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Il était une fois la tonte des moutons

La tonte des moutons est une pratique qui remonte à une époque très ancienne. Le mouton est tondu pour sa laine mais aussi pour améliorer sa robustesse selon la science. Au mois d’avril, les éleveurs affûtent leurs forces à tondre, un outil à ressort et à deux lames se chevauchant et qui tient lieu de tondeuse.

La tonte des moutons s’effectue, généralement, durant la période s’étalant de la deuxième quinzaine du mois d’avril et la première moitié du mois de mai, vers les coups de 11 heures, après le retour du troupeau des pâturages. Le berger, faut-il le rappeler, conduit son troupeau dans la prairie vers six heures du matin pour le faire rentrer quelques heures plus tard.

Au retour, les béliers et les brebis objet de l’opération de la tonte, trouvent le tondeur à leur attente. Les agneaux et les agnelles ne sont pas concernés par le déshabillement car leurs toisons sont encore légères. Forces à la main, muni d’un tablier, le tondeur met à terre l’animal comme s’il s’apprêtait à l’égorger, il lui ligote les pattes avec une corde mince pour l’immobiliser. Un membre de la famille, le berger dans la plupart des temps, l’aide dans son travail. Joignant l’habilité à l’agilité, le tondeur se met au travail, il commence d’abord par tondre la partie arrière de la bête en passant par le corps et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il arrive à la tête. Ensuite, il recommande à son assesseur de tourner l’animal de l’autre côté. Il en fait de même en insérant, à chaque fois, l’outil de travail dans un récipient plein d’eau pour le rafraichir, et ce, pour ne pas faire de mal à la bête à tondre. Le travail dure quelquefois de trois à quatre heures durant lesquelles quatre à cinq moutons se font « coiffer ». Le reste du troupeau est gardé pour le lendemain à la même heure. Certains éleveurs ne savent rien du métier, ils s’arrangent pour confier leurs moutons à un voisin ou à un connaisseur qui vient de la localité avoisinante. La tâche est accomplie souvent en contrepartie d’un repas spécial qu’offre le propriétaire au spécialiste. Il s’agit d’un festin avec du « baghrir », des crêpes mielleuses préparées par la ménagère en guise d’hospitalité à l’honneur du tondeur. À la fin de la tâche, le propriétaire glisse quelques billets dans la poche de l’employé sans que ce dernier ne se rende compte du montant. Ce n’est quelques jours plus tard que tous les moutons sont dévêtus, et c’est beau à voir. Autrefois, les gérants des exploitations dites « biens vacants » possédaient de nombreuses têtes de moutons qui étaient gardées par des jeunes recrutés à titre saisonnier. Ces jeunes, généralement victimes de la déperdition scolaire, gardent les troupeaux qui se déplacent sur de longues distances en quête de pâturage. Au moment de la tonte, les gérants font appel à des spécialistes en la matière qui seront rémunérés pour ce travail très particulier.

De nos jours, tout a changé : les tondeurs se font de plus en plus rares, l’outil de travail n’est plus le même car certains optent pour d’autres outils plus modernes comme la tondeuse électrique utilisée par le coiffeur.

Ce n’est plus comme auparavant, le présent est loin d’être à la hauteur du passé, le constat est amer.

Abdelkader Ham

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