Les Oranais n’aiment pas leur tramway ! Et c’est ce que peut constater tout visiteur qui prend le temps d’observer certains comportements bizarres et intrigants à la fois en empruntant ce magnifique équipement de mobilité urbaine dont s’est dotée la capitale de l’Ouest.

Très pratique et utilisé par des milliers d’Oranais de toutes conditions sociales, le tramway concentre toutes les perversités sociales qui minent El Bahia.

Premier constat et non des moindres : la « bonté » excessive de nombreux usagers et leur compassion maladive envers leurs concitoyens. Celles-ci s’expriment par des gestes uniques au monde grâce auxquels il est possible aux voyageurs d’emprunter le tramway à titre gracieux. Pas la peine donc d’acheter le billet qui leur permet une longue balade à travers les rues principales de la ville, sur un circuit allant de Hay Sabbah – Sidi Maarouf au village d’Es Sénia, à une somme très modique. Il se trouvera toujours et à tous les coups un Oranais –ou une Oranaise- qui vous tendra son ticket à sa descente du tramway. Et quelle que soit la station où vous attendez. Certains voyageurs acceptent volontiers l’offrande, tout heureux d’économiser les 40 DA représentant le prix du ticket ! D’autres, heureusement très nombreux, refusent ce qu’ils considèrent comme un manquement aux règles élémentaires de civisme.    

Deuxième constat : beaucoup d’usagers ne prennent pas la peine de payer leur ticket ! Les resquilleurs sont légion et se recrutent parmi toutes les catégories sociales. Les jeunes sont certes majoritaires mais on trouve aussi des adultes, hommes et femmes, qui ne s’en privent pas. Les contrôleurs sont confrontés à cette situation qui prend une ampleur inattendue. Les nombreux employés de la société qui gère ce moyen de transport s’inquiètent de leur avenir, sachant qu’avec ce genre de comportement, c’est la faillite assurée. Il est impossible d’assurer et le salaire des 800 travailleurs et l’entretien des rames et autres équipements avec les quelques rentrées générées par la vente des tickets.   

Troisième constat : le refus de priorité aux rames par nombre d’automobilistes. Malgré les feux de signalisation, les avertissements sonores et le risque de graves accidents, les chauffeurs Oranais font peu cas du passage du tramway qui est pourtant prioritaire en toute situation. Le refus de priorité donne lieu souvent à une véritable pagaille sur la voie.

Quatrième et dernier constat, le plus désolant de tous : la transformation du tramway en « cour des miracles ». Des jeunes prétendant agir au nom d’associations caritatives se promènent le long des couloirs pour « défendre » qui la cause d’un enfant malade devant être opéré en urgence ou nécessitant des médicaments introuvables en Algérie, qui celle d’une famille démunie, également en attente de soins coûteux au niveau de quelques établissements de santé privés ici ou à l’étranger. Leur technique a fait ses preuves, elle donne des résultats satisfaisants à tous les coups. Il suffit d’un badge, d’un cadre où figure la photo de la personne malade accompagné de quelques versets du Coran et d’une escarcelle pour encaisser des sommes conséquentes.

Finalement, la ville la plus moderne du pays n’a pas totalement rompu avec des pratiques frauduleuses d’un autre âge. Faut-il en appeler à Sidi El Houari ou combattre sévèrement ces pratiques qui enlaidissent une cité qui se relève difficilement de ses cendres.  

A. L.

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