Les attaques américaines et sionistes contre les dépôts pétroliers libèrent des tonnes d’oxydes de soufre et d’azote dans l’atmosphère. Le danger actuel est celui des pluies acides.
Le bombardement des installations de stockage de pétrole brut à Téhéran et l’incendie qui a ravagé la raffinerie Bapco à Bahreïn ont déclenché une situation d’urgence qui dépasse le simple cadre des flammes. Le Croissant rouge, organisation humanitaire internationale qui joue le même rôle dans les pays musulmans que la Croix-Rouge en Europe, a lancé un appel selon lequel les habitants de la capitale iranienne doivent se barricader chez eux en raison de la fumée, mais aussi du risque imminent de pluies acides, provoquées par l’incendie des barils de pétrole. « Ça sent le brûlé. Je ne vois pas le soleil. Il y a une fumée horrible. Ça continue, je suis épuisé », a dit un habitant de Téhéran à la BBC, inquiet des bombardements dangereux menés par Israël et les États-Unis. Les images diffusées par les médias et des ONG comme Human Rights Activists in Iran montrent des scènes catastrophiques.
Laboratoire chimique de la guerre
Lorsqu’un missile percute un pétrolier transportant des hydrocarbures, la réaction est dévastatrice pour la qualité de l’air. La combustion libère d’importantes quantités de dioxyde de soufre et d’oxydes d’azote. Ces gaz, une fois en altitude, ne disparaissent pas : au contact de l’humidité des nuages, ils réagissent avec l’oxygène et se transforment en acide sulfurique et en acide nitrique, comme l’a précisé Gabriele da Silva, professeur associé de génie chimique, sur le site universitaire international The Conversation. Il en résulte des pluies dont le pH est inférieur à 7, c’est-à-dire acides. Selon des études spécialisées, ce phénomène est typique des zones fortement industrialisées, mais l’intensité des récents incendies de guerre a provoqué une saturation instantanée. C’est une menace qui affecte tout ce qui touche: des poumons de ceux qui inhalent ces particules toxiques aux surfaces des bâtiments. Contrairement à un bâtiment bombardé, les terres ne peuvent être reconstruites avec des fonds destinés à la paix. Si des pluies acides s’abattent sur les champs, elles dissolvent des nutriments essentiels comme le magnésium et le calcium, rendant le sol infertile.
Un drame pour les populations du Moyen-Orient
Dans une région comme le Moyen-Orient, où les terres sont déjà arides, cela signifie la ruine de l’agriculture pour les années à venir. Les dégâts causés aux bassins versants sont tout aussi graves. L’acidification des lacs et des rivières décime les populations de poissons et compromet la potabilité des réserves. À Bahreïn, où la guerre a déjà affecté les usines de dessalement nécessaires à l’approvisionnement en eau douce, le risque de contamination des rares ressources restantes par les eaux de pluie est extrêmement élevé.
Le combat se déroule au nom de l’énergie, mais ce sont les fondements mêmes de la survie humaine qui sont mis à mal. Alors que le prix du pétrole brut Brent dépassait les 114 dollars le baril, le président Trump a déclaré sur son site Truth Social que la hausse des prix était un « faible prix à payer » pour la sécurité. Or, ce calcul ignore totalement les coûts environnementaux et sanitaires. Des organisations comme Greenpeace et le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA) ont déjà démontré que les crises environnementales résultant de conflits engendrent des coûts de dépollution et des conséquences sur la santé publique (notamment pour les personnes souffrant de problèmes respiratoires) bien supérieurs à la valeur économique des infrastructures détruites. L’agression américano-sioniste contre l’Iran démontre que le pétrole brûle même dans l’air que nous respirons. Les nuages chargés de gaz acides ne connaissent pas de frontières et ne s’arrêtent pas aux traités : ils sont la preuve tangible que chaque bombe sur un puits constitue, de fait, une atteinte à la santé.
R. I.