Par Sid Ahmed Madani*
Le projet minier de Ghar Djebilet suscite débats et interrogations. Certains l’analysent à travers le prisme étroit de la rentabilité, d’autres y voient un chantier coûteux aux retombées différées. Cette lecture, essentiellement microéconomique, réduit pourtant un projet d’envergure nationale à des indicateurs de court terme, occultant sa portée réelle. Or, Ghar Djebilet ne peut être appréhendé à cette seule échelle. Par son ampleur et ses implications, il appelle une lecture macroéconomique, seule à même d’en révéler la valeur stratégique.
Limiter Ghar Djebilet à un simple calcul coûts-bénéfices, centré sur les résultats financiers immédiats, revient à méconnaître la nature même des projets structurants. À l’échelle microéconomique, le projet peut paraître contraignant : investissements lourds, délais de maturation longs, exigences technologiques élevées. Mais ces contraintes s’estompent dès lors que l’analyse se déplace vers le niveau macroéconomique, là où s’évaluent les transformations structurelles qu’il induit.
À cette échelle, Ghar Djebilet apparaît comme un levier de reconfiguration profonde de l’économie nationale. Il participe à la réduction de la dépendance de l’Algérie aux importations de matières premières stratégiques, notamment le minerai de fer, pilier de toute politique d’industrialisation. L’indépendance en matière d’approvisionnement n’est pas un luxe économique, mais une condition de souveraineté. Elle protège l’économie nationale contre la volatilité des marchés internationaux et les ruptures des chaînes de valeur mondiales, de plus en plus fréquentes.

Au-delà de l’extraction minière, le projet génère un ensemble d’activités induites et sous-traitantes : transport, logistique, transformation industrielle, maintenance, formation, ingénierie. Ces effets d’entraînement, souvent invisibles dans une analyse microéconomique classique, constituent pourtant l’un des principaux gisements de valeur du projet. Ils favorisent la structuration de filières nationales, l’émergence de PME spécialisées et la montée en compétence du capital humain.
Ghar Djebilet agit également comme un rééquilibrage territorial. En mobilisant des infrastructures lourdes et des investissements publics dans des zones éloignées des pôles traditionnels de croissance, il redessine la géographie économique du pays. Ce redéploiement spatial, typiquement macroéconomique, contribue à corriger les déséquilibres régionaux et à intégrer des territoires longtemps marginalisés dans la dynamique nationale de développement.

Sur le plan stratégique, le projet s’inscrit dans une vision de long terme où l’État assume pleinement son rôle de planificateur et d’anticipateur. Il rompt avec une approche strictement marchande, héritée d’une orthodoxie libérale qui privilégie le rendement au détriment de la portée structurelle. Ici, la rentabilité ne se mesure pas uniquement en flux financiers, mais en capacité productive, en souveraineté économique et en résilience nationale.
En définitive, Ghar Djebilet n’est pas un projet à juger à l’échelle du trimestre ou de l’exercice budgétaire. Il est un marqueur stratégique, un choix de modèle de développement. C’est à l’échelle macroéconomique, celle des structures, des filières et du temps long, qu’il trouve sa pleine valorisation.
Réduire Ghar Djebilet à une lecture microéconomique serait non seulement réducteur, mais historiquement aveugle face aux enjeux qu’il porte pour l’avenir du pays.
Ghar Djebilet est plus qu’un projet, il est le vœu de nos héros, le salut de l’héritage et un coup de gueule à l’impérialisme.
S-A. M.
*Consultant-Expert Agronome
3 thoughts on “Ghar Djebilet : l’audace d’une nation”
Une bonne analyse qui mérite d’être appréciée
Cette mine date de très longtemps vers les années 1952 mais ils n’ont pas su ou pu l’exploiter et c’est en 2017 qu’il y’a eu une prise conscience pour exploiter le gisement.
Très juste et très bien dit
Il est évident qu’un projet de cette ampleur ne laisse pas indifférents ceux. qu’une Algérie forte dérange. Merci à vous