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La femme, ange ou démon ?

La femme, ange ou démon ?

Par Mohammed Koulal*

«La connaissance, c’est partager  le savoir qui nous fait grandir»

Olivier Lockert

Il serait ingrat de ne pas mettre en relief les bonnes initiatives prises dans le cadre de la vulgarisation  du savoir constatées au niveau de l’université Ahmed Zabana de Relizane. En effet, une conférence ayant pour intitulé «La femme au cœur du développement» a été organisée par l’institut des sciences sociales géré par le Pr Habib Ghouali en collaboration avec d’autres enseignants et en présence de maîtres de conférences arrivés de France, Egypte, Tunisie, Maroc additivement aux chercheurs nationaux.

Les femmes, «anges» ou «diables» ? Je ne pencherai plutôt pour «anges» en me référant à celles qui sont certes analphabètes mais qui sont en même temps savantes ou à celles qui ne savent pas différencier un chiffre d’une lettre mais qui maîtrisent très bien les choses de la vie et la destinée de leurs enfants. Je pense donc inévitablement à nos mères qui nous ont inculqués les rudiments de la vie en société et qui nous ont poussés à acquérir le savoir, le respect et l’amour du prochain. Et pour la plupart, elles sont bien arrivées à leurs fins ! Merci matriarches.

Socrate a jugé les femmes selon le caractère de sa propre femme, Xanthippe, capricieuse et difficile. La position de Platon est autre puisqu’elle est fondée sur l’égalité et l’éducation des femmes. Mais Nietzsche soit dans «Ainsi parlait Zarathoustra» ou «Par-delà le bien et le mal» juge la femme en tant que corps démuni d’esprit et qu’elle doit obéissance et soumission à l’homme désirant procréer : «Tu vas voir la femme n’oublie pas ton fouet ( !?)… Telles sont les appréciations occidentales  sur la femme. Et qu’en est-il pour l’Islam ?  Le cas le plus cité est celui de la Mère des Croyants, Aicha, femme du Prophète (que le Salut d’Allah soit sur lui), qui a participé à l’exégèse du Coran. Le Prophète lui-même a enjoint ses compagnons de consulter Aicha pour des cas de jurisprudence  islamique et d’apprendre d’elle la «moitié» de la Religion.

Qu’en est-il pour la femme aujourd’hui ? Nonobstant sa présence massive dans les secteurs de l’enseignement, la santé, la justice et la politique, elle est actrice dans le secteur de la technologie et dans le monde militaire. Elle participe donc à toutes les activités lato sensu. La condition est la même que celle imposée à l’homme : ses capacités intellectuelles.

Nous avons l’habitude de confondre entre modernisme et développement alors que le modèle de société asiatique, particulièrement la société japonaise, «sacralise» son passé vis-à-vis du développement socioéconomique dont il fait  tout un dogme. La modernité demeure un concept local par rapport à chaque type de société. Malheureusement, notre conception sur la modernité est plus «instrumentale» et matérielle que «culturelle». Nous avons considéré comme critère la première et avons placé le Hijab et tout ce qu’il représente comme élément révélateur d’une décadence sociale alors que celle qui le porte peut jouir d’une capacité intellectuelle qui contredit nos préjugés puisque nous avons pris comme modèle la modernité «instrumentale».

La question demeure celle-ci : nos mères et grand-mères ont-elles participé à ce développement et par conséquent à cette modernité intellectuelle ? En tant que tels, nous nous trouvons dans une position sociale privilégiée grâce à la culture de l’effort et par amour de la connaissance dont elles étaient privées en s’obstinant à nous faire comprendre que nous devons pousser très loin nos études pour devenir des médecins, des ingénieurs, des avocats et d’autres métiers réservés à l’élite. Un père qui était contre que ses filles rejoignent les universités a pris une décision irrévocable le jour où, descendant d’un avion après un long voyage, il avait vu que le pilote était une femme. En rentrant chez lui, il a ordonné à ses filles de continuer les études universitaires et de les pousser le plus loin possible.

Une affaire m’a marqué en tant qu’avocat. J’ai été mandaté par une mère de famille dans une affaire de divorce. Son époux voulait la répudier pour une cause stupide : elle a donné naissance à trois filles et lui voulait des garçons. Le divorce a été prononcé par le juge et la garde des enfants fut confiée évidemment à la mère parce que le mari n’en voulait pas. Après bien des années, l’ex-mari arriva un jour à mon cabinet et ma surprise fut grande quand il m’a demandé si son ex-femme, qui habite la même localité, voudrait bien qu’elle accepte de l’épouser une nouvelle fois. En lui demandant la cause de cette démarche insolite, il m’a simplement confié ceci : l’une de ses filles est officier dans un corps constitué et les deux autres médecins.

Le statut de la femme a changé, les femmes refusent ce statut traditionnel qui est celui de la femme au foyer et optent pour de nouveaux rôles : études prolongées après le lycée et même l’université, et travail dans tous les secteurs de la vie sociale et économique. Nos femmes et nos filles n’ont jamais opté pour cette modernité «instrumentale» mais beaucoup plus pour celle intellectuelle et avec la même ferveur que les hommes. Et de ce fait, elles ont  influencé le comportement de leurs parents, plus traditionalistes que conformistes, sans pour autant que le «sacré» soit mélangé au «profane» et vice-versa. Favoriser le savoir n’est pas le fait de la famille moderne, elle était ancrée au niveau de la famille traditionnelle et traditionaliste algérienne ; la preuve demeure dans les écoles coraniques fréquentées dans le temps aussi bien par les filles et les garçons.

On a toujours tendance à minimiser le rôle de la femme en calquant nos analyses sur des conceptions occidentales et en faisant abstraction de toutes les données concernant les us et les coutumes de la société algérienne. Nous avons toujours préféré prendre comme critère «l’instrument» et non «l’intellect» pour déterminer si telle société ou telle autre soit conforme à cette conception occidentale. Cela, tout en sachant que ce même critère basé sur «l’instrument» est aléatoire chez cette même société. Je tiens à faire nuance entre modernité instrumentaliste et progrès technique et scientifique.

Enseignant dans les universités de France, le Professeur Habib Ghouali a été l’initiateur de cette  rencontre en collaboration avec d’autres enseignants de l’université Ahmed Zabana. Au nom de nos mères, nos femmes et filles, vivement la prochaine conférence… Et pourquoi pas une conférence en collaboration avec l’institut des sciences juridiques et avec la participation des hommes de droit (magistrats et avocats  et officiers de la police judiciaire) pour une étude socio-juridique dont la thématique pourrait se rapporter au phénomène de la propagation des psychotropes dans la société Mes vives considérations et remerciements à l’hebdomadaire Le Chélif dont le correspondant Ouadah Norredine m’a informé de la tenue de cette conférence.

M. K.

*Avocat agréé à la Cour Suprême et au Conseil d’Etat

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