Défendre sa souveraineté peut aussi passer par des choix quotidiens en apparence anodins : de son panier d’achat à sa playlist musicale, des séries télévisées à son verre de vin au dîner, rapportent les médias locaux et européens. C’est ce qui se passe au Danemark, où un mouvement de boycott des produits américains connaît une croissance exponentielle.
Lorsque Donald Trump a déclaré son intention de prendre le contrôle du Groenland (qu’on le veuille ou non, ce sont ses mots exacts), un territoire danois autonome de l’Arctique, la réaction du pays scandinave a été immédiate, et la gravité de la situation était telle qu’elle a incité la commission danoise des affaires étrangères à convoquer une réunion d’urgence. La chaîne de télévision danoise TV2 Kosmopol a recueilli les réactions du public en descendant littéralement dans la rue. Le sentiment général est celui d’une population menacée par un voisin dominateur déterminé à imposer ses propres intérêts. Et les chiffres sont éloquents : un sondage a révélé que 40 % des Danois envisagent même la possibilité d’une invasion militaire. Cette crainte, cependant, ne s’est pas cantonnée aux foyers ou aux débats télévisés ; elle s’est transformée en une action collective qui mobilise actuellement des dizaines de milliers de personnes (et pas seulement au Danemark).
Le boycott des produits américains passe par Facebook
Le groupe Facebook « Boykot varer fra Usa » (Boycott des produits américains) a dépassé les 97 000 membres ces dernières heures et continue de croître à un rythme impressionnant : selon TV2 Kosmopol, jusqu’à 500 nouveaux membres le rejoignent chaque jour. Ce phénomène spontané transforme l’indignation en actions concrètes, démontrant ainsi la puissance des réseaux sociaux comme outil de mobilisation citoyenne. Bo Albertus, fondateur de l’initiative, a résumé la philosophie du mouvement à la chaîne de télévision danoise en des termes qui sonnent comme un manifeste : « Il n’est pas très difficile de le boycotter. Tout a un impact, même les plus infimes. » C’est l’idée qu’une goutte d’eau, multipliée par des milliers de personnes, devient un fleuve capable d’éroder même les montagnes les plus solides, en l’occurrence celles du capitalisme américain. Albertus a donné l’exemple en renonçant aux vins américains, aux services de streaming américains et à une longue liste de produits alimentaires. Le paradoxe ? Il coordonne tout cela via Facebook, la plateforme américaine par excellence. Mais c’est une contradiction assumée, comme il l’admet lui-même : « Un mal nécessaire pour toucher un public plus large. » Parfois, cela semble presque inévitable : pour lutter contre le système, il faut utiliser ses propres outils.

Les produits US que les Danois boycottent
Au sein de ce groupe Facebook, les Danois partagent des conseils pratiques pour remplacer les marques américaines par des alternatives locales et européennes. La liste des marques visées est longue et comprend, pour les boissons et l’alimentation, Coca-Cola, Heinz, les vins et noix californiens, la sauce barbecue et les chips américaines, qui sont progressivement remplacés par des marques européennes. Les plateformes numériques ne manquent pas non plus : les abonnements à Netflix, YouTube Premium et Amazon Prime sont annulés au profit de services danois et européens tels que TV 2 Play, Drtv et Viaplay. Parmi les autres secteurs touchés figurent le tourisme et les investissements financiers, sans aucun doute sans vacances aux États-Unis, et avec une invitation à revoir également vos portefeuilles d’actions.
L’impact économique selon les experts
Selon un professeur d’économie et de gestion de l’Université du Danemark du Sud, interrogé par TV2 Kosmopol, l’impact de ce mouvement pourrait être tout sauf symbolique. « Remettre en cause les marques fondées sur l’identité américaine réduit leur valeur », a observé l’expert, soulignant que le coup le plus dur pourrait venir du secteur numérique : l’abandon massif des plateformes américaines aurait des conséquences économiques concrètes et mesurables. Le boycott des produits « Fabriqués aux États-Unis » ne se limite pas au Danemark. Au Canada, autre pays préoccupé par lles visées de Trump, le mouvement a pris une ampleur encore plus structurée. Des applications dédiées, telles que « Maple Scan », « Buy Canadian », « Is This Canadian? » et « Shop Canadian », ont vu le jour, permettant aux consommateurs de scanner les codes-barres des produits pour vérifier leur origine et ainsi faciliter un achat éclairé de produits locaux.
Pourquoi Trump veut le Groenland
Le Groenland n’est pas exactement l’île isolée d’environ 60 000 habitants que l’on imagine. Du moins, pas seulement : sous sa glace se cache un véritable trésor de ressources naturelles. Pétrole, gaz, minéraux précieux et surtout terres rares comme le néodyme et le dysprosium, indispensables aux moteurs électriques, aux éoliennes et aux technologies numériques, font du Groenland un territoire stratégique pour l’économie mondiale et la transition énergétique. Les experts estiment que certains gisements groenlandais pourraient couvrir une part importante de la demande mondiale future en matières premières, faisant de l’île une cible de choix non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour la Russie et la Chine. La combinaison de ressources minérales, d’hydrocarbures et de terres rares explique ainsi les ambitions de Trump : contrôler le Groenland lui permettrait d’accéder à des ressources essentielles à une époque où l’énergie propre, les technologies électriques et les matières premières stratégiques déterminent la puissance économique et géopolitique.
Une manifestation citoyenne qui donne à réfléchir
Le boycott danois constitue un exemple intéressant d’activisme citoyen, où des gens ordinaires démontrent que le véritable pouvoir ne réside pas seulement dans les urnes, mais aussi dans leurs choix de consommation quotidiens. Chaque produit que nous ajoutons (ou n’ajoutons pas) à notre panier est un vote, chaque abonnement que nous résilions est une déclaration d’intention. Il reste à voir si ce mouvement continuera de prendre de l’ampleur et s’il influencera réellement les dynamiques commerciales entre l’Europe et les États-Unis. Une chose est sûre : la question du Groenland a suscité une prise de conscience profonde au sein de la population danoise, ainsi que cette importante conviction que le changement peut aussi naître de petites actions individuelles.
R. I.