La « Waâda » d’Ouled Ben Abdelkader, dénommée aussi « Taâm R’jel Sly » par les locaux, est de retour après une interruption de plusieurs années. Un groupe de jeunes, passionnés de la culture et d’histoire, entend perpétuer la tradition en programmant cette fête rituelle au mois d’octobre prochain.

La « Waâda » d’Ouled Ben Abdelkadar, dans la wilaya de Chlef, était organisée régulièrement au mois d’octobre. Elle s’étalait sur deux jours, commençant dans l’après-midi de mercredi pour se terminer le jeudi aux environs de 13h. Pour des raisons objectives liées, notamment, au Covid-19 et, surtout, au travail de sape de quelques « moralisateurs » en mal de publicité, la fête n’a pu se tenir ces sept dernières années. Un groupe de jeunes entend la ressusciter. Trentenaires pour leur grande majorité, ces jeunes se sont promis de redorer blason de la région en faisant revivre ses traditions. Ils affirment qu’ils sont prêts à faire du porte-à-porte pour convaincre les habitants d’apporter leur contribution à la fête. Tout comme ils ont engagé des concertations avec toutes les parties afin que la fête ait lieu.

Hakim, Berkane, Salah et tant d’autres jeunes d’Ouled Ben Abdelkader sont depuis quelques jours en contact permanent avec les parties concernées pour tracer le programme de la « waada ». Les jeunes en question ont envie d’emboîter le pas à leurs défunts pères qui célébraient la « Waâda » dans les règles de la tradition. Le « taâm », affirment-ils, est une tradition séculaire qui incarne l’esprit d’entraide et de solidarité, commun à tous les Algériens.

Une tradition à ressusciter

Habituellement, les habitants de la commune d’Ouled Ben Abdelkader et des communes avoisinantes se pressent pour assister à la waada d’Ouled Ben Abdelkader. Il en est qui sont portés sur la récitation du saint Coran en groupe. Sous la conduite des « tolbas », jeunes et moins jeunes font montre de leur parfaite maîtrise des Sourates apprises par cœur durant leur enfance. En parallèle, des mordus de poésie participent aux joutes poétiques qu’animent les grands maîtres du « Chiîr el malhoum ». De nombreux visiteurs s’affrontent, quant à eux, dans des parties de « koura » ou de « matrag ». Enfin, très nombreux sont ceux et celles qui assistent aux impressionnantes courses de chevaux, exécutées avec art par des cavaliers venus de toutes les régions de l’ouest du pays. La fantasia constitue le clou du spectacle.

Les familles s’arrangent quant à elles pour acquérir toutes sortes de friandises comme les gâteaux de semoule, des fruits du terroir (grenades, raisins de table, dattes, figues sèches, glands etc) auprès des marchands de « baraka ». Les enfants portent leur dévolu sur les jouets de fabrication locale, en particulier les fusils de chasse factices, ou prendre des photos-souvenirs avec les cavaliers et leurs chevaux.

Les groupes musicaux prennent place à l’ombre des arbres, ils égayaient les mordus de la chanson « raï » de belles séquences de « gasba » et de « galal ». En contrepartie de quelques dizaines de dinars, les spectateurs demandent au « berrah » de déclamer quelques vers en faveur de leurs amis et familles.

La première soirée était consacrée aux chantres qui chantaient le « q’sid », des poèmes appris auprès des maîtres à l’image d’Abdelkader El Khaldi, Charef Bekhaira, Omar El Mokrani, les frères Belfodil et d’autres. Généralement, ce sont les cavaliers qui animent la soirée en demandant qu’on leur déclame la chanson qui rime le mieux avec les salves de leurs tromblons. C’était ainsi que les gens tiraient en l’air sans se retenir, provoquant d’immenses clameurs de joie parmi la foule des participants.

Le lendemain matin, les cavaliers reprenaient leur jeu pour une heure et deux avant de se joindre à la masse compacte de visiteurs invités au partage du couscous accompagné de miel, de lait caillé (raïb) ou de viande de mouton. Connus pour leur hospitalité légendaire, les habitants d’Ouled Ben Abdelkader se faisaient un honneur de garnir d’immenses plats de couscous de gros morceaux de viande, de légumes et de raisins frais à profusion.

Faux dévots et perte d’authenticité

De nos jours, cette convivialité et cette communion manquent énormément aux citoyens d’Ouled Ben Abdelkader. Cela fait plus de sept ans que la Waâda ne s’est pas tenue pour on ne sait pas de quelle raison. Des gens que nous avons interrogés sur l’absence subite d’une tradition qui, le moins que l’on puisse dire, est ancrée dans l’histoire de la région, ont avancé qu’il s’agissait d’une hétérodoxie. Le motif est loin d’être fondé du moment que des Imams, des hommes de savoir et des religieux assistaient à la « Waâda ». Ils ont donné des explications sensées qui militent en faveur de la tenue de ce genre d’événements cultuels et culturels. « Que les récalcitrants cherchent un autre prétexte ! », avancent les jeunes organisateurs.

Pour rappel, la « Waâda » d’Ouled Ben Abdelkader, dénommée aussi « Taâm R’jel Sly » par les locaux est une tradition qui se perpétue depuis des siècles dans la région. Les habitants du village et ceux des agglomérations et hameaux alentours comme Serradj, Ziadnia, Béni Zedja, El Aouacheria célébraient le rite pour rendre hommage aux saints hommes de Dieu qui ont enseigné le Coran dans la région. Au cours de cette fête, il est de tradition de réconcilier les individus, les familles et les tribus en conflit. Les différends sont mis à plat devant une assemblée composée de notables, de sages et d’hommes de religion pour être discutés et traités en toute démocratie. Une fois la décision prise, elle est acceptée par les parties en litige.

Selon les anciens d’Ouled Ben Abdelkader, la célébration de « Taâm R’jel Sly » offrait l’opportunité aux représentants des tribus de se rencontrer au moins une fois par an et de discuter de sujets les intéressant. Il n’est pas rare également que des alliances de mariage se nouent à cette occasion.

Abdelkader Ham        

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