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Dessertes Ténès-Chlef par minibus

Dessertes Ténès-Chlef par minibus

Le calvaire au quotidien

Le transport en commun est devenu problématique au niveau de la ville de Ténès. C’est essentiellement la destination Ténès – Chlef qui est décriée. En raison du nombre croissant de citoyens de cette ville et de ses alentours qui travaillent à Chlef (environ 30 % de la population active) et des milliers d’étudiants du pôle universitaire d’Ouled Fares et de Chlef ville, les bus sont pris d’assaut à toute heure de la journée, très particulièrement aux heures de pointe.

Ténès est distante du chef-lieu de la wilaya de Chlef d’environ 53 km. Dès lors, les voyageurs trouvent des difficultés pour accéder au transport dans le sens de l’aller comme du retour, notamment en début et en fin de semaine. Ce transport est assuré par des «minibus» devenus  inadaptés pour une telle distance puisque ce genre de véhicule ne dispose même pas d’espace dédié au rangement de bagages. En plus de l’absence d’une seconde porte, obligatoire dans pratiquement tous les pays de la planète, pour des raisons évidentes de sécurité des passagers, il faut noter l’exiguïté des sièges, surtout les strapontins placés au milieu de l’habitacle.

Si par malheur un voyageur vient à s’assoir à l’arrière et qu’il compte descendre à un quelconque arrêt avant la destination finale, ce sont tous les occupants des strapontins qui doivent se lever et descendre du bus pour qu’il puisse le faire à son tour.

Pire, les chauffeurs ne font cas ni de la sécurité de leurs passagers ni de leur confort. En effet, c’est à tombeau ouvert qu’ils roulent la RN 19, une route étroite et encombrée à longueur de jour et d’année, en se permettant des dépassements très dangereux.

Les voyageurs ont beau protester et se plaindre à qui de droit, rien ne semble changer à leur condition tant que les autorités n’auront pas pris en charge le délicat problème du transport des voyageurs à travers la wilaya.

Enfin, en l’absence d’un programme de rotations savamment étudié et prenant en compte les impératifs de mobilité des citoyens, les bus s’arrêtent pratiquement à 17h-17h30 dans les deux sens. Même en été où le rush des estivants est impressionnant, les transporteurs éteignent les moteurs de leur véhicule aux environs de 18h. Cette programmation lèse les voyageurs qui viennent d’Alger par train et qui arrivent à Chlef aux environs de 19h 30-20h qui sont obligés de recourir aux services des taxis et des clandestins. Prix de la course : entre 1500 et 2000 DA. Généralement, ce sont des travailleurs et des étudiants qui subissent cette situation.

Des taxis collectifs, faut-il en rêver ?

Au vu de cette déficience criarde, un collectif d’environ 15 chauffeurs de taxi (7 originaires de la ville de Ténès et 8 autres de la ville de Chlef) a eu l’ingénieuse idée de demander à la direction de transport de mettre en place une ligne de transport de voyageurs par taxis collectifs comme cela se fait d’ailleurs dans toutes les autres wilayas du pays. Seulement, cette initiative n’a pu vu voir le jour à cause d’un problème accessoire de choix de place pour le stationnement des ces taxis. C’est du moins ce que nous nous a fait comprendre un des chauffeurs de taxi concerné. « Malheureusement, nous dit-il, au niveau de la commune de Ténès, on nous a proposé la station de minibus de Chaarir, à la sortie ouest de la ville. Cet endroit n’arrange nullement les voyageurs car il est trop éloigné du centre-ville». Un de ses collègues nous apprend que le collectif a demandé un droit  de stationnement devant la station de minibus tout simplement, juste devant le dock de l’OAIC, ce qui est, selon lui, un choix assez judicieux qui correspond parfaitement aux attentes des voyageurs. Le même interlocuteur signale que les autorités de Chlef ont proposé au collectif de chauffeurs de taxi un endroit retiré qui se situe à l’autre bout de la ville, au niveau de la nouvelle gare routière. Le collectif a proposé quant à lui deux endroits de stationnement en ville : le premier dans le grand parking de la gare ferroviaire, ce qui arrange en particulier les voyageurs venant d’Alger ou d’Oran par train et nombre d’autres voyageurs exerçant dans les différentes administrations pratiquement toutes situées au centre-ville de Chlef, le second à la station de minibus «Tazgaït» qui côtoie la place de la Solidarité. «Ces deux endroits conviennent parfaitement au voyageurs, que ce soient les travailleurs, les étudiants, les plaisanciers ou ceux qui sont appelés pour une raison ou une autre à se déplacer entre les villes de Chlef et Ténès.»

Des liaisons en en zigzag

On apprend que les rotations des minibus assurant la navette entre Ténès et le chef-lieu de la wilaya sont très irrégulières. Ils ne conviennent ni aux milliers de travailleurs qui les empruntent ni aux milliers d’étudiants de l’université d’Ouled Farès. Ces derniers sont obligés de parcourir une vingtaine de kilomètres pour se rendre jusqu’à Chlef afin de pouvoir y prendre place car ces minibus partent complets dès leur départ de leur station et, par conséquent, ne peuvent marquer d’arrêt à Ouled Farès, nous dit un groupe d’étudiants. Les étudiants ajoutent : «Nous sommes les premiers à souffrir de ce problème, et c’est injuste que nous ne bénéficions pas du transport universitaire comme les autres étudiants relevant d’autres localités. Bien que nous avons entrepris plusieurs démarches pour arracher ce droit, les responsables demeurent de marbre et refusent de répondre à nos sollicitations».

Ce sont les mêmes remontrances chez les habitants des petites localités proches de Ténès et situées sur la RN, telles Sidi Akkacha ou Ansser N’hass, pour ne citer que celles-là. « Il nous faut obligatoirement nous rendre à Ténès pour rejoindre Chlef car aucun minibus ne s’arrête en cours de route. Tous viennent complets à partir de Ténès», nous explique Melle F. A., enseignante à l’université de Chlef. »Il faut faire du zigzag pour être à l’heure à son boulot », a-t-elle ajouté.

Cette désorganisation des transports en commun rend pénible la vie des usagers, en particulier les citoyens à revenu modeste.

Beaucoup de citoyens regrettent l’époque où des bus privés assuraient avec une régularité de métronomes les dessertes entres entre les villages du Dahra, Ténès et Chlef. C’était dans les années 1950 et 1960. Aujourd’hui, nous sommes en 2019 et le problème demeure entier. Régression inféconde ? Ténès, la ville millénaire, mériterait mieux.

Lahcene Braïkia

Encadré

Transports en communs et mobilité des citoyens

Les transports en commun dit «interurbains» en général d’une ville à une autre ont pour caractéristiques de répondre aux besoins de transport à l’extérieur des agglomérations. Ils jouent un rôle prépondérant dans la construction de l’intégration économique et des échanges commerciaux et culturels, et de soutenir les autres secteurs. La ligne Ténès-Chlef doit être une ligne express au vue de la densité qu’elle connait, selon les citoyens qui nous ont fait part de leur témoignage. Par cet état de fait, la majorité des Ténésiens s’accordent à dire que le littoral est devenu une zone enclavée et tributaire uniquement d’un transport par voie routière qui, de plus, s’avère rudimentaire puisque l’infrastructure routière consiste en une seule route nationale qui traverse plusieurs agglomérations (RN 19), ce qui ralentit considérablement le trafic dans les deux sens. Tous les citoyens interrogés ont insisté pour que le wali de Chlef prenne en charge ce problème qui n’a que trop duré et qui pénalise non seulement les voyageurs mais l’économie de toute une région.

Une situation des plus paradoxales car, au moment où les régions côtières connaissent un boom sur tous les plans, celle de Ténès régresse à vue d’œil.

D’où l’urgence de revoir la stratégie et les moyens mise en œuvres pour développer les transports et partant redynamiser l’activité économique d’une région qui s’enlise dans des difficultés d’un autre siècle.    

L. B.

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