L'Algérie de plus près

Il était apprécié de tout Tissemsilt : Da Rabah, le couturier et marchand de tissus du village !

« Quoique vous fassiez, faites-le avec passion. Vivez avec passion. » Christian Dior (Artiste, couturier. 1905-1957)

C’est comme si Da Rabah avait en tête cette citation du célèbre couturier puisqu’il exerçait son métier de couturier et vendeur de tissus avec passion et vivait avec passion, à l’image de ses cousins Da Rezki et Da Maamou, qui faisaient aussi dans la couture et la vente ambulante de tissus tous genres. Les étoffes n’avaient aucun secret pour eux ! Ils rendaient un grand service à la population à un moment où le tissu se faisait rare et n’était pas à la portée de tout le monde. Ils sillonnaient tous les villages les jours des marchés hebdomadaires pour gagner honnêtement leur vie, et c’est justement à travers Da Rabah que je voudrais rendre hommage à tous les Aït Hamadouche de l’époque postcoloniale. A tous nos aïeux de l’ex-Vialar qu’on affectionnait et qui nous le rendaient bien en retour. On a grandi dans leur giron à l’abri de tous besoins !

Je me souviendrais toujours de ce personnage qui a marqué mon enfance et celle de tous les gens de la ville qui l’ont connu. Pas très grand de taille mais très robuste.  Calme et pas trop bavard.  C’était un homme qui semblait être fait pour servir autrui. Da Rabah était toujours vêtu très simplement et son style était celui d’un authentique citadin de l’époque. Il n’était pas un simple couturier vendeur de tissus, plutôt un artiste, un fabricant de bonheur. Eh oui, outre les différentes retouches qu’il opérait sur les habits de ses clients, il leur réalisait des vêtements sur mesure, d’après leurs attentes. Il leur proposait un modèle existant, en adaptait un ou en créait un nouveau. Da Rabah Ait Hamadouche n’hésitait point à conseiller sur la coupe d’un vêtement (droit, cintré, à pinces…) en fonction de leurs morphologies, et les aidait à choisir le tissu ou l’habit qui leur convenait.

Les rares moments où l’occasion m’était offerte de le voir en action dans sa boutique en plein centre de notre ville -et qui existe jusqu’à maintenant sauf qu’elle a complètement changé de vocation et de look- , je l’admirais, soit discutant avec un client tout en tenant à la main un rouleau de tissu et autour du coup un mètre à ruban ou tête penchée sur sa machine à coudre. Ah, ce fameux ruban-mètre qui a presque complètement disparu de nos jours. Non seulement il était ultra-flexible et épousait parfaitement les formes du corps mais permettait aussi d’obtenir des mesures précises pour la conception et la retouche de vêtements.

La passion du métier

Il était très compétent dans son domaine qu’il maitrisait à la lettre. Précision du geste et de la prise de mesures, rigueur, souci du détail… notre couturier était un perfectionniste né. Il avait le goût du travail bien fait et réalisait chaque étape de la confection d’un vêtement avec minutie. Da Rabah avait un sens bien aiguisé du toucher et de l’amour des matières. Il maitrisait les techniques de coupe, d’assemblage, de couture à la main et à la machine et avait le goût du tissu, savait le reconnaitre et l’apprécier !

Dans notre quartier, il forçait le respect car c’était un homme respectable et respectueux. Il passait presque inaperçu dans le quartier ou l’impasse (Skifa) où il habitait. Une skifa dans laquelle on a passé les meilleurs moments de notre enfance à l’image de toutes les autres skifates qui caractérisaient notre quartier. Eh oui ! je me souviens comme si cela datait d’aujourd’hui de Si Laala, Si Zitouni, Si Kouider, Si Attalah,Si rezki, Yahia, Madjid, Ramdhane, les 2 Kamel, Alilou,Belkacem alias Aâwa,mourad,khaled, nounou, Nacer… Si Sataoui, Rahali, moustique… et j’en passe. Que du beau monde quoi ! Que l’Eternel protège ceux et celles qui sont encore en vie et ait pitié de ceux qui nous ont quittés.

Da Rabah, était un personnage et un acteur clé, un symbole de notre quartier « Tabag El Kalb » (l’épaule du chien), étrange comme appellation n’est-ce pas ? Je me suis toujours demandé pourquoi on l’appelait ainsi mais personne n’a éclairé ma lanterne sur cette question-là. Ça ne peut être qu’une histoire de chien qui s’est déroulée dans notre quartier à une époque donnée et que je n’ai pas vécue. Les plus beaux moments de mon enfance, je les ai passés dans ce quartier emblématique de la ville au même titre que mes semblables. Actuellement, c’est le quartier Souiket qui croise la rue des frères Hamdi. Quartier constitué surtout de maisons basses et couvertes de toits en tuiles qui étaient d’un rouge éclatant. Dans notre quartier y avait beaucoup de skifates (impasses) : skifate fasla, skifate rahali, skifate settaoui, skifate Ahmed chinois… etc. 

Dans ces mpasses où habitaient plusieurs familles, il régnait un lien social et convivial extraordinaire. De véritables microcosmes ! On les empruntait avec aisance pour esquiver tout danger qui pouvait nous guetter, ou juste pour demander quelque chose à manger ou à boire car on considérait toutes les maisons comme nos propres foyers !

Les vendredis matin, place à la « sadaka », l’offrande ; des assiettes de rouina chez les épiciers et une « jefna » de couscous aux sept légumes secs, badigeonnée d’une véritable huile d’olive de Kabylie offerte par Da Rabah et ses voisins de la skifa !

Eh oui. Da Rabah, au même titre que la majorité des habitants du quartier, était empathique et très généreux. Il avait le cœur sur la main, dans l’autre sa famille et ses proches ! Ses enfants, qui ont hérité des qualités morales de leur géniteur, doivent se targuer d’avoir eu un père de la trempe de Da Rabah. Que son âme repose en paix à jamais !!

Rabah Saadoun

3 thoughts on “Il était apprécié de tout Tissemsilt : Da Rabah, le couturier et marchand de tissus du village !”
  1. Cest avec un respectueux sourire que lon peut lire cette hommage à Da Rabah. Pourquoi ce quartier porte-t-il ce nom étrange Tabag El Kalb ? Personne ne semble avoir la réponse, cest presque comme une vraie question sans réponse ! Mais que voulez-vous, les skifates de Tabag El Kalb ont été les temples de la jeunesse, les cœurs battants de nos enfances. Da Rabah, avec son ruban-mètre précieux (qui a la chance de survivre !), était bien plus quun couturier, cétait un sculpteur du bonheur sur mesure. Et pour rappeler lépoque où tout semblait si simple et bien fait, il y a aussi cette rue des frères Hamdi. Ah, la ville, cest comme une grande skifa, toujours pleine de secrets et danecdotes !Free Nano Banana

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