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La mort lente du sport à Khemis Miliana

Les infrastructures de la ville sont dans un état déplorable

 

Khemis Miliana dispose de plusieurs infrastructures sportives. Certaines, datant de l’époque coloniale, sont devenues forcément vétustes, obsolètes et inadéquates. Elles ne répondent plus aux nouvelles normes de sécurité et de confort des sportifs. Cet état de fait a un impact négatif : les jeunes ne vivent pas convenablement leur passion.

Conscients du problème, les responsables du secteur ont entrepris depuis quelques années la réhabilitation et la construction d’infrastructures sportives modernes. C’est le cas de la piscine « Les Ondines » qui a été « modernisée » … mais d’une façon qui provoqua une grande polémique. Les citoyens étaient très mécontents de la manière dont a été refaite cette belle infrastructure. Pour eux, c’est un patrimoine qui a été massacré car la première intervention de l’entreprise chargée de la réalisation dudit projet de réhabilitation commença par la destruction du plongeoir en forme de « A » majuscule, un chef-d’œuvre architectural, séculaire, qui a disparu en quelques minutes. Notons à l’occasion que cette piscine, quoique rénovée et restaurée, demeure fermée à ce jour.

Un autre stade, dédié au basketball, datant des années 40, situé au cœur de la ville, a fait l’objet d’une opération de restauration et d’une remise à niveau conformément aux normes établies. C’est le terrain où s’entraînent les capés du CSK, une véritable école de formation. Cette équipe d’élite est drivée par le coach, l’international Tedj-Eddine Sahraoui.

Avec de nouveaux vestiaires, des sanitaires modernes et un bloc administratif pour la gestion du club, ce terrain a, cependant un plancher en « matéco », ce qui représente un réel danger qui perturbe et handicape les performances des athlètes. Il aurait été judicieux et logique de refaire le terrain aux normes en résine sportive, un revêtement qui encourage les gestes techniques et booste les performances.

Détournées de leur vocation

M. Tedj-Eddine Sahraoui, à partir de cette tribune, tient à renouveler son appel au wali d’Aïn Defla pour la prise en charge de ce problème comme il a été convenu lors de sa visite. Disposer d’infrastructures adaptées est une nécessité, la tâche reste ardue car les besoins sont énormes. La ville dans ce domaine accuse un grand retard.

Il existe deux complexes sportifs de proximité (CSP) relevant de la direction de la Jeunesse et des Sports au centre-ville et deux salles de boxe dont l’une est de conception surréaliste (ex-école normale), qui constitue un danger permanent pour les jeunes athlètes qui s’y entrainent, et l’autre, l’ancienne église divisée en deux salles distinctes, la première pour l’équipe de tennis de table et la seconde pour la pratique du Taekwondo.

Il est néanmoins désolant de constater que d’autres gros quartiers dont l’un dépasse à lui seul les 40 000 habitants sont complètement lésés : aucune infrastructure sportive de proximité ni à Dardara, ni à Souamâa, ni à la cité des jardins. Les jeunes sont obligés de rejoindre d’autres sites au centre-ville, très éloignés, pour pouvoir pratique leur sport favori avec tous les inconvénients qui en découlent (manque de transport, créneau d’entraînement en nocturne etc.)

Le stade Abdelkader Belkebir, qui date de l’époque coloniale (construit 1920), s’avère exigu pour recevoir, tenez-vous bien, pas moins de quatre associations sportives affiliées aux différentes ligues de football : SKAF, MCK, USK et CMBK. Quelque cinq cents athlètes, toutes catégories confondues, se disputent des créneaux parfois à des heures impossibles alors que le stade OMS avec toutes ses commodités (stade, piscine, centre de récupération) est cédé à l’académie de la FAF dans le cadre d’une convention liant la direction de la Jeunesse et des Sports à cette institution.

Khemis Miliana est la seule ville de la wilaya qui ne dispose pas de centre d’hébergement pour le séjour des jeunes en visite dans la ville dans le cadre des compétitions sportives et des échanges culturels. Il existait autrefois au niveau de la maison de jeunes Bougara, une auberge de jeunesse qui est, aujourd’hui, détournée de sa vocation initiale. Elle a été reconfigurée en appartements qu’occupent actuellement les cadres de la DJS depuis plus d’une dizaine d’années malgré les appels de détresse lancés par la société civile et les associations culturelles et sportives.

De l’argent jeté par les fenêtres

La population déplore aussi un chantier qui perdure depuis 2014 : celui de la nouvelle salle omnisports. Un véritable gâchis. De l’argent public jeté par les fenêtres. Des herbes sauvages ont envahi les lieux, la plateforme est fissurée, le terrain s’est affaissé à l’intérieur même de la principale bâtisse. Les bureaux et les pièces attenantes sont abandonnés. La menuiserie métallique, les verres fumés de luxe, les portes et les séparations d’intérieur ont été saccagés, détériorés ou volés. Il en est de même pour les câbles électriques volés.

Il faut signaler que des fonds importants ont été engagés pour la concrétisation de ce projet. Aujourd’hui, c’est un bâtiment fantôme dans une immensité déserte, inhabité, parce que les travaux sont à l’arrêt depuis sept longues années.

La piscine est la seule structure exploitée et ouverte au public. Autrement, le reste (stade de football, centre de remise en forme sont pour le moment régis par la FAF dans le cadre de la convention citée plus haut.

La ville a besoin de nouvelles infrastructures sportives. Les quelques structures existantes sont atteintes de vétusté. Cela a eu un impact négatif sur les résultats sportifs. Les clubs de basketball, de handball et de volleyball ont du mal à voir le jour ou à s’imposer dans les compétitions nationales. A quelques exceptions près …

Un autre facteur tout aussi important pénalise ces associations de sport collectif. M. Tedj-Eddine Sahraoui qui axe son travail sur la formation se plaint de l’absence de subventions et d’aides de la commune et des instances de tutelle. « Après plusieurs mois d’attente, il se trouve que les promesses et les engagements du président d’APC sortant n’ont jamais été honorés », déplore-t-il

Cependant, ce qui a aggravé la situation, c’est que les élus locaux ont débloqué des budgets importants aux clubs de football, à leur tête le SKAF, suivi du MCK, de l’USK et du CMBK avec une enveloppe dépassant les 30 millions de dinars au détriment des autres associations qui sombrent dans une crise financière sans précédent.

Les clubs de basketball, de boxe et d’autres jeux collectifs risquent de jeter l’éponge si aucune solution n’est envisagée dans les plus brefs délais.

N. MAOUCHE