Le droit de dire, la liberté d'écrire

S’agit-il d’une crise sanitaire ou d’une crise alimentaire ?



On s’entredéchire pour un sac de semoule à Breira



Les scènes de bousculade de citoyens qui se disputent un sac de semoule à Breira font vraiment peur. Elles expriment le «chacun-pour-soi» dans toute sa splendeur. Des spectacles qui suscitent l’indignation autant qu’ils reflètent le niveau général de la pensée chez nous.

Ainsi, à bien y regarder, nous constatons que la plupart d’entre nous vit pour manger et non pas l’inverse. Sommes-nous donc à ce point esclaves de nos estomacs ? Bien que le stade d’une crise alimentaire soit bien loin, nous nous piétinons les uns les autres  pour un simple sac de semoule. Quelles seraient alors -à Dieu ne plaise- nos attitudes et nos réactions en cas d’une véritable famine ? On peut admettre que de tels comportements soient l’œuvre de certaines catégories de personnes vulnérables, vivant dans la plupart des cas au jour le jour. Mais nous refusons qu’elles émanent de gens plus au moins à l’abri du besoin. A Breira par exemple, une commune qui se trouve à l’extrême nord-est du chef-lieu de la wilaya de Chlef où, malgré l’absence d’une boulangerie, le pain ne manque pas jusqu’à midi car deux revendeurs se chargent d’en approvisionner la commune. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, les gens ne se bousculent pas devant leurs étals. Cela prouve, on ne peut  mieux, que les bousculades devant les camions de semoule ne se font pas vraiment à cause d’un manque ou d’une pénurie. Car nous nous demandons pourquoi ces gens préfèrent les bousculades et les longues chaines qui portent atteinte à leur dignité au lieu de chercher d’autres solutions quand il y en a bien sur comme dans le cas présent ? C’est aux sociologues et aux psychologues d’éclairer nos lanternes sur ces comportements plutôt dégradants et avilissants. En effet, il suffit d’acheter quelques baguettes de pain et attendre ce que nous réservera le lendemain  en évitant la cohue provoquée par les citoyens qui se sont rués sur le parc de la commune juste pour acheter un sac de semoule.

Il est vrai que certains pères de famille, ici, à Breira, ne sont pas sûrs d’avoir tout le temps de l’argent sur eux pour pouvoir acheter chaque jour du pain. Ce n’est pas le cas de beaucoup d’autres qui, pourtant, toute honte bue, bousculent leurs frères vraiment dans le besoin sans aucune once de pitié. A ce propos, force est de reconnaitre qu’il se trouve des pères de famille qui, après avoir difficilement ramassé la somme d’argent pour se payer un sac de semoule, ne peuvent par conséquent s’en priver car ils ne sont pas certains que cette somme ne soit pas dépensée entretemps.

Il a fallu la présence des éléments de la gendarmerie nationale pour qu’un quota de sacs de semoule soit distribué dans le calme à Breira, mercredi dernier, vu le nombre impressionnant de citoyens qui ont convergé vers le chef-lieu de la commune dans l’espoir d’en acheter un.

Le même spectacle a été constaté samedi dernier quand un bienfaiteur a fait don de deux camions remplis de semoule et de pomme de terre. Le président de l’APC était contraint de rappeler à ceux qui ne sont pas dans le besoin de ne pas bousculer leurs concitoyens.

Comment peut-on convaincre ce genre d’individus des bienfaits du confinement et de garder une distance entre les uns les autres alors qu’ils font exactement l’inverse ? Savent-ils qu’ils s’exposent au danger de mort pour un sac de semoule dont ils n’ont pas forcément besoin, du moins pour beaucoup d’entre eux ?

Enfin, nous sommes en droit de savoir à quoi sont dus ces reflexes et ces comportements dignes d’un autre âge ? L’Algérien est-il anarchique de nature ? Où sont-ils le résultat des systèmes de gouvernance adoptés jusque-là ?

Hassane Boukhalfa

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