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« Adhaf oussegas » : des moments de bonheur et de joie à Breira

C’est au début des années 1990 que j’ai commencé à prendre conscience des évènements et des choses qui m’entourent. À cette époque, Breira, ma commune natale, étaient coupée du reste du monde. Il n’y avait presque rien. Mais les gens vivaient en harmonie avec leurs rites et leur culture séculaire.

À l’instar de tous les habitants de cette commune déshéritée, ma famille ne ratait aucune occasion pour célébrer les fêtes rituelles, religieuses ou autres. La commémoration de ces fêtes et traditions consistait à préparer des plats différents de ceux que l’on consomme d’habitude. Elles étaient aussi et surtout l’occasion idéale pour réunir la famille autour d’un repas festif.

Parmi les fêtes que l’on célébrait régulièrement, celle du nouvel an amazigh. À Breira, commune rurale relevant de la wilaya de Chlef, dans ma famille et chez nos voisins, on l’appelle « Ennayer » ou « Adhaf Oussegas » (début de l’année en berbère local). Généralement, le plat principal préparé pour l’occasion était le couscous de blé ou de glands accompagné de viande de poulet fermier, sinon de viande de mouton ou de chèvre. Le lundi qui précède le jour de la célébration de « Adhaf oussegas », les pères de familles se rendent au marché hebdomadaire de Souk Lethnine pour effectuer les achats nécessaires. Souk Lethnine est une localité limitrophe qui se trouve au nord-ouest de Tacheta, une commune qui dépend de la wilaya de Ain Defla . Au niveau de ce marché hebdomadaire, les gens s’approvisionnaient en produits agricoles qu’ils ne cultivaient pas dans leurs potagers. Il faut savoir qu’à cette époque, la population de Breira vivait quasi-exclusivement du travail de la terre. La plupart des familles possédaient des « matmoura » de blé et d’orge, des jarres pleines de figue sèches, des amandes, de l’huile d’olive, des glands. On cultivait également la pomme de terre, la tomate, le concombre, le piment doux et d’autres légumes de saison. Les familles vivaient aussi de l’élevage des brebis, chèvres et vaches. Les femmes élevaient dans leurs basses-cours des poules, des oies et des dindes.

Ainsi, les achats se limitaient à quelques produits manufacturés, des fruits secs tels que les dattes, les cacahuètes, et des fruits de saison comme les oranges. Il est essentiel de rappeler qu’en ces temps-là, on n’avait nulle part où s’approvisionner qu’au marché hebdomadaire. En effet, il n’y avait pas d’autre lieu où on pouvait le faire car il n’existait à Breira ni marchands de fruits et légumes. C’est dire l’importance économique et sociale que revêtait le marché hebdomadaire de Souk Lethnine.

Maintenant que les hommes ont assumé leur rôle, vient le tour des femmes qui consiste à préparer de délicieux plats. Des préparations culinaires très spéciales d’ailleurs qui ne se consomment qu’en cette occasion. À cette époque, comme les initiés le savent, il n’y avait même pas la télévision, qui était un rêve pour beaucoup de famille. Quant aux « Smartphone », « Internet » et autre « Facebook » ou « Youtube », ça n’existait pas encore. Dans notre famille, nous n’avions pas la télévision ; mon grand-père, que Dieu ait on âme, et mon oncle aîné possédaient chacun un poste radio. Vous l’aurez deviné : nous nous réunissons tous autour du plat spécial, après quoi, ma grand-mère -que Dieu ait son âme- nous distribuait des cacahouètes et des bonbons ainsi que des figues sèches et des amandes tout en nous racontant les aventures de « K’dideche boulhamoum », de l’ogre et l’ogresse etc., tout cela à la lumière des bougies et des lampes à gaz. Nous passions de bons moments pleins de joie et de bonheur. C’était le même rituel au niveau de ma petite famille quand nous nous sommes séparés de la grande maisonnée.

Hassane B.

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