Le droit de dire, la liberté d'écrire

Il était une fois les Turkish Blend

Par Rachid Ezziane

Ils s’appelaient Malik et Yacine. Ils étaient cousins et venaient du mythique quartier de Bab-el-Oued. Plus précisément de Bologhine, dit-on. Je vous parle d’un duo de musique pop de charme des années 70. Avec leur allure et cheveux au vent, leur style de vie,leur timbrede voix et la rythmique, leurs titres et chansons diversifiées, on les comparait au Beatles et leur groupe mythique. Tous les jeunes, de 17 à 77, de ces années-là, fredonnaient leurs airs et s’arrachaient leurs disques à tours de bras. Ils chantaient en anglais, français, algérien et même en espagnol. Mais c’est dans le style pop anglo-saxon qu’ils excellaient. « Georgiomyfrend », « Fairy tale », « I saygoodbye », « Sandie oh Sandie ». C’est bien dommage, je ne peux pas vous faire entendre le rythme que je suis en train d’écouter en écrivant cette chronique : « Say the world to make me go home !… »et le cri de la guitare qui pleure comme un homme…

J’enchaîne avec le tube « Tu vas, tu viens », chanté en français et qui disait : 

« Comme un rêve qui s’achève mais qu’on veut retenir,

tu t’en vas déjà pour rejoindre mes souvenirs.

Mais sans toi le monde qui m’entoure me paraît froid

et j’ai besoin de ta présence, reviens réchauffe-moi….

 Tu vas, tu viens…mais quand on aime c’est pour la vie…

Car l’amour ne peut vivre au pays de l’oubli.

Comme un enfant qui se trouve seul dans la nuit,

Je t’appelle mais ma voix se perd dans l’infini.

Tu doutais de mon absence ne croyais plus en moi.

Je suis de retour, j’ai rallumé le feu de bois… »

Quelle belle chanson ! Quel rythme et quelle voix !

L’Algérie venait de recouvrir son indépendance et Alger était la Mecque des révolutionnaires. Alger était belle et blanche, animée et pleine de vie. Tout était simple et beau à la fois. Les gens comme les rues. Les romans se vendaient dans les kiosques et les librairies. Les salles de cinéma ajoutaient de la culture à la joie.Les cafés étaient propres et les prix à la portée de toutes les bourses. Le « coq hardi », « La Cafétéria », « Le cercle Taleb Abderrahmane » et « Le Névé » accueillaient sur leurs terrasses des jeunes aux allures de poètes. Mais ces belles années sont bel et bien derrière nous à jamais.

Malik et Yacine ne chantent plus. L’un vit en Amérique et l’autre à Paris. Seul leur rythme est resté ancré dans nos têtes. Et les souvenirs d’une joyeuse époque. Chaque ville et village du pays avaient son groupe de musique et sa troupe de théâtre. Personne n’était pressé de s’enrichir au détriment des honnêtes gens…

Il était une fois les Turkish Blend dans un pays insouciant qu’on appelait l’Algérie, nation ouverte sur le monde et révolutionnaire à la fois.

R. E.

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