaie aussi d’honorer les valeurs qu’il m’a transmises.

Que faites-vous de vos journées durant ce mois sacré de Ramadan ?

Actuellement, je réalise de nouveaux tableaux inspirés des paysages et de la culture berbère, à Tifrith, un village de la région d’Akbou qui me donne beaucoup d’inspiration. Ce mois est pour moi un moment de patience, de réflexion et de création, où j’essaie d’avancer dans mon travail malgré le rythme particulier du Ramadan, afin de terminer mes œuvres et de préparer mes prochains projets artistiques.

Propos recueillis par Adila Katia

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *