Il y a un siècle et demi, précisément le 8 avril 1871, Cheikh Belhaddad, soutenu par cheikh El Mokrani, déclarait l’insurrection contre l’envahisseur. Âgé alors de 81 ans, Cheikh Belhaddad, qui n’avait rien d’un combattant aguerri, était un sage qui avait une influence spirituelle sur toute la région de myenne et basse Kabylie. Deux années durant, il dirigera l’insurrection contre l’envahisseur français avant d’être fait prisonnier. Il meurt en chahid à la prison de la « Coudiat », à Constantine, après sa condamnation à une peine de cinq ans de prison dont il n’a purgé que dix jours avant d’être rappelé à Dieu.

Son appel à prendre les armes a, toutefois, pris partout dans le pays et, surtout, en Kabylie. Cet appel avait tracé dès lors la voie de la liberté et du sacrifice, ne s’arrêtant au demeurant qu’avec l’indépendance du pays, nourrie par des épisodes continuels de révolte, bien que fragmentés.

L’insurrection menée par ses enfants, Cheikh Aziz et Cheikh M’hand, lui ne pouvant y participer à cause de son âge, et cheikh El Mokrani, avait mobilisé en effet quelque 250 tribus et 10.000 combattants qui, sitôt conscrits, ont porté l’étendard dans une grande partie de l’Algérie, notamment dans l’Algérois et les Aurès, en plus de toute la Kabylie, tous croyaient en sa sentence, celle de « bouter le colonisateur à la mer », proclamée à la place centrale du village alors de Seddouk, le 8 avril 1871.

C’était un samedi, jour de marché, Si Mohand Améziane, comme l’appelaient par respect les populations locales, monta à une tribune improvisée et harangua la foule pour prendre les armes puis, d’un geste démonstratif, il jeta sa canne à terre en s’exclamant : « nous jetterons les Français à la mer comme je jette ma canne à terre », suscitant l’enthousiasme de la foule et son adhésion.

Depuis, la résistance a pris forme et n’a cessé de s’amplifier sans discontinuer jusqu’en juillet 1873, malgré une mobilisation sans précédent de l’armée coloniale et une répression inédite des populations. Parmi elles il y’a eu beaucoup de morts et, beaucoup de prisonniers, mais aussi beaucoup de déportés, transférés, sans ménagement, au bagne de la nouvelle Calédonie dont les enfants des cheikhs Aziz et M’hand.

Cheikh Belhaddad, naquit en 1790 à Seddouk Oufella. Il se forma essentiellement dans les écoles coraniques de la région, se montrant très doués et particulièrement connaisseur du soufisme et de la tariqa Rahmania dont il est devenu à terme le Moqadam.

Il était respecté, voire adulé à tel point que la population locale l’a choisi pour être Imam et enseignant du village, encadrant des cohortes de disciples venant de toutes les régions du pays, dont certains ont constitué son premier noyau de résistants.

A sa mort, il a été inhumé à Constantine, puis son corps a été rapatrié à Seddouk en 2009 et enterré dans un mausolée qui a été dédié spécialement à lui et ses deux enfants.

Trois tombes jalonnent la structure, celles de cheikh Belhaddad, ses enfants Aziz et Mhand dont le corps, en fait, n’a jamais été retrouvé, mais qui, symboliquement, repose aux côtés de son père et son frère aîné.

Le bâtiment qui a pris l’allure d’un véritable musée, reçoit chaque année des milliers de visiteurs.

By admin