Né le 7 avril 1957 à Akfadou, Khellaf Oudjedi est une figure emblématique de la scène culturelle kabyle. Ancien professeur de français, auteur-compositeur du groupe Akfadou jusqu’en 1996, il n’a jamais cessé de faire vibrer la corde de l’engagement. En 2019, il signe l’album de poésie « Tamurt-iw », suivi en 2022 de l’ouvrage « Histoire d’Akfadou » paru aux Éditions Achab, une véritable encyclopédie de sa région natale, explorant sa faune, sa flore, ses villages et ses figures artistiques. Retraité de l’enseignement mais militant infatigable pour la démocratie et la langue berbère, il a reçu un vibrant hommage les 8 et 9 août 2025 lors du salon du livre de Tiniri. Cet événement, porté par le Collectif des Associations d’Akfadou et de Chemini ainsi que l’APC d’Akfadou, a rassemblé écrivains et hommes de lettres dans une communion fraternelle. Khellaf Oudjedi a accepté de revenir sur cette reconnaissance et sur le sens de son combat.
Le Chélif : Que représente pour vous cet hommage rendu par les vôtres à Tiniri ? Comment avez-vous vécu cette reconnaissance de votre parcours ?
Khellaf Oudjedi : Je ressens un immense bonheur. Au-delà de ma personne, ce qui me touche profondément, c’est de voir que le public a été extrêmement réceptif à mes appels pour la sauvegarde de notre identité. Cette reconnaissance est un signe que le message passe et que le combat pour notre culture résonne encore avec force dans le cœur des gens. Le salon du livre a été un véritable succès.
Quel message aimeriez-vous adresser à ceux qui soutiennent votre travail et à la nouvelle génération de lecteurs ?
Nous ne devons pas relâcher nos efforts. Le message est clair : il faut continuer à lutter pour la réhabilitation totale de notre identité historique. Les écrivains, les poètes, les peintres et les universitaires portent une responsabilité immense. C’est en produisant des œuvres de qualité que nous ferons aimer et respecter notre culture. C’est le seul moyen pour que les jeunes générations s’approprient cet héritage et en soient fières.

Au fil des décennies, comment votre travail et votre démarche artistique ont-ils évolué ?
Mon parcours est indissociable d’une quête identitaire. Elle a suivi le sillage de ces militants qui ont bravé les interdits et les risques. Mon action a évolué au gré des supports : de l’écriture à l’intervention médiatique, en explorant la poésie, la musique ou le théâtre. Pour moi, le combat est global. Je le dis souvent : Tamazight, c’est la vie !
Quels ont été les thèmes de prédilection qui ont jalonné votre œuvre ?
Mes thèmes ont toujours été dictés par les urgences de l’instant. Les droits de la femme et la protection de notre patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel, ont toujours été au centre de mes préoccupations. Écrire, c’est aussi témoigner des luttes sociales et culturelles de son époque.
Aujourd’hui, quelle trace espérez-vous laisser dans l’esprit de ceux qui lisent vos livres ou écoutent votre poésie ?
J’aimerais qu’ils retiennent cette maxime qui me tient à cœur : « Un arbre ne vit que grâce à ses racines ». L’avenir de notre peuple dépend de notre investissement dans l’éducation et la culture. Mon souhait le plus cher est que la langue tamazight reprenne sa place légitime dans son territoire naturel, mais aussi qu’elle habite le cœur de tous les Algériens.
Propos recueillis par Adila Katia