Par Madani Sid-Ahmed*
Il y a bien longtemps que je me suis abstenu de livrer mes opinions sur l’agriculture, bien que ce domaine demeure ma véritable zone de confort. Cette réserve n’est pas fortuite : elle procède d’un constat amer sur la manière dont certaines thématiques sont souvent abordées, ainsi que sur la récupération parfois indélicate de mes idées par d’autres.
Aujourd’hui, je ressens le besoin de rompre ce silence pour évoquer un sujet qui suscite à la fois espoir et questionnement : la plantation d’un million d’arbres. Que cherchons-nous réellement ?
Une initiative louable, certes, mais dont l’impact mérite d’être évalué avec rigueur et lucidité.
Un million d’arbres, pour quel impact ? Pour quel résultat ?
Tentons de traduire ce chiffre en réalité de terrain. En retenant une densité faible de 250 à 300 arbres par hectare, l’opération correspond à une superficie d’environ 3 000 hectares. Une étendue qui demeure très modeste à l’échelle écologique. Peut-on, avec seulement 3 000 ha, prétendre influencer significativement le climat, restaurer les sols ou enrayer la désertification ? La réponse est clairement non.
Tout projet et notamment le reboisement devrait s’appuyer sur des outils éprouvés, je préconise le cadre logique, une méthode qui a montré ses preuves a bien des égards et qui permet de définir :
– Un objectif global et des objectifs spécifiques.
– Des résultats attendus.
– Des activités correspondantes.
– Des indicateurs de suivi, sources de vérification et hypothèses de mise en œuvre.
Sans démarche structurée, toute action, même bien intentionnée, risque de demeurer symbolique.
Planter des arbres est un geste salutaire, mais sans vision cohérente, ce n’est qu’une illusion de verdure.

Les défis écologiques contemporains exigent plus que des chiffres : ils appellent une véritable stratégie de réconciliation entre l’homme et la nature.
Dans mon rouvrage « Connexion au-delà des limites » qui paraîtra prochainement, j’évoque justement ces grands axes à emprunter pour préserver notre existence face au spectre d’une disparition annoncée.
Car au-delà du symbole, planter un arbre doit s’inscrire dans une dynamique durable, pensée, suivie et mesurée.
Et si, au fond, l’Algérie s’inspirait de la légende du petit colibri ? Ce petit oiseau, face à l’incendie de la forêt, transporte quelques gouttes d’eau dans son bec pour tenter d’éteindre les flammes, pendant que les autres animaux, incrédules, le regardent. « Je fais ma part », leur répond-il simplement.

Et si nous cherchions, à travers ce million d’arbres, à inviter le monde à faire sa part, à laisser tomber les armes pour prendre les pelles et les pioches, à verdir la planète plutôt qu’à la réduire en cendre ?
Peut-être que ce million d’arbres, n’est qu’une invitation à réfléchir, à se remettre en question, à revoir notre rapport au vivant. Ce million d’arbres est peut-être avant tout une invitation à réfléchir, à nous remettre en question, à repenser notre rapport au vivant.
Oui, l’Algérie, à sa manière, fait sa part. Mais à travers ce geste, elle semble aussi nous lancer un appel : retrouvons notre humanité avant qu’il ne soit trop tard.
Car la plus grande désertification n’est pas celle des sols, mais celle des consciences.
S. A. M.
*Expert agronome.